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Pierre Manent : « Politique et Église tendirent à vouloir saisir l’homme tout entier »

Dans un ouvrage collectif, le philosophe Pierre Manent réinterroge la traditionnelle distinction entre sphères politique et religieuse, et examine les rapports nouveaux de l'homme à la cité qu'implique le reflux moderne de la Loi.

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© Benjamin de Diesbach pour L'Incorrect
Vous ne reprenez pas à votre compte la distinction habituelle de la sphère religieuse et de la sphère politique que l’on prête au christianisme, pourquoi ? Le Christ n’a pas annoncé la séparation de l’Église et de l’État, pas plus d’ailleurs que l’union du Trône et de l’Autel. Il a annoncé le Royaume. Les disciples, puis les premiers chrétiens, espéraient le Royaume. Paul de Tarse commanda d’obéir aux autorités politiques par motif de conscience, comme Jésus avait commandé de payer l’impôt dû à César. C’était faire au politique sa part. Impossible donc de confondre le Royaume et les royaumes terrestres! Mais le Royaume tardait. L’Église dut s’installer sur la terre et dans le temps. L’Église n’est pas le Royaume, mais c’est seulement dans l’Église et par sa médiation que l’attente du Royaume peut être bien dirigée. L’installation de l’Église dans le temps se fit à l’enseigne équivoque de la paix. Équivoque car la paix des hommes repose sur un principe d’amour de soi, non seulement différent mais opposé, selon Augustin, au principe de la Paix du Christ, la charité. L’Église laisse au politique la responsabilité de la paix humaine et elle en reconnaît la valeur; elle enseigne quant à elle la Paix de Dieu. En pratique, les deux protagonistes eurent de la peine à s’en tenir à ce cahier des charges. Le politique d’un côté, l’Église de l’autre, tendirent également à vouloir saisir l’homme tout entier. La « chrétienté » reposa sur un mélange de rivalité et d’alliance entre les deux – mélange improbable et tourmenté, mais étonnamment durable. La « séparation » intervint après que la fragmentation de l’Église en confessions ennemies eut donné un rôle politique et moral majeur à l’État pacificateur, et que la République fut devenue une grandeur sacrée : la « séparation » consista d’abord à ôter à l’Église tout pouvoir de commandement. L’Église refusa d’abord la séparation qui impliquait l’abaissement radical de son message. [...]
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