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Pierre Robin : Giscarderies

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Publié le

21 janvier 2021

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Auteur récent de L’Esthétique Contre-Cool, essai illustré contre la coolitude et ses ravages en milieux urbain et culturel, Pierre Robin nous propose un regard sur l’actualité via ses souvenirs, préjugés et obsessions. Envers et contre-cool !
VGE

Giscard est mort. Alors je revois brièvement le prin­temps précédant mon bac. L’ancien grand argentier de de Gaulle incarnait la jeunesse et la modernité, on voyait des jeunes bourgeoises et bourgeois avec le t-shirt pas encore collector « Giscard à la barre », on savait que des étoiles contem­poraines incontestables comme Bardot et Gainsbourg (le Gainsbourg de Melody Nelson !) suivaient son panache blanc. Ma petite sœur s’était rendue à son meeting parisien de 100 000 personnes. Moi déjà contre-cool j’avais préféré me retrouver avec 500 marginaux à celui d’un politicien à bandeau et tempérament de corsaire. Pas grave, ni ma sœur ni moi n’avions l’âge de voter.

Giscard élu, tout s’est lentement dégradé, surtout « à droite », entre Chirac enta­mant sa guerre de sécession populiste, et tous les sourires que VGE lançait à la gauche, histoire de rassembler deux Fran­çais sur trois. Et puis cette démagogie sur le dos d’éboueurs africains, cet accordéon de frime… Je crois qu’on n’a pas trop fait attention à son pire coup, le regroupe­ment familial, l’immigration étant encore, plus pour très longtemps, assez loin de nos portes.

MERCENAIRES ET MÉCHANTS DU FILM

Ce qui est sûr c’est qu’en 1981, l’air giscar­dien, entre la guerre des chefs, des morts violentes de ministres, des provocations coperniciennes et des diamants centra­fricains, était devenu irrespirable. À cette époque le président de Jalons, Basile de K, travaillant au PR (le parti de Giscard), on passait des après-midi à glander et boire du thé dans cet hôtel particulier de la rue de la Bienfaisance (75 008) ; un jour le téléphone sonne au standard, un type de Jalons décroche et dit : « Parti des Forces Nouvelles, j’écoute ? » ; le PFN était alors le groupe d’extrême droite rival du FN. Et c’était Giscard en personne qui appe­lait…

Giscard élu, tout s’est lentement dégradé, surtout « à droite »

Au printemps 81, par une relation (tré­sorier de l’UDF) de mon oncle, je me retrouvai affecté à la cellule « Argumen­taires » du QG de campagne giscardien, rue de Marignan (75 008) sous l’autorité d’Alain Madelin : je méprisais tout ce beau monde et du reste peinais à trouver des arguments pour le président. J’espé­rais gagner un peu de sous, mais j’en fus pour mes frais. En revanche, je participais avec des camarades pas centristes et peu libéraux au service d’ordre rémunérateur de la tournée électorale du deuxième tour. Je me souviens du meeting de Nantes où j’eus la joie de reconnaître dans notre troupe hétéroclite Guy Delorme, grand méchant des films de cape et d’épée de l’enfance, régulièrement occis par Jean Marais, et donc passé du service de Richelieu à celui de VGE. Et je n’ai pas oublié le meeting final de Paris, à l’issue duquel nous hurlions aux braves sympa­thisants giscardiens des « Mitterrand pré­sident ! » depuis notre bus. On crachait là dans une soupe riche, notre inutilité étant grassement payée en gros billets (dont les boutiques Weston de Paris perçurent leur part).

UN SOIR DE MAI PLEIN DE RIRES ET DE CRIS

J’ai quand même à ce moment milité gra­tuitement pour Marie-France Garaud, dont le secrétariat, installé dans un vaste et magnifique appartement du quai Ana­tole France (75 007), était tenu par un ex-petit camarade d’Assas. Assistant notamment avec elle et son staff à la soirée électorale du premier tour, pas enthou­siasmante (avant-dernière place et 1,33 % pour MFG). Ce fut plus réjouissant, de mon point de vue, le soir du 10 mai fatal. D’abord on se rendit au PR vers 18 heures où Basile de Koch nous accueillit avec le V de la victoire et le sourire, nous disant simplement « On a perdu ! ».

Lire aussi : Pierre Robin : Mes années Nixon

Des mili­tantes pleuraient, mais nous nous déva­lisions le buffet avec appétit et bonne humeur. Et puis ensuite ce fut l’atmos­phère électrique des Champs-Élysées et de la rue de Marignan, pleine des klaxons et des cris du peuple de gauche historiquement triomphant. Il y eut des ébauches de bagarres, auxquelles je parti­cipais symboliquement : les gens comme moi voyaient d’abord en Mitterrand le châtiment mérité de Giscard, et aussi le déblocage du paysage politique.

Bien plus tard j’ai enfin vu en vrai, et de près, Giscard, dans une soirée privée on ne peut plus chic où je me sentais à plus d’un titre une pièce rapportée. Et plus récemment, en novembre 2013, je le retrouvai au premier rang des obsèques de Gérard de Villiers, flanqué de person­nalités prestigieuses de droite comme Goasguen et Balkany mais aussi, au-delà de la droite stricto sensu, de Marine Le Pen. Tiens oui, c’est vrai que pour moi, la présidence de Giscard correspondait à ma découverte de SAS. Même le pire pré­sident a un petit actif…

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