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Patrick Eudeline : « Le rap a tout emporté »

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Publié le

11 décembre 2020

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C’est peu de dire que la grande musique noire, du blues à la soul sophistiquée des seventies en passant par le jazz et le rythm’n’blues, a essaimé. D’Armstrong à Mingus, du Duke à Curtis M., de Robert Johnson à Sly Stone, c’est elle qui avait la main. Jusqu’à Prince. Grosso modo. Jusqu’au rap. Soudain…
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On peut certes barguigner, trouver un talent certain – ou un certain talent – aux gens de De la Soul, à Public Enemy, à NTM ou Tupac, enfin, aux pionniers du genre… Non, quelque chose se brise. Les grands talents blacks ? Fini. Le rap a tout emporté. Le sampling est systématique dans le rap, contrairement au rock, à l’électro. C’est ce qui – à mon sens – l’a perdu. Ce n’est pas une pratique de musiciens ou d’artistes. Dans la réalité hip hop, le sampling, c’est faire du copier-coller : enregistrer quinze secondes du morceau d’un autre, répéter cet extrait en le collant bout à bout et prétendre que le résultat est une « chanson », euh… un morceau. Enfin… quelque chose.

Déclin du génie noir

Et après, on confie ce « son » à un type qui, ne sachant chanter, rappe. Je caricature ? Oui et non. On est loin de « What’s goin’ n » par Marvin Gaye ? Oui. Le rap n’est même plus une musique uniquement noire, il est devenu le son du monde. Des incultes qui braillent sur des boucles instrumentales désormais trouvées prémâchées dans leur ordi avec le logiciel Garage Band. Et on ne voit pas d’où pourrait « renaître » la grande musique noire. Robert Cray ? Winston Marsalis ? Ce sont les derniers noms qui viennent à l’esprit. Et ça date.

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De plus… C’étaient des bourgeois. Comme nombre de jeunes rockers de nouvelle génération : maintenant la bonne musique est devenue culture. Elle a perdu l’universalité. Celle qui faisait de James Brown un roi des auto-tamponneuses mais, aussi, un des héros de Stockhausen ou de Kraftwerk. Les jeunes noirs ont perdu leur colonne vertébrale et le sens de leur histoire, même s’ils prétendent le contraire : je ne crois pas que le combat (hi hi !) d’Assa Traoré et des décolonialistes blacks passe par le blues ou même le free jazz. Ils ont tout de disponible, de Fats Waller à Isaac Hayes, sur leur ordi, mais ils s’en foutent et préfèrent écouter Booba.

La rage identitaire en guise de culture

De plus, les « textes » du rap sont à se vomir dessus d’inanité et de bêtise. Il y avait quelques exceptions : il n’y en a plus. Aujourd’hui, l’appétence à la culture est remplacée par la rage identitaire. Les génies noirs ? On me souffle Dr. Dre et Kanye West. Hum… Guère convaincu. Le plus drôle est que le rap peut être homophobe, raciste, antisémite, misogyne (Freeze Corleone !), on ne lui « dira » rien. Relever l’inanité totale et la bêtise du rap d’un Kaaris, de la pseudo pop hip hop d’un Maître Gims, de tout – quasi – ce qui se fait aujourd’hui, fait de vous un vieux réac bloqué dans le passé. On connaît la chanson. Comme disait Deleuze à propos du fascisme : c’est celui qui dit qui l’est. Le sampling a tué la musique noire, et la bêtise mondialiste l’a achevée.

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