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Partout, les saints : saint Gennaro 

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2 février 2023

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Avec son martyre à épisodes, les anecdotes sanguinolentes qui entourent sa mort, ses miracles démonstratifs, sa protection tutélaire contre la peste et les éruptions volcaniques, San Gennaro est vraiment le saint napolitain par excellence.
gennaro

On peut aussi l’appeler saint Janvier, évidemment, mais c’est un peu moins stylé. Gennaro, fils d’une vieille famille de patriciens romains, est né à Naples vers 270. En 302, il est évêque de Bénévent, au sud de l’Italie, un endroit dont Talleyrand sera nommé prince sous Napoléon. Au début des années 300, il y a d’ailleurs déjà une sorte de Talleyrand italien face à notre Gennaro : un certain Timothée, proconsul de Campanie. Soucieux de bien faire, comme souvent les hauts fonctionnaires face aux complotistes, Timothée fait arrêter puis interroger Gennaro, qui est d’abord jeté au feu (sans résultat), puis envoyé dans l’arène avec ses compagnons de cellule.

San Gennaro protègera les Napolitains des maladies, mais aussi des éruptions du Vésuve

Hélas pour le plaisir des spectateurs, les fauves, et notamment les hyènes, se couchent face aux élus. On se croirait sur le service public. Le bon Timothée en perd la vue de rage. Gennaro la lui rend prestissimo, mais cela ne le sauve pas, puisqu’il est finalement décapité avec trois de ses frères chrétiens, après qu’il a lui-même encouragé le bourreau, qui n’avait plus trop le cœur à accomplir sa sinistre besogne. Lorsque le bourreau et ses aides vont rendre compte au proconsul, ils le trouvent mort, dans un état de putréfaction avancée – et eux-mêmes meurent asphyxiés par l’odeur pestilentielle de la charogne. Spettacolare

Gennaro ne se contente pas d’être un excellent client pour un Jacques de Voragine gore ou un scénariste de giallo. Certes, son martyre est baroque, mais sa postérité l’est plus encore. Sa dépouille, au fil des siècles, est transportée de reliquaire en reliquaire, avant de se fixer dans une chapelle construite ad hoc, en vue d’épargner Naples de la peste. San Gennaro protègera les Napolitains des maladies, mais aussi des éruptions du Vésuve, à de multiples reprises. Détail qui n’en est pas un, mais sur le caractère miraculeux duquel l’Église refuse encore de se prononcer : trois fois par an, le sang de San Gennaro est montré aux fidèles dans un ostensoir, et il se liquéfie sous les yeux de la foule. Les esprits forts crient à la supercherie, prétendent qu’un liquide marron (hyper bien fait, hein, attention) imite le sang. Et puis quoi encore ? 

Lire aussi : Partout, les saints : sainte Marie-Madeleine

Avec son martyre à épisodes, les anecdotes sanguinolentes qui entourent sa mort, ses miracles démonstratifs, sa protection tutélaire contre la peste et les éruptions volcaniques, San Gennaro est vraiment le saint napolitain par excellence. De là à l’imaginer en Persol auréolées et sandales à pampilles, plein d’une radieuse sprezzatura sur les chemins du Paradis, è tutta n’ata storia, comme le chantait Pino Daniele, napolitain lui aussi.


© Romée de Saint Céran pour L’Incorrect

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