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Pour éviter la bérézina des opposants à Viktor Orban lors des récentes élections législatives en Hongrie, les adversaires du gouvernement polonais viennent de sceller une alliance en vue des prochaines élections locales, à l’automne 2018. Un tournant ?
« Nous ne commettrons pas les erreurs de l’oppositions hongroise » lance le leader du PO (« Plateforme Civique ») Grzegorz Schetyna. « Ces élections ont démontré à quoi pouvait mener un manque de coopération et une absence de responsabilité » constate Katarzyna Lubnauer, chef du parti Nowoczesna (« Moderne »). À l’évidence, le récent triomphe de Victor Orban lors des élections législatives en Hongrie a marqué les esprits. Assez pour que les dirigeants des deux formations libérales, jusqu’ici concurrentes, décident de se réunir à Varsovie pour une convention annoncée comme exceptionnelle. « Cette journée marque le début d’un nouveau chemin commun aux deux principales forces d’opposition » répètent les responsables des deux partis à leur auditoire. Tous n’ont qu’une idée en tête : remporter les prochaines élections locales, qui auront lieu à l’automne. Un scrutin qui permet d’élire les assemblées et dirigeants de l’ensemble des collectivités locales du pays. « Le plébiscite le plus important des dernières années » pour Lubnauer. Une élection « bien plus essentielle » que celle de 1990 pour Schetyna. Les élections locales de 2018 plus importantes que la première élection libre en Pologne après le communisme, celle qui a vu Lech Wa??sa être élu Président de la République ? C’est dans cet état d’esprit que les deux leaders libéraux ont signé, à l’occasion de la convention du 14 avril, un accord électoral prévoyant la mise en place d’une liste commune pour la Mazovie, région de la capitale Varsovie. Et plus, si affinités: le but étant de présenter une liste de candidats unique dans chaque collectivité locale de Pologne. « Nous sommes unis, et pas uniquement de façon formelle. C’est une union des programmes, c’est une idée d’action commune » assure Grzegorz Schetyna. « L’opposition unie » scande l’auditoire, alors que sont dévoilés le logo et le nom de cette nouvelle force d’opposition : « la coalition civique », l’alliance conçue pour réunir les forces libérales polonaises. Une première depuis 2015.
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Il faut dire que jusqu’ici, la division du camp libéral a facilité la tâche du PiS (« Droit et Justice »). Alors que le PO était encore au pouvoir, il y a de cela trois ans, le parti Nowoczesna a surgi dans le paysage politique, porté par son fondateur: l’économiste Ryszard Petru. Présenté par les médias comme un leader plus jeune, plus dynamique, plus féministe – bref, plus « moderne » – Petru a séduit une partie de l’électorat du PO. Avec plus de sept pour cent des voix aux élections législatives de 2015, son parti s’est rapidement imposé comme la quatrième force politique du pays. « Là où deux se battent, le troisième en profite » dit un célèbre proverbe polonais. Le « troisième » -le PiS – a su tirer profit de cette querelle des anciens et des modernes. L’opposition cherche aujourd’hui à obtenir sa revanche. Elle trouve de l’espoir dans les derniers sondages, qui montrent un léger essoufflement du PiS – sous la barre des quarante pour cent – alors que la « coalition civique » réaliserait un score relativement élevé, avec un retard de cinq à dix points selon les instituts de sondage. Une étude a même donné le PiS battu, pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir: de quoi faire rêver les adversaires de Jaros?aw Kaczy?ski. Ils gardent encore le souvenir de l’avant 2015, époque à laquelle le PiS s’inclinait régulièrement face à ses opposants unis dans un seul parti. Dans la pratique, les choses s’annoncent plus compliquées. La nouvelle « coalition civique » a peu de chances de s’entendre sur des candidatures communes, surtout dans les grandes villes polonaises. En témoigne la situation à Gda?sk, où le maire sortant Pawe? Adamowicz, jadis soutenu par le PO, refuse encore de céder sa place à un candidat de la coalition. Élu depuis 1998 mais empêtré dans des affaires judiciaires, il vient de perdre le soutien de son parti, ainsi que celui de son ami Lech Wa??sa. « Deux mandats, et on rentre à la maison » l’a récemment sermonné l’ancien leader de « Solidarno?? ». « Je l’appelle à écouter son parti et à ne pas créer de divisions ». Un Lech Wa??sa qui n’est pas sans intérêt dans l’histoire, puisque le candidat de la coalition à la mairie de Gda?sk pourrait bien être… son fils, Jaros?aw. À Cracovie, la situation n’est pas meilleure. Deux jours après avoir signé l’accord électoral avec le PO, Katarzyna Lubnauer a pris de vitesse ses nouveaux alliés en présentant aux médias le candidat « Moderne » pour la mairie de Cracovie. Alors qu’elle vient d’être scellée, l’union sacrée de l’opposition libérale a déjà du plomb dans l’aile.
