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Pierre-Romain Thionnet : nouvelle élite frontiste

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Publié le

13 février 2023

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Récemment adoubé à la tête du RN, Jordan Bardella veut créer une école des cadres qui aura pour mission de faire émerger une nouvelle élite sur le terrain et sur le plan des idées. Pierre-Romain Thionnet en sera une incarnation. Réputé pour sa discrétion et son efficacité, l’ancien étudiant en histoire de la Sorbonne a fait ses armes avec la Cocarde Étudiante dont il était le secrétaire général. Entretien.
Thionnet

La droite actuelle, qui parle de bataille culturelle, n’a jamais semblé aussi inculte : le mouvement partisan de jeunes que vous dirigez est-il un bon lieu pour la former et si oui, quels sont vos méthodes et vos projets ?

Il faut avant tout comprendre le rôle et la mission du Rassemblement national dans le paysage politique français. Tandis que d’autres partis ont fait le choix ou n’ont d’autre possibilité que d’être un conservatoire de mandats locaux ou une initiative d’agit-prop louable mais non suffisante, le RN est dans une stratégie de conquête du mandat suprême et poursuit une institutionnalisation accélérée. C’est dans ce contexte que j’accorde une importance cruciale à la formation des jeunes militants, qui ont vocation à être les cadres et responsables du premier parti de France, les directeurs de campagne, les collaborateurs d’élus, les conseillers, les membres de cabinets ministériels, etc. Ce projet a d’ores et déjà commencé avec l’inauguration début janvier par Jérôme Sainte-Marie du cycle de conférences du RNJ, lequel alternera entre contenu idéologique et formation politique plus « pratique ». D’autres projets sont en cours d’élaboration (notamment un magazine bimestriel en ligne) et les jeunes adhérents bénéficieront bien évidemment de l’« École des cadres » portée par Jordan Bardella.

Vous conspuez, à juste titre, la droite bourgeoise et libérale : comment faire émerger une élite qui ne soit plus guidée par ses intérêts mais par des principes conformes à l’intérêt national ?

C’est précisément le but de la formation qui va être proposée. Il est fondamental de montrer comment des errements idéologiques peuvent produire des effets délétères. L’actualité le prouve : le dogme libéral de la concurrence que nos élites nationales et européennes ont appliqué de force à l’énergie s’est révélé contraire à l’intérêt national. Une fois aux affaires, la droite a également totalement négligé l’enjeu identitaire, le confondant avec l’installation de caméras de surveillance. Il sera important de faire comprendre en quoi l’identité est un fait social total qui doit guider l’action politique globale.

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Quels auteurs vous ont successivement influencé dans votre propre cheminement intellectuel ?

La « politisation » s’est faite d’abord par l’histoire, passion d’enfance qui m’a amené à quitter les moyennes montagnes jurassiennes pour la Sorbonne. Grâce à Grousset, Bainville, Le Goff, Romilly, plus tôt en feuilletant les atlas relatant les exploits d’Alexandre le Grand, des légions romaines ou des Croisés, j’ai eu assez tôt une forme de conscience civilisationnelle. Mais ce sont les questions de souveraineté et la critique du libéralisme qui ont été mes véritables premiers amours politiques. La découverte de Carl Schmitt, Jean-Claude Michéa et Christopher Lasch fut essentielle, de même que les contributions de Vincent Coussedière et Alain de Benoist sur le phénomène populiste.

