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Paul Melun : « Notre ambition est de nourrir le débat intellectuel avec du fond souverainiste »

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Publié le

21 février 2022

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Pour influer sur le débat présidentiel, le think-tank « Souverains demain ! » publie son manifeste programmatique, réalisé par une trentaine d’auteurs issus de la société civile. Amour de la France, choc d’autorité, réindustrialisation, volontarisme écologique : le président du mouvement Paul Melun nous présente ses propositions, et plus largement la manière dont il appréhende le clivage politique en 2022.
Paul Melun

Pouvez-vous nous présenter votre mouvement « Souverains demain ! » ?

« Souverains demain ! » est un mouvement que j’ai créé un peu sur le modèle des think-tank avec une trentaine d’amis issus d’horizons politiques différents mais tous souverainistes. Mon leitmotiv depuis le départ était de réunir les bonnes volontés souverainistes parce que la situation rend l’union obligatoire. C’est là que résidera notre salut à moyen-long terme. Je ne voulais pas créer une structure qui soit dépourvue d’un véhicule intellectuel, idéologique et programmatique. C’est pourquoi nous nous sommes vraiment focalisés sur ce livre. Nous avons pour ce faire réuni des gens très divers mais avec une vraie expertise thématique (métiers des secteurs manuels, scientifiques, régaliens, etc) mais auxquels on ne donne pas forcément la parole dans la sphère médiatique.

Au-delà du livre, produisez-vous des notes en continu ? Êtes-vous consultés par des candidats ?

En ce qui concerne la production intellectuelle, nous allons produire des notes publiées sur notre site internet. Pour l’instant, nous produisons surtout des tribunes partagées par voie de presse, c’est un vrai travail d’équipe. Notre ambition est de nourrir le débat intellectuel avec du fond souverainiste. Nous ne sommes bien évidemment pas les seuls à le faire, et nous devons tous nous serrer les coudes pour croiser le fer avec les européistes-maastrichtiens et proposer une alternative à nos compatriotes. En ce qui concerne la campagne, plusieurs candidats parlent d’indépendance nationale et sont tout à fait intéressés par nos propositions. En quelque sorte « lobbyiste du souverainisme », j’ai donc passé un peu de temps avec certains pour leur proposer des actions concrètes si d’aventure ils arrivaient au pouvoir.

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La thématique du souverainisme pose nécessairement la question du clivage. Le clivage droite-gauche vous paraît-il encore pertinent, ou pensez-vous comme d’autres qu’il a été remplacé par le clivage souverainisme-mondialisme ?

C’est la question clef pour le positionnement politique au XXIe siècle. Personnellement, j’appartiens par une bonne partie de mes racines intellectuelles, historiques et philosophiques à la gauche. Mais ce n’est pas parce que je viens de la gauche que je n’ai pas envie que l’on transcende ce clivage, car je le trouve inadapté à notre époque. C’est toute la complexité du problème. On peut avoir un ancrage intellectuel à gauche ou à droite, mais il faut le dépasser car à moyen-long terme, le vrai clivage sera entre ceux qui veulent la disparition de la France et ceux qui veulent que la France survive sur le plan de la culture, de l’histoire, des traditions.

La question de l’origine intellectuelle ne doit pas être balayée, mais il y a beaucoup plus en commun entre un gaulliste de gauche et un conservateur social catholique, qu’entre l’un d’eux et les wokes, les intersectionnels, les mondialistes ou la droite libérale. On assiste à un mouvement de recomposition politique, qui a été institué par Emmanuel Macron et le camp mondialiste. Il y avait une feuille de papier à cigarette entre LR et PS ; ils étaient faits pour s’entendre (référendum de 2005) et Macron les a réunis. À nous de faire la même chose en face.

Pour recouvrer cette souveraineté, faut-il quitter l’Union européenne et la zone euro ?

Je ne suis pas personnellement favorable au Frexit et à un retour au franc – position qui me fâche avec certains de mes amis, mais ces débats sont nécessaires. Ça ne me paraît pas adapté à court terme. Je suis favorable à un scénario plan A-plan B.