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La hantise d’un fiasco à la hongroise a-t-elle précipité l’alliance des deux partis libéraux? Probablement, même si depuis plusieurs mois ce scénario semblait inévitable. En chute dans les sondages, le parti « Moderne » a fait le choix de l’union: non pas pour barrer la route au PiS, mais pour assurer sa propre survie.
L’alliance de l’opposition polonaise est donc avant tout le signe d’un divorce: celui du conservatisme et du libéralisme
Il y a malgré tout, au-delà du calcul stratégique, un tournant idéologique dans cette décision. Avant leur schisme en 2015, les libéraux polonais défendaient encore, par conviction ou par calcul, des positions conservatrices sur le plan sociétal. Aujourd’hui, leurs nouveaux alliés du parti « Moderne » assument des points de vue nettement plus progressistes. « Nowoczesna, c’est la séparation de l’Église et de l’État, c’est la reconnaissance par la loi des couples homosexuels » déclarait il y a quelques mois un député du parti. C’est aussi la libéralisation de la loi sur l’avortement: une cause qui a mobilisé aussi bien les militantes féministes que les groupes LGBT, descendus dans les rues de Pologne en mars dernier. L’alliance de l’opposition polonaise est donc avant tout le signe d’un divorce : celui du conservatisme et du libéralisme, qui pendant vingt ans ont caractérisé l’électorat centriste polonais. D’ailleurs, les derniers conservateurs du PO ont la vie dure, tels ces trois députés exclus du parti après s’être prononcés contre la libéralisation de la loi sur l’avortement, en janvier dernier. Un scénario inimaginable il y a quelques années. Et une preuve de l’ampleur du « coming-out » progressiste accompli par les dirigeants du parti, soucieux de reprendre à leur compte la rhétorique de la « société ouverte » en vogue plus à l’ouest en Europe. L’alliance des adversaires du PiS donnera aux élections cet automne des faux-airs de déjà-vu, alors qu’il s’agit d’un pas de plus dans la grande recomposition politique que connaît le pays depuis 2015. Pour les Polonais, 2018 aura l’apparence d’un retour en arrière. Mais ce sera un retour vers le futur.
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Un évènement pourrait encore accélérer l’évolution politique du pays. Le président Andrzej Duda a récemment annoncé la tenue d’un référendum national les 10 et 11 novembre prochains, pour que « les Polonais s’expriment au sujet d’une nouvelle constitution ». Une date symbolique puisque le 11 novembre 2018, la Pologne célébrera le centenaire de son indépendance : « Une année durant laquelle nous devrions répondre à des questions essentielles concernant nos institutions », a argumenté le président. Le pari est audacieux, car si le Sénat valide la proposition du président, les élections locales et le référendum auront certainement lieu au même moment: les 10 et 11 novembre. Mais l’idée du président polonais peine à convaincre, et le PiS se montre très prudent. Il sait qu’en cas de succès dans les urnes, Andrzej Duda cherchera à instaurer un régime présidentiel, alors que Jaros?aw Kaczy?ski est partisan d’un régime parlementaire, sur le modèle allemand. Mais face à une opposition réorganisée, la droite polonaise n’aura peut-être pas d’autre choix que de faire bloc, elle aussi. En espérant faire d’une pierre deux coups: profiter de l’élan suscité par un référendum national à fort enjeu pour s’imposer au niveau local.
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