La sensualité, l’espièglerie, la passion, la manipulation, la pudeur, l’ironie, le fantasme, l’humiliation, la folie, la tragédie : l’histoire est le moyen de dérouler tout un spectre d’émotions souvent plus fortes au féminin autour d’une intrigue simple et cruelle. Une jeune fille de bonne famille, Else, doit solliciter le prêt d’une forte somme d’argent auprès d’un ami de la famille afin de sauver son père de la faillite et de la prison. On sait que celui-là ne pourra rien lui refuser tant sa beauté le trouble depuis longtemps. Il accepte à condition qu’il puisse, juste un moment, la contempler nue.
De cette prostitution feutrée, où le pire se murmure dans les coulisses du meilleur monde, Schnitzler tire un déraillement tramé d’ambiguïtés. C’est l’une des qualités de la pièce d’avoir préservé la dynamique et le relief de la nouvelle et, à l’ère des #balancetonporc monolithiques et sommaires, de montrer comment la petite Else elle-même est victime de sa propre beauté, fascinée par son image, grisée par les désirs qu’elle suscite. Retour de la complexité et du langage dans une petite salle de théâtre tandis qu’à l’extérieur l’hystérie dégueule ses slogans.
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L’actrice déambule parmi les spectateurs, répond parfois à des voix enregistrées, change de costume, module les registres les plus divers entre des musiques fin XIXe et des projections de silhouettes et d’ombres. On est admiratif devant une telle intelligence dramaturgique et un jeu si exigeant (on croit, par exemple, aux 19 ans de Mademoiselle Else). Pourtant, menés jusqu’au bord du vertige, on n’y plonge jamais véritablement et le finale s’étire. Cet exploit limité n’en est pas moins une leçon d’adaptation.
Mademoiselle Else d’Arthur Schnitzler. Mise en scène et adaptation de Nicolas Briançon. Avec Alice Dufour. Du mardi au samedi à 21h – dimanche à 15h. Théâtre de Poche Montparnasse