Les débarquements de clandestins extra-européens de Gibraltar à l’Égée, les attaques djihadistes et la confrontation personnelle quotidienne au changement de peuple en France m’ont poussé à greffer à ce socle un logiciel « civilisationnel » assumé. Compteront alors beaucoup la lecture du Grand Remplacement de Renaud Camus (où l’on cherchera en vain une once de complotisme ou d’« appel à la haine », encore faut-il l’avoir lu), Qui sommes-nous ? de Samuel Huntington, La Nature des cultures d’Heiner Mühlmann, Le Déni des cultures d’Hugues Lagrange, les écrits de l’anthropologue Edward T. Hall ou les publications de la Nouvelle Droite sur la civilisation européenne. Deux romans aux intrigues étonnamment proches parus à un an d’intervalle, l’un en Angleterre en 1972 (Le Rat Blanc de C. Priest), l’autre en France en 1973 (Le Camp des Saints de Raspail), ainsi qu’un petit essai stratégique développant le concept de « guerre civile moléculaire » (Citoyen-Soldat 2.0 de B. Wicht) que je lis dans ces « années décisives » me convainquent définitivement que notre peuple affronte un danger vital et qu’en l’absence de réaction politique nous courons droit à l’abîme.

« Le RNJ a vocation à se rapprocher des centres universitaires et des grandes écoles, et j’ai l’intention de multiplier les échanges avec certains réseaux d’étudiants »


Pierre-Romain Thionnet

Les figures de proue de la Révolution conservatrice allemande (Moeller van den Bruck, Spengler), la Jeune Droite française de l’entre-deux- guerres (Maulnier), et d’autres auteurs (Bernard Charbonneau, Ernst Jünger, Thucydide, Ortega y Gasset) ou écrivains (Tolkien, Chesterton, Edward Abbey, Ernst von Salomon) me servent aussi de références et de sources d’inspiration.

Et parmi les universitaires que vous avez côtoyés durant vos études, certains vous ont-ils marqué ?

Je n’ai pas eu la chance d’avoir connu un « maître » auprès duquel j’aurais pu travailler longuement, mais j’ai été admiratif de l’érudition du professeur Soutou lors de colloques à l’École militaire et séduit par les cours magistraux du professeur Olivier Chaline qui proposait une lecture de la France moderne à partir de la mer, ainsi que par les perspectives maritimes stratégiques ouvertes par Martin Motte (et le très regretté Hervé Coutau-Bégarie avant lui), ce qui m’a influencé dans mes recherches personnelles. Les cours ou publications du professeur Olivier Dard ont également été bénéfiques pour la connaissance de l’histoire des idées politiques à droite.

Marine Le Pen est aujourd’hui conseillée par des hauts fonctionnaires, pensez-vous pouvoir recruter ce type de profils dès leurs années d’études ?

Le RNJ a vocation à se rapprocher des centres universitaires et des grandes écoles, et j’ai l’intention de multiplier les échanges avec certains réseaux d’étudiants de ces institutions. Par conviction pour beaucoup, par intérêt pour d’autres, le RN est aujourd’hui un débouché politique naturel.

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Le poste que vous occupez fait pour l’instant l’objet d’une nomination par le Président du RN. Envisagez-vous de le soumettre un jour à une joute électorale interne ? Est-ce au fond important ?

Cette décision ne m’appartient pas, mais j’aurais tendance à voir plus de périls que d’avantages à une campagne interne où les egos pourraient être démultipliés et l’intérêt général du mouvement passer au second plan.

Vous vous êtes frotté électoralement aux législatives à un élu centriste réputé presque indéracinable, le député de la Marne Charles de Courson. Que retenez-vous de cette expérience ?

Cette campagne a été mon véritable baptême de feu sur le terrain, bien que j’aie auparavant été candidat aux régionales et participé à la campagne présidentielle au sein du cabinet de Jordan Bardella. J’en retiens surtout la validité incontestable des axes de campagne économiques et sociaux portés par Marine le Pen et le RN dans une circonscription largement rurale et dont la principale ville, Vitry-le-François, ne redresse pas la tête après des vagues de délocalisation et la fuite de l’activité économique et donc des habitants vers les métropoles régionales. Si l’immigration n’est pas un non-sujet pour les habitants de la circonscription, la souffrance quotidienne et immédiate de beaucoup est le fruit de leur pauvreté matérielle ou de la difficulté d’accès aux services publics. Cette campagne a été un vaccin contre toute tentation hémiplégique en matière de ligne politique.

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