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Partout, les saints : Sainte Hildegarde de Bingen

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Publié le

8 novembre 2021

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Philologue, linguiste, écrivaine, mystique, compositrice, pharmacologue, sœur bénédictine, mère Abbesse, bienheureuse, docteur de l’Église, sainte Hildegarde de Bingen et Rupertsberg. Et toi, à quoi tu joues ?
Hildegarde

La petite Hildegarde naît en Allemagne en 1098, plus précisément dans le Palatinat rhénan. À trois ans, l’âge où comme Franklin la Tortue, on sait compter jusqu’à 5 et lacer ses pompes, la petite Hildegarde, elle, reçoit directement du Patron des visions miraculeuses. En plus d’être turbo-bénie, elle oublie d’être bête : Hildegarde conserve sagement ses visions dans le secret de son âme.

Comme toute jeune fille de bonne naissance, elle part se claquemurer dans un couvent pour étudier. Finalement, elle prononce ses vœux définitifs à 14 ans. Elle y développe des talents de guérisseuse, à tel point qu’on se cogne des jours de cheval pour lui soumettre des cas difficiles.

Ses visions et ses études en pharmacologie ne font pas d’elle une rêveuse un peu perchée, comme on s’imagine toujours les saintes, oracles ou tarées du genre qui entendent les chœurs angéliques en Dolby Surround. Cette femme a les pieds solidement ancrés dans ce monde, à tel point qu’à 38 ans, elle devient mère Abbesse du couvent de Disibodenberg. Son petit couvent de bénédictines vit sous la coupe du gros monastère masculin auquel il est rattaché. Mais les talents de guérisseuse de la jeune mère Abbesse en font la principale source de revenus pour la communauté religieuse. Hildegarde réclame l’indépendance du couvent, refusée par le grognon père Abbé. Elle tombe alors malade, et développe l’intuition que la santé du corps dépend du bien-être de l’âme.

Dieu lui dit d’écrire ce qu’elle voit dans ses visions exaltées. Hildegarde hésite cependant, certaine qu’on la prendra pour une vieille cinglée à qui les responsabilités pèsent trop sur le citron

Même quand sa vie craint à plein régime, elle en fait de bonnes choses. Son premier bouquin se nomme Physicae, une encyclopédie de la faune et la flore servant de remèdes. Puis comme ça faisait un peu léger, elle pond Causae et Curae, synthèse des grogs de pécore et du savoir de la Grèce antique, pour soigner le corps et l’esprit. Sous l’inspiration divine, elle expose sa théorie de l’Homme complet. Joyau de la création, il doit s’harmoniser avec elle pour y apporter la lumière divine. La santé résulte de cet équilibre [NdlR: elle explique mieux, filez chez votre libraire]. Pas d’anti, juste du bio.

L’âme et le corps se guérissent aussi par les oreilles. Rangez vos cotons-tiges, on parle musique. Zou, elle lâche les épices deux minutes pour écrire pas moins de 77 partoches. En latin, pour faire propre. Et pas uniquement : car ce génie absolu invente sa propre langue, dont les lettres étranges sont inspirées par ses visions.

Cela dit, même si le grognon père Abbé boude toujours son projet, Hildegarde ne se laisse pas démonter. Elle remonte ses jupons (pas trop haut), et c’est parti. Pas moyen d’obtenir son indépendance ici ? Pas de problème ! Elle part à dix bornes, et monte son couvent, plus grand, plus beau et plus saint que le leur, à Rupertsberg. Puis un deuxième à Eibingen, pour bien mettre les nerfs à papi grognon.

De son vivant, aucun roi, empereur, archevêque ou pape ne prend de décision sans lui demander son avis avant. Autant pour les féministes, persuadées que les meufs de l’époque servent à crever en couche et faire punchingball pour leurs maris sadiques. D’ailleurs, point bonus pour vos dîners chics, Hildegarde disserte en détail extrêmement précis du plaisir féminin, de la sexualité en général et de la vie conjugale au plumard.

À 42 ans, Dieu lui dit d’écrire ce qu’elle voit dans ses visions exaltées. Hildegarde hésite cependant, certaine qu’on la prendra pour une vieille cinglée à qui les responsabilités pèsent trop sur le citron. Elle sollicite l’avis de Bernard de Clairvaux, qui l’incite à se magner le train. Elle rechigne mais s’exécute, et Bernie fait parvenir une copie à Rome.

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Le Pape sonne le branle-bas de combat. Il réunit tout le clergé en synode. À Trèves, parce qu’on n’allait quand même pas demander à cette dame de bouger ses miches jusqu’à Rome. En 1147, à Trèves donc, on croule sous les bagouzes en or, les chapeaux cramoisis et les étoles de poils de cul d’alpaga. Cardinaux, archevêques et prêtres, et peut-être quelques Avengers, écoutent attentivement alors qu’Eugène III lit à voix haute ce que Bernie lui a fait parvenir. À la fin, dans un silence suspendu, il prend une inspiration et regardant fixement Hildegarde, lui déclare : « Écrivez donc ce que Dieu vous inspire ».

Avec humilité, la mère Abbesse s’incline. Dans ses dessins aux couleurs chatoyantes, on s’éblouit de la retranscription complète d’absolument tout. De la Création à la Résurrection, de l’Incarnation au miracle de l’homme… Ses illustrations inspirèrent à un certain Léonard son Homme de Vitruve, et à Dante sa Divine Comédie.

Son corps rend une âme qui semblait à peine de ce monde en 1179, à 81 ans. On invente plus ou moins la procédure de canonisation pour elle. Mais à cause d’un manque de papiers, le guichetier refuse de tamponner le dossier. Sa réputation est telle que les copistes l’inscrivent de facto comme sainte et au fil du temps, la chose fut actée sans autre forme de procès. Benoit XVI en 2012 n’a pu que constater les faits, puis la bombarde docteur de l’Église. Elle entre en début de cette année 2021 dans le calendrier liturgique, fêtée le 17 septembre.

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