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Populismes, une sécession mentale

De New York à Moscou en passant par la France périphérique, Laure Mandeville, journaliste au Figaro, a parcouru le monde des nouveaux dissidents d’occident: ceux qu’on dit populistes et qui ont décidé de ne plus écouter leurs élites. État des lieux du chaos qui vient.

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© DR

Pourquoi avoir choisi Éric Zemmour plutôt que Marine Le Pen pour figurer parmi les révoltés de l’Occident ?

C’est une bonne question devant les résultats du premier tour. Mais il m’a paru que le phénomène Zemmour correspondait davantage au phénomène Trump, c’est-à-dire à l’idée que le peuple en souffrance considère que les élites ne répondent pas à ses avertissements et qu’il va donc chercher à l’extérieur de la classe politique un homme ou une femme pour représenter son anxiété politique, économique et culturelle. En 2017, après être revenue des États-Unis où j’avais couvert le phénomène Trump, je suis partie me promener dans les provinces de France à la demande du Figaro. J’y ai constaté une humeur trumpienne : beaucoup de Français disaient déjà qu’ils allaient voter par révolte pour Marine Le Pen. Cette idée que l’on est sur une pente stratégique dangereuse, et qu’il faut se substituer aux politiques qui ne reconnaissent pas ces problèmes. J’ai pensé pour ma part, et de ce point de vue je me suis trompée, que Zemmour était plus susceptible de faire cette jonction entre une partie des élites de droite et ce peuple désemparé. Il a été percuté de plein fouet par la crise russe, et a pâti de cette contradiction interne à chaque Français, à savoir que d’un côté ils reconnaissent que la situation est désastreuse, et que de l’autre ils ont une peur viscérale d’apporter des réponses à ces questions.

Trump n’a pas réussi à être réélu. Zemmour a fini à 7 %. Les leaders populistes sont-ils aussi connectés au peuple qu’ils le disent ?

Est-ce la question de la connexion au peuple, ou celle de la crédibilité de leur action? Dans le cas Trump, ses quatre années au pouvoir ont aussi joué dans l’échec de sa réélection. Il faut voir que le nombre de ses électeurs a augmenté de manière spectaculaire, plusieurs millions de personnes qu’il est allé chercher, notamment dans les minorités latino, noire et asiatique. Cela démontre que les thèmes qu’il a portés continuent de travailler l’opinion américaine. Joe Biden a d’ailleurs repris un certain nombre de ces thèmes, dont cette idée qu’il fallait renationaliser la politique étrangère pour répondre aux désarrois des classes populaires et moyennes. Au-delà de la connexion avec le peuple, qui est restée extrêmement forte avec une partie de son électorat, sa personnalité clivante, exaspérante et destructrice a aussi joué. On lui a reproché son incapacité à maintenir une certaine stabilité, à non seulement avoir de bon instincts, mais aussi à construire une stratégie de long terme. Trump a par ailleurs mal géré sa défaite : elle a accouché d’une bouffée de colère effrayante le 6 janvier 2021. Il y a tout de même une déception sur les capacités à gouverner de ces populistes qui font souvent cavaliers seuls. Dans le cas de Marine Le Pen, elle n’a jamais été rejointe par des élites expertes. Alors certes, il y a des faiblesses dans ces mouvements populistes, mais cette révolte est toujours là et elle cherche de nouvelles représentations. Il appartient aux élites politiques occidentales de se pencher sur ce qui se passe, d’apporter des réponses, d’intégrer ces élites populistes dans le champ politique pour qu’il n’y ait pas ces explosions de colère problématiques et à terme dangereuses. Elles pourraient déboucher sur ce qu’on a vu aux États-Unis et que je nomme une « sécession mentale », à savoir qu’une partie de la société serait en rupture de ban définitive avec les élites traditionnelles. [...]

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