Plan A : on renégocie avec Bruxelles, en sachant que Bruxelles ne peut pas faire sans la France. Par conséquent, à nous Français de nous faire respecter dans les négociations sur deux axes majeurs. Premièrement : suspendre Schengen tant que c’est une passoire, et reprendre notre souveraineté frontalière. Deuxièmement : la politique économique. L’ordolibéralisme allemand et nordique ne peut pas durer. Il ne convient pas aux pays du Sud. Nous avons des besoins d’investissements, et il faut en conséquence que la banque centrale européenne puisse prêter directement aux États.

Il y a de vrais points de divergence entre souverainistes. Cependant, quand le Titanic est proche de l’iceberg, on ne réfléchit pas à la couleur du papier-peint

Plan B : si Bruxelles ne veut rien entendre, il faut organiser un référendum pour le Frexit. Mais ce référendum ne doit s’opérer qu’au prix de la non-adhésion des commissaires européens à nos doléances. Ça doit être notre dissuasion nucléaire, car l’UE ne peut pas prendre le risque d’un Frexit. Sans la France, pas d’Union européenne.

Vous défendez des plans d’investissements très ambitieux sur le régalien, l’écologie, l’industrie ou le numérique. Comment les financer ?

Tous les pays qui réussissent font des investissements majeurs – d’où par exemple le miracle économique de l’ère Trump – et nous ne pouvons pas, nous Français, passer à côté de ce genre de financements. Pour les financer, je prône l’annulation de la dette que détient la Banque de France (environ 400 milliards). Ensuite, il faut que la BCE prête directement aux États sans l’intermédiaire des banques à des taux nuls, en mesurant les choses pour maîtriser l’inflation. Avec la FED, les Américains ont pu financer un certain nombre de projets ambitieux, à commencer par des projets dans l’énergie que nous Européens sommes incapables de financer au nom du principe ordolibéral. Voilà pourquoi nous n’avons pas de géants de la technologie, que nous ne pouvons pas concurrencer les Américains et les Chinois dans beaucoup de secteurs, que nous avons désindustrialisé et tertiarisé. Il faut absolument rompre avec ce cycle infernal. Il faudra aussi créer de nouvelles recettes, avec la nationalisation des autoroutes par exemple.

Avec de tels plans, le risque institutionnel n’est-il pas à la centralisation excessive ? Quelle place faire aux corps intermédiaires, et ce alors que la décentralisation échoue en France depuis 30 ans ?

Pour bien gouverner, il faut gouverner de près. C’est quelque chose qui me tient beaucoup à cœur : renforcer le pouvoir des communes. Ces derniers temps, on leur supprime des pouvoirs si bien que beaucoup des maires me disent que ça ne vaut plus le coup de l’être alors que c’était le plus beau des mandats, et que les Français y sont attachés. Trop de pouvoir a été donné aux communautés de communes ou d’agglomérations. Je prône donc un renforcement très clair de leurs compétences.

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Il faut aussi supprimer un certain nombre d’étages du millefeuille territorial qui ne servent à rien, si ce n’est à créer des baronnies et alimenter la politique politicienne. Imaginez sur un même canton, vous avez un maire, un président de la communauté de communes, un conseiller départemental, un conseiller régional, un député, un sénateur ! Pour des raisons d’efficacité et de budget, il faudrait supprimer un maillon – vous n’imaginez pas les économies que cela peut susciter ! – peut-être celui de la région. Ces grandes régions créées pour faire concurrence aux grands länders allemands n’ont ni queue ni tête : en Nouvelle Aquitaine, Pau (Pyrénées-Atlantiques) et Thouars (Deux-Sèvres) n’ont rien à voir ! Ça n’a aucun sens d’administrer de si loin ou alors il faut directement passer à l’État central. Il faut supprimer un échelon.

