Il y a les portraits qu’on écrit et ceux qu’on a envie d’écrire. Celui de Peno la Cuenta, Edwin de son vrai prénom, appartient à cette dernière catégorie. Ça commence avec son sourire confiant posé au milieu d’une ganache blonde-bleue que la Wehrmacht n’aurait pas reniée, et ça continue avec ce flot de parole facile, celui des barmen qui finissent immanquablement la soirée avec l’avion de chasse du rade. Oui, après cinq minutes de discussion, on imagine sans trop de difficulté les boîtes, les éclats de rire noyés d’alcool et d’autres substances psychotropes, cette vie de galère et de joie que cèlent les métropoles contemporaines. C’est sans doute à cinq heures du mat’, au milieu des regards hagards des copains et de l’odeur de vomi persistante des Noctiliens qu’Edwin a chopé cette gouaille et ces observations qui nourrissent ses vidéos et l’ebook qu’il a publié au mois de mars, Guide de survie en milieu hostile.
Alors qu’il ne s’est jamais interrogé sérieusement sur la politique, à force d’être traité de fasciste, il suppose pencher à droite
Les milieux hostiles, il connaît, puisqu’entre deux mutations de son père gendarme, il a grandi à cheval sur les Côtes d‘Armor et la Seine-Saint-Denis. Le nœud de contradictions qui constitue le jeune homme commençait à se tisser. Entre la pêche sur une mer d’huile à l’aube au large de l’Île Grande et les histoires de shit en bas des tours, il y a de quoi devenir schizophrène. L’amour de la France et du rap des années 90 où il grandit, celui d’IAM, de MC Solaar et de toute la bande, s’enracine chez le jeune homme, et donne son style si particulier dont il a conscience : « Le domaine que j’occupe n’existe pas. Le rap n’est pas compatible avec la droite ». De droite, il a découvert qu’il l’était en 2016, quand il lance à 25 ans, après un parcours scolaire rendu chaotique par son… « mode de vie » sa page Facebook du Pen Noël. Il y fait des memes sur le fondateur du FN, où ce dernier est affublé d’un bonnet de Père Noël, dont il « admire les punchlines, le bagout ». Alors qu’il ne s’est jamais interrogé sérieusement sur la politique, à force d’être traité de fasciste, il suppose pencher à droite. Le début des ennuis. Il finit par contacter le dessinateur Marsault dont il aime le coup de crayon pour qu’il lui fasse de la pub sur sa propre page. Mieux que ça, ce dernier, convaincu du talent de Peno, reprend en dessin son personnage du Pen Noël. « Ma page est passée de quinze mille à cinquante mille j’aime. Je suis entré dans le game ». Au-delà de la collaboration, une amitié profonde naît entre les deux hommes, « en toute hétérosexualité », assure un Peno espiègle. Alors qu’il cherche un stage de finn d’étude pour son école d’informatique, il rentre un peu grâce à Marsault chez Ring, dont il va gérer la communication digitale.
Il y rencontre les Obertone et autres Papacito, des collègues qui deviennent vite eux aussi une bande de potes pour le jeune homme et déterminent son évolution. « C’est Papacito qui m’a donné envie d’écrire. Je fais du Papacito pour les enfants qui ont grandi dans la décennie d’après lui. Il est Super NES, je suis PS3. » C’est alors qu’il investit YouTube avec ses vidéos où il « tacle » les idoles du monde moderne, des rappeurs aux hommes politiques bien-pensants. Si l’on y retrouve en effet la phrase choc façon Papacito, les instrumentales et les textes mélancoliques voire torturés forgent une griffe bien distincte. Du rap, du slam, de la joute verbale, que fait donc le jeune homme ? « Il faudra bien que je le dise un jour », confie-t-il, presque gêné « je fais du Peno et voilà. » Faire du Peno, c’est déjà solide. Quand on l’interroge sur ses influences littéraires, il cite Cioran, dont il admire le dialogue entre désespoir et violence verbale. Quand il aura étoffé le Roumain de Nietzsche et Chamfort, faire du Peno, ça sera franchement dangereux.
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Son humilité ambitieuse nous pardonnera ces modestes conseils de lecture. « Pour moi, la vie est un apprentissage perpétuel ». Apprendre sans cesse pour progresser sans cesse, voilà l’idée qui porte le jeune homme. Voilà pourquoi il aime Paris et son « ambition. » Paris, où rien n’est plus délicieux que de « rouler la nuit tout seul avec la musique, pendant des heures. C’est ma passion numéro 1 dans la vie ». Quand on vous disait qu’il y avait du poète derrière le Youtubeur.
Peno a aujourd’hui trente-et-un an, il a rejoint ses amis Obertone, Marsault et Papacito à la Furia, où il dispose d’une double page. Il se consacre enfin à plein temps à l’écriture, pour la revue, son e-book et ses vidéos