« Pendez les blancs » : laisser dire c’est laisser faire

Crédit : Youtube

« Je rentre dans les crèches, je tue des bébés blancs. Attrapez-les vite et pendez leurs parents, écartelez-les pour passer le temps », tel est le message d’amour universel qu’a adressé le talentueux Nick Conrad aux Caucasiens francophones. D’une métrique parfaite, le texte de Nick Conrad se veut une réflexion subtile sur la domination systémique de l’homme blanc, cet oppresseur ontologique, et de ses diaboliques enfants. Une question reste en suspens, ces enfants, les fera-t-on rôtir à la broche ou bouillir dans une marmite ?

 

Au Rwanda, le génocide des Tutsis ne s’est pas fait en trois mois, comme l’historiographie l’a pourtant retenu. Pendant les années qui ont précédé le massacre, les Utus se sont enhardis. C’est bien parce qu’on les a laissés dire si longtemps qu’ils ont pu passer à l’acte. On les a excusés, on les a plaints. Ils en avaient les droits car ils étaient des oppressés, des victimes éternelles de l’histoire. Dans tous les massacres civils, le coupable a d’abord revendiqué le statut de la victime pour légitimer ses actes. Une méthode parfaitement assimilée par le rappeur Nick Conrad, qui a multiplié les passages dans les médias pour expliquer que ses paroles n’étaient pas vraiment racistes, se bornant à « inverser les rôles » pour édifier, voire éduquer l’auditeur.

 

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De nombreux commentaires de soutiens sur twitter étaient d’ailleurs rédigés en ce sens, souvent par des jeunes femmes noires, ainsi de ce message d’une certaine « fitiamyckaela », qu’on aurait tort de croire anecdotique : « Ben fallait pas commencer mdr bande de colonisateurs. Il chercher à dénoncer les barbaries infligées aux noirs. Et pour toucher la population, il inverse les rôles. Il tente de vous montrer, à VOUS descendants d’instigateurs d’esclavagisme ». S’il serait inutile de tenter d’expliquer sur les réseaux sociaux qu’un Sénégalais a beaucoup plus de chance d’avoir un ascendant qui a participé à la traitre négrière dans son arbre généalogique que le vulgum pecus hexagonal, peut-être serait-il toutefois judicieux d’enseigner correctement l’histoire à l’école, plutôt que d’appuyer en permanence sur le bouton de la repentance masochiste qui sert de justification pseudo-scientifique à des descendants d’immigrés vivant en France. À notre masochisme finira par répondre leur sadisme, le clip de Nick Conrad l’illustrant à merveille, nourri qu’il est de références cinématographiques américaines et d’afrocentrisme primaire.

Dans tous les massacres civils, le coupable a d’abord revendiqué le statut de la victime pour légitimer ses actes.

Ils sont en cela bien aidés par une partie non négligeable du paysage politico-médiatique qui, imprégnée d’un paternalisme confinant au racisme inconscient, relativise toujours la haine de l’autre, comme s’il s’agissait d’un grand enfant, incapable de mauvais sentiments. Toutes les excuses sont donc bonnes. Pour certains, à l’image du député insoumis Eric Coquerel, Nick Conrad ne représenterait rien face au véritable racisme « systémique » visant les personnes de couleur. Au mieux, un épiphénomène, un original un peu agité. Pour d’autres, comme Les Décodeurs du Monde, la « fachosphère » serait à l’origine de la polémique, cherchant frénétiquement des inconnus pour démontrer ses « thèses ».

Au premier, il faut répondre qu’en effet, Nick Conrad n’est pas un simple raciste « anti blancs », mais un fils de diplomates africains conscient de la portée de ses actes, persuadé que l’homme blanc doit expier ses péchés. Comment pouvait-il au juste sincèrement penser qu’un tel discours ne pourrait pas avoir un impact auprès d’un public de plus en plus inculte et mû par la haine ? Ces discours alimentent les faits divers, la logique victimaire. Après tout, le blanc a tué par le passé, et ses descendants aussi par association, puisque les souffrances se transmettent à travers les générations ! Quant aux seconds, l’hypocrisie est ici manifeste. Ils sont les premiers à déterrer des posts et des memes Facebook relayés par d’obscurs délégués de canton pour salir des formations politiques ou des idées ! Anne-Sophie Leclère était-elle plus célèbre que Nick Conrad, passé sur France Ô en 2011 et capable de financer un clip court-métrage de 10 minutes tourné dans les rues de Noisy-le-Grand ?

 

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Ce clip est tant un révélateur qu’un point de non retour. On ne « débat » pas sur ce qu’il y a de plus bas, sur un appel à tuer des enfants. Car, n’en doutons pas, c’est comme ça que la chanson aura été reçue par quantité de jeunes. La haine dirigée contre les blancs en France, si elle ne s’exerce pas pour trouver un logement, est un véritable poison. Elle est justement systémique, et il suffit de se promener dans une cour de récréation d’un collège de banlieue pour le comprendre. Elle s’exerce dans la rue, au quotidien. Elle justifie le crime. De la même manière que les préjugés sur les juifs avaient conduit à la mort d’Ilan Halimi, suspecté d’être « riche » par ses tortionnaires, le « blanc » est soupçonné d’injustices historiques imaginaires, de fourberie, de racisme, ou bien de bénéficier de privilèges indus. Laisser dire revient à laisser faire.

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grobin@lincorrect.org

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