Un point fera indéniablement dissension entre souverainistes de droite et de gauche, c’est la question anthropologique poussée à son terme, avec ses grandes problématiques : la bioéthique, le sociétal et l’identité. N’est-ce pas ce point qui donne encore sa consistance au clivage droite/gauche ?

Ce sont effectivement des points qui peuvent créer des divergences. Mais l’un d’eux en crée moins que les autres. Sur la bioéthique, Michel Onfray a ouvert la voie en montrant que ces « évolutions » nous conduisent tout droit au transhumanisme. Les théories du genre, l’intersectionnalité, le wokisme sont un immense cheval de Troie que refusent de voir les gens de gauche, et qui conduisent à l’homme-machine. Le post-humain est le rêve fou des patrons de la Silicon Valley, rêve embrassé par certains de la droite libérale comme par des gens de gauche. C’est le grand paradoxe des écologistes qui se disent les grands défenseurs de la nature, sauf de la nature humaine. Pour les petits oiseaux, il y a du monde, mais pas pour notre enveloppe corporelle.

Sur les questions de mœurs, je suis assez libéral. Je n’ai aucun problème à ce que des personnes transsexuelles puissent changer de sexe tant qu’ils sont majeurs. Je n’étais pas défavorable au mariage pour tous. Il y a donc de vrais points de divergence entre souverainistes. Cependant, quand le Titanic est proche de l’iceberg, on ne réfléchit pas à la couleur du papier-peint. Il y aura donc des dissensions, mais c’est un débat secondaire par rapport aux autres crises qui guettent.

Notre devoir est de s’accorder tous sur le fait que la France a une histoire et qu’elle doit la conserver. Ce serait un vrai bon point !

Reste enfin l’identité où il y a un vrai clivage gauche/ droite. Je ne fais pas partie de ceux qui, à gauche, considèrent que la France est née en 1789, mais je ne suis pas non plus favorable à l’idée selon laquelle la France serait uniquement judéo-chrétienne. Je pense que nos origines païennes et polythéistes sont aussi quelque part au plus profond des entrailles de notre pays. Notre héritage est plus composite qu’uniquement les rois de France d’un côté, ou la Révolution française de l’autre. Notre devoir est de s’accorder tous sur le fait que la France a une histoire et qu’elle doit la conserver. Ce serait un vrai bon point ! Ensuite, au moment de l’écriture du récit national, on aura les débats historiques intéressants sur la mort de Louis XVI ou sur la Commune de Paris.

Quel regard portez-vous sur la campagne présidentielle ? Considérez-vous que vos thèmes sont assez repris dans le débat ?

La pensée souverainiste a été décriminalisée, et c’est l’une des rares bonnes surprises de la campagne. Le souverainisme est d’ailleurs en passe de devenir majoritaire dans le pays alors que c’était un gros mot quand j’étais adolescent. Aujourd’hui, les Français sont attachés à la souveraineté nationale, sont défavorables à l’immigration de masse, à la délocalisation, etc. Le Pen et Zemmour qui sont des souverainistes à leur manière font environ 30 %, auquel il faut additionner Dupont-Aignan ou Lassalle. Il faut encore ajouter à gauche Mélenchon et Roussel qui sont tous les deux souverainistes. Relisez le discours de Pécresse au Zénith où elle a parlé de souveraineté nationale, ce qui n’était pas dans la tradition des Républicains, et vous arrivez à une vraie majorité.

Qui sont les défenseurs du mondialisme ? Le Président de la République (25 %), les écologistes (5 %) et la gauche woke de Taubira et Hidalgo. Ils sont minoritaires, soit un peu plus du tiers des Français.

Le souverainisme pèse effectivement. Mais ces gens sont très disparates, et leur alliance chimérique.

Bien sûr. Mélenchon a commis une erreur tactique majeur en embrassent les thèses wokes. C’est impardonnable. Il n’en demeure pas moins un souverainiste en politique internationale (Russie) ou en économie (relocalisation). En clair, il y a une tendance au souverainisme, mais pas une alliance.


Souverains demain ! de Paul Melun
Éditions Marie B, 240 p., 17,50 €

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