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Poètes, vos pixels !

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Publié le

29 avril 2022

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Le 23 mars, François Busnel sur France 5 consacrait une émission entière à la poésie. L’émission littéraire, voilà bien l’ultime saloperie dont est capable la télévision, qui non contente de traîner la culture dans la boue, lui érige des mausolées en stuc.
Francois Busnel

À l’acéphalie des programmes conçus pour le tout-venant, au déballage de vulgarités peroxydées et à ces réalités diminuées dans lesquelles évoluent pantins de chair gonflés à l’hélium et hyper-sottes kardashianisées jusqu’à la trogne, on pourra toujours préférer la culture subventionnée, celle qui toque à la porte aux heures tardives, emmenée par des émissions littéraires dont le succès confidentiel fait malgré tout le bonheur de ses producteurs, persuadés qu’ils font preuve de résistance en invitant à 23 heures un grand pope du romanesque avalisé, si possible femelle, de type Cécile Coulon ou Agnès Martin-Lugand. On aurait tort.

L’émission littéraire, voilà bien l’ultime saloperie dont est capable la télévision, qui non contente de traîner la culture dans la boue, lui érige des mausolées en stuc. L’ignoble Bernard Pivot a heureusement disparu du PAF, remplacé par le benêt François Busnel sur France 5. Sans doute moins nocif mais tout aussi redoutable lorsqu’il s’agit de mettre à mort ce qui nous reste de littérature. Jour sombre que ce mercredi 23 mars où le bougre, probablement certain d’œuvrer pour le bien, se met en tête de consacrer une émission entière à la poésie. On en tremble d’avance. Car nous le savons déjà, la poésie, c’est comme la philosophie : elle ne peut pas exister en même temps que la télévision. Cela relève de la physique pure et simple.

Nos invités ânonnent leurs petites strophes les uns après les autres, encouragés par un Busnel toujours plus liquide

Personne n’est philosophe pas plus que poète sur un plateau de télévision. Ce sont des masques de chair morte arrachés au cadavre de la beauté, qui fondent tristement sous les projecteurs avec des copeaux de rimmel. Le thème de l’émission : « habiter poétiquement le monde » (ce qui est sans doute mieux que de le déserter de façon naturaliste). Parmi les invités, la directrice du sinistre Printemps des Poètes, ce banquet de fonctionnaires où la poésie se dresse sur des tréteaux dans les salles municipales ; et quelques vagues mirlitons, dont celui qu’on annonce comme le roi de la « poésie insurrectionnelle ». François Busnel est ravi, on va pouvoir dérégler les pendules, faire sauter les conventions télévisuelles au nom de ce qu’il présente comme un « art de l’éphémère ». Ah, cette delermisation de la poésie qui tient à tout prix à en faire un art de vivre, comme une méthode de bien-être, quelque part entre le macramé et le jiu-jitsu…

Pour un art éphémère, cette heure et demie à tourner autour de la charogne des Muses est tout de même bien longue. Nos invités ânonnent leurs petites strophes les uns après les autres, encouragés par un Busnel toujours plus liquide. La Secrétaire d’État aux Souffleurs de Vers n’oubliera pas au passage de tacler Ronsard : « Ce qui m’agace chez ces vieux poètes, c’est qu’il y a toujours cette idée que la femme passera le millénaire uniquement parce qu’eux l’ont célébrée ». Bientôt ministre des Autodafés, celle-là. Et Busnel de conclure victorieusement : « Être vivant, ce n’est pas se contenter de respirer ». Parménide et Poe en PLS.

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