Pedowood », « pizzagate » ou « pleasure island » sont autant de noms qui reviennent dans les conversations entre conspirationnistes. Y a-t-il du vrai dans cette pyramide d’histoires qui paraissent toutes plus abracadabrantesques les unes que les autres ? Oui. Hollywood est, par exemple, le théâtre d’abus d’enfants stars depuis plusieurs décennies. Les anecdotes sordides sont d’ailleurs trop nombreuses pour être toutes rapportées. On se souvient des propos d’Elijah Wood en 2016 sur les abus psychologiques ou sexuels : « Il y a quelque chose de vraiment mauvais qui réside dans les tréfonds d’Hollywood […] Je ne suis jamais allé aux soirées qui favorisaient ce genre de choses. […] Si vous n’avez pas de base solide à laquelle vous accrocher, par exemple la famille, alors ce sera très compliqué d’affronter le milieu ».
Des parcours cabossés de jeunes gens torturés, détruits par la drogue et les excès, Hollywood en connaît autant que le temple de la promotion de catch qu’est la WWE, avec ses tueries sous stéroïdes, ses suicides et ses viols
Vedette des productions pour adolescents des années 1980, Corey Feldman a lui aussi dénoncé les agissements de certains adultes lorsqu’il était au faîte de sa gloire. Des parcours cabossés de jeunes gens torturés, détruits par la drogue et les excès, Hollywood en connaît autant que le temple de la promotion de catch qu’est la WWE, avec ses tueries sous stéroïdes, ses suicides et ses viols. Pendant trente ans, l’ancien marine Scotty Bowers fut ainsi le pourvoyeur en jeunes hommes et en jeunes femmes des acteurs de la A-List hollywodienne, depuis sa station-service d’Hollywood Boulevard. Il est malheureusement difficile de distinguer ce qui tient lieu de fantasme de ce qui est avéré. Les arrestations d’Harvey Weinstein et de Jeffrey Epstein ou encore les révélations sur le comportement privé du réalisateur Bryan Synger, auront toutefois libéré la parole.
Des théories conspirationnistes peuvent malheureusement jeter le trouble sur des affaires qui mériteraient l’être jugées. Elles sont, au même titre que l’hystérie née du mouvement #MeToo, le terreau sur lequel les négationnistes et les insensibles s’appuient pour nier la réalité de crimes abjects documentés. Le « pizzagate » a participé de ce climat délétère, puisque fondé sur des informations tronquées et partielles. À l’origine de l’affaire, l’avocat David Goldberg déclarait en octobre 2016 que la candidate à l’élection présidentielle Hillary Clinton se trouvait au cœur d’un réseau pédophile répondant au nom de « Lolita Express »… du même nom que l’avion qui transportait les nymphettes d’Epstein vers son île de vacances aux Caraïbes. Un mois plus tard, les mails de la campagne Clinton étaient diffusés par Wikileaks. C’est à ce moment précis que l’affaire des pizzas est née.
Lire aussi : Ces pédophiles qui continuent la « lutte » : révélations
En effet, des forumeurs de 4Chan ont alors lu tous les courriels échangés par John Podesta (directeur de campagne d’Hillary Clinton) et y ont observé l’usage récurrent du mot pizza. John Podesta était l’ami de James Alefantis, gérant de la pizzéria Comet Ping Pong de Washington, avec qui il plaisantait régulièrement. Des messages inhabituels réclamant des pizzas, évoquant le jeu de dominos ou les hotdogs ont été interprétés sur 4Chan comme des noms de code pour des orgies, dont certaines à caractère pédophile.
Bien avant l’affaire, l’expression « Cheese Pizza » évoquait « child pornography » pour les pédophiles. En 2011, l’entrepreneur Andrew Breitbart accusait déjà John Podesta d’exploitation d’enfants. Autre indice ayant alimenté les rumeurs : son frère Tony Podesta collectionne les œuvres de Biljana ?ur?evi?, artiste serbe dont les œuvres assez dures mettent en scène des enfants dans des situations pour le moins troublantes.
Saurons-nous un jour la vérité sur ces hypothétiques réseaux d’exploitation d’enfants ? Probablement pas. Une chose est sûre : Hollywood et Washington sont minés par la même corruption et les mêmes délires idéologiques
Depuis, Jeffrey Epstein s’est suicidé en prison dans des circonstances mystérieuses et de nombreux protagonistes directs ou indirects de l’affaire ont disparu. Quant à Ghislaine Maxwell, elle se dirait prête à faire d’importantes révélations sur les amis de son mari, parmi lesquels des grands de ce monde, comme le prince Andrew ou… Bill Clinton qui n’est jamais bien loin de ces affaires. Saurons-nous un jour la vérité sur ces hypothétiques réseaux d’exploitation d’enfants ? Probablement pas. Une chose est sûre : Hollywood et Washington sont minés par la même corruption et les mêmes délires idéologiques.
Ces derniers mois, l’emballement fut tel qu’une personnalité comme Chrissy Teigen (épouse du chanteur John Legend) a été accusée de participer à un réseau pédophile pour de vieux tweets semble-t-il humoristiques relatifs aux fameuses « pizzas ». Des conspirationnistes voient dans le plus petit message la preuve d’un réseau satanique, pédophile ou criminel. Ils ne se rendent pas compte que ces excès peuvent non seulement produire des drames, à l’image de cet homme qui s’est rendu à la pizzéria Comet Ping Pong armé d’un fusil d’assaut, mais aussi empêcher que la vérité éclate un jour. Car si tout n’est peut-être pas exact dans les accusations formulées, il est certain que les puissants américains exploitent quotidiennement des innocents, et pas seulement sexuellement.





