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[Portrait] Marie Pélissier : l’enfance des lettres

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Publié le

8 août 2022

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Comment lutter contre la déculturation de notre jeunesse ? Marie Pélissier a décidé de contre-attaquer en fondant TétrasLire, un magazine de littérature pour les 8-12 ans. Portrait.
Marie Pelissier©Benjamin de Diesbach

Marie Pélissier n’est qu’une partie du trinôme qui se cache derrière TétrasLire, l’ambitieux magazine de littérature pour les 8-12 ans. Avec Emmanuel son mari et Sophie, sa belle-sœur, elle construit chaque numéro dans le but de donner le goût de la littérature aux enfants. Mais comment en arrive-t-on à se lancer dans ce projet à contrecourant de la déculturation généralisée, dans un secteur saturé par les rentiers des magazines jeunesse ? Le parcours de Marie est semé de rencontres à travers la littérature, par la littérature et pour la littérature.

Marie de Combarieu est née au cœur d’une nuit quasi polaire, le 21 décembre 1979, en Norvège. De quoi dès le début donner l’envie de s’évader en littérature. C’est pourtant en Isère, dans le fief familial, qu’elle va commencer à lire. « Ma grand-mère m’a mis des livres entre les mains ». Pour elle, rien n’est plus généreux que de recevoir une proposition de lecture, de fréquenter une bibliothèque familiale. La deuxième rencontre dans son chemin vers TétrasLire est sa maîtresse de CE1. Elle n’apprenait pas le français, elle donnait un cours de littérature. Trop exigeant disaient les parents ! Et pourtant. Elle a une révélation : « Je vais devenir écrivain ! »

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C’est après le bac S qu’elle va entrer dans le grand bain culturel. Elle fait une prépa littéraire : des années fondatrices où la littérature devient lieu de vie, nourriture, respiration. Ce sont également les années où elle fait la rencontre de son mari, l’enthousiaste et créatif Emmanuel Pélissier.

Après cette période d’effervescence intellectuelle, le projet d’écrire de Marie devient flottant. Elle est sans doute trop amoureuse de la littérature pour oser apporter son écot à la masse publiée. Elle s’oriente ensuite vers un DESS d’édition. En stage chez Fayard, elle apprend le métier d’éditeur et prend goût à ce travail quasi monastique. Elle prend conscience que ce métier lui correspond. Après un poste dans l’édition chez Larousse où elle croise livres de cuisine et guides touristiques, c’est chez Perrin qu’elle rencontre la figure mythique de l’éditeur, en la personne d’Anthony Rowley. Elle est presque prête à tracer sa voie singulière.

Pour Marie, on a oublié qu’il y avait chez l’enfant l’intuition du sens et la capacité à saisir la musique des mots

Passée en free-lance, elle se rapproche de Sophie, sa belle-sœur, graphiste. Parfaitement complémentaires, elles veulent lancer une aventure commune. Elles pensent d’abord à un magazine d’histoire, puis très vite la littérature, qui avait toujours été présente, s’impose. Et c’est la tranche des 8-12 ans qui les intéresse, l’âge auquel sa grand-mère a mis des livres dans ses mains. Elle estime que c’est à son tour de mettre des livres entre les mains de ses cinq enfants et de tous les autres. « Huit ans, c’est l’âge de l’autonomie en lecture. Les enfants sont très malléables, c’est une fenêtre de tir à ne pas louper pour donner le goût de la lecture ». Il fallait quelqu’un pour sélectionner et guider les illustrateurs : ce sera Emmanuel. Tatillon, passionné d’art, à l’imagination sans limite, Emmanuel permettra que chaque magazine soit un bijou aux illustrations dédiées au texte, proches de l’œuvre d’art, et véhiculant des références culturelles. Le trinôme est constitué et c’est une aventure humaine qui commence, sans plan B. Les Pélissier ont mis tous leurs œufs dans le même panier. Il fallait ça pour s’obliger à faire quelque chose de bien. C’est depuis Lyon où le couple habite que le premier numéro de TétrasLire sort en octobre 2015 : À l’abordage ! Avec un texte de Conan Doyle.

Si on lui parle de la littérature jeunesse existante, marie s’agace en souriant, avec cette autorité naturelle qui nous invite à l’exigence, et cet air doux et têtu de s’excuser d’avoir raison. Elle déplore que la plupart du genre ait été réécrit par des orthophonistes, que la langue se trouve tronquée, appauvrie. « Aux enfants, on ne propose qu’une littérature miroir impropre à l’imaginaire. Les personnages sont sans épaisseur et le monde semblable à leur environnement. Pas étonnant que les enfants se réfugient dans les jeux vidéo où les univers sont complexes, ils ont besoin d’aventures, de se projeter en héros ».

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Dans TétrasLire, ils ont pu lire Giono, George Sand, Jules Verne, Leblanc, Colette, Pouchkine, Daudet, Pierre Loti… L’objectif de Marie est de choisir des textes qui donnent envie aux enfants d’aller plus loin avec l’auteur. Ce qui compte est d’abord ce que le texte raconte, cela doit primer ; ensuite il y a la chair du texte, la langue de l’auteur. Même si les enfants ne comprennent pas tout, c’est sans importance. Pour Marie, on a oublié qu’il y avait chez l’enfant l’intuition du sens et la capacité à saisir la musique des mots.

Bien sûr, le chemin est semé d’embûches. Au-delà de l’ambition à rebours de la société, les freins propres à l’édition sont là. D’abord il y a la notoriété des géants de la littérature jeunesse qui écrase tout et puis le fameux système de diffusion-distribution qui reste l’arme mercantile de la filière. Toutefois, le tableau scolaire n’est pas totalement noir, une nouvelle génération de professeurs émerge, très à l’affut de nouveautés, et l’exigence est un atout pour TétrasLire. À noter que la moitié des abonnés sont des grands-parents motivés par une volonté de transmission culturelle.

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