Colomba naît en 521 dans la noble famille O’Neill du comté de Tyrconnel, et reçoit le surnom royal de Criamtham (oui, ça commence dur. Oui, accrochez- vous sur les noms, on part en Irlande, on vous a dit). En ce temps-là, envoyer son fils vers une vie religieuse quand on est friqué, c’est le top du chic. Le jeune Colomba fait ses études et débute sa carrière au monastère de Clonard. Il fonde sur l’Île d’émeraude quelques congrégations monastiques, mais se fait dégager de sa terre natale dans son âge d’homme. La légende veut que ce gangster de Colomba aurait recopié et chourré un manuscrit romain valant une blinde sans l’accord du prince tatillon qui le possédait.
La réalité historique dépeint Colomba sous un jour un peu moins flatteur. Génie politique, le jeune prince Colomba, dépositaire de la meilleure éducation d’Eire, se débrouille pour se faire embaucher comme conseiller par les deux camps rivaux au sein de la grande famille royale. Selon des témoignages, il serait capable de voir le futur, mais se servirait de son don prophétique pour gratter des places à la cour. Pour faire simple, il utilise ses super pouvoirs comme un super méchant.
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Attrait du pouvoir, ego, goût du risque, pari éthylique ? À force de chamailleries, les deux plus grosses armées d’Irlande se retrouvent pour une joyeuse boucherie entre Celtes pétés à l’hydromel local. À la fin du conflit nommé bataille de Cul Dreimhne, les têtes se tournent vers Colomba, le déclencheur présumé, qui contemple ses grolles en bafouillant.
Il est condamné à l’exil, avec comme pénitence « convertir autant de chrétiens qu’il en était mort par sa faute ». Commence alors sa quête de rédemption. Désormais, il utilisera ses super pouvoirs pour convertir.
Il embarque son équipe d’élite, et part pour l’Écosse. On l’imagine débarquer au milieu de la brume, avec son gang de douze gars sûrs, depuis une barcasse en bois flottant miraculeusement. Parce qu’il jette un style brutal et qu’il est entouré de symboles christiques, il se retrouve évidemment devant Bruide, le roi des Pictes. Par « roi des Pictes », ne visualisez pas un sage aristocrate tout d’hermine vêtu, mais plutôt un colosse mi-ours mi-William Wallace, tatoué de partout, chef des autres Pictes parce qu’il tape plus fort et sait parler. Colomba et son crew convertissent Bruide et sa cour. L’attitude et la verve du moine repenti conquièrent les cœurs les plus durs.
L’exemplarité de Colomba pousse à l’admiration, et fait ployer plus d’un genou devant la croix, malgré la nuque raide de ceux qui n’ont pas flanché devant Rome
Mais on ne renonce pas si facilement à l’attrait de la politique : Aedan de Dal Riada, Rhydderc de Strathclydhe, Diarmait de Tara, Oswald de Northumbrie, tous ces rois tendent l’oreille quand Colomba parle. Et cette fois, il parle pour la bonne cause.
Bruide, le roi des Pictes, lui confie l’île d’Iona, pour y fonder un monastère. C’est un ancien lieu de culte druidique, rendant le signe de la conversion picte encore plus fort.
L’exemplarité de Colomba pousse à l’admiration, et fait ployer plus d’un genou devant la croix, malgré la nuque raide de ceux qui n’ont pas flanché devant Rome.
Pour être un homme d’État et un conseiller spirituel des rois, Colomba reste un pasteur humble pour le peuple, et garde un cœur débordant d’amour pour Dieu. Il devient même un personnage de légende pour les locaux. On lui prête des guérisons, des miracles, à tel point que le récit de ses exploits devient parfois abusé. Par la puissance de sa parole, il aurait renvoyé la créature du Loch Ness buller dans ses profondeurs impies, raconte-t-on dans les tavernes en s’enquillant une Guinness. On se rappellera qu’à l’époque, les dragons et autres créatures mythiques fleurissent dans les contes de ménestrels, comme des hommages (à peine) exagérés aux gestes de grands personnages. Marseille n’a rien inventé.
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Le peuple prie pour lui. Presque trop. Dans ce qu’il croit être ses derniers jours avant d’aller toquer à l’étage d’en haut, des anges lui apparaissent. Les envoyés célestes lui expliquent qu’à peu près tout le monde de Galway à Londinium a prié pour que son bail sur Terre se prolonge, et que son extension de garantie a été acceptée par le Patron, félicitations, à dans quatre ans.
Alors, Colomba a pieusement continué de prêcher, de s’occuper des nécessiteux et de l’éducation des moines jusqu’à son départ en paix. Il est décédé le 9 juin 597, et enterré dans cette île où il était tant aimé, jusqu’à ce que ses reliques reviennent dans son Irlande natale. On le fête les 9 juin, comme un des saints protecteurs de l’Irlande, patron des poètes.





