Né sur le sol de l’actuelle Algérie, Augustin est le fils d’un père nul et d’une mère sainte (sainte Monique), et, comme la nature est bien faite, son père meurt rapidement. Sa mère, elle, qui est chrétienne, s’inquiète pour le salut de l’âme de son fils, qui est très content des dons qu’il a reçus mais n’en fait pas excellent usage. C’est en effet un élève remarquablement doué, notamment en rhétorique et en poésie. Par ailleurs, il sait lire dans sa tête, sans avoir besoin de parler, une chose rare à l’époque (et, de plus en plus, en 2023 aussi).
Il lit l’Épitre aux Romains, il a compris : il arrête les conneries
Ces qualités de tchatche, ajoutées à une certaine nonchalance, lui assurent (on s’en doute) son petit succès auprès des filles : envoyé à Carthage, dans une atmosphère balnéaire pleine de sensualité (qui, décrite par lui, ressemble à une soirée rooftop de Victoria’s Secret à Beyrouth), il se retrouve père à dix-sept ans et vit ensuite en concubinage avec sa maîtresse. Professionnellement, ses talents de rhéteur et de poète lui ouvrent rapidement toutes les portes : d’abord, il parvient à se faire envoyer à Rome, puis il est pistonné pour un prestigieux poste de professeur de rhétorique à Milan. Là-bas, il renvoie sa concubine à la demande de sa mère, mais prend rapidement une autre maîtresse, parce qu’on ne se refait pas.
Augustin profite de ses années milanaises pour lire la Bible et a de longues discussions avec saint Ambroise, le brillant évêque de Milan. Sa conversion intellectuelle, qui était peut-être, chez un homme si vain de ses talents, la façon dont le Bon Dieu est vraiment entré dans sa vie, est suivie d’un épisode célèbre, qu’il raconte dans les Confessions : entendant deux enfants chanter, sous sa fenêtre, « Tolle, lege » (Prends et lis) sur l’air d’une comptine, il prend et lit l’Épitre aux Romains, tombant (en larmes) sur un passage dans lequel Saint Paul parle de la ripaille et des coucheries, pour leur préférer la consécration de sa vie au Seigneur. Il a compris : il arrête les conneries.
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Partant de là, on ne l’arrête plus. Baptisé puis de retour en Afrique, il vit d’abord isolé du tumulte puis, quand son fils meurt, accepte d’aller à Hippone où, très rapidement, il est ordonné prêtre puis sacré évêque du lieu, à la demande des fidèles. Il monte là-bas un monastère très actif, qui recrute principalement d’anciens agents secrets impériaux, puis utilise son éloquence pour de mémorables battles dans lesquelles il découd tous les hérétiques – les Manichéens en particulier. Mort dans une solitude volontaire, car il se connaissait trop bien et avait peur, à l’heure fatidique, d’être distrait, saint Augustin, par son exemple, nous parle aujourd’hui encore. La raison est simple : il revient de loin et n’en fait pas mystère. Tout le monde n’est pas fait pour être Sainte Thérèse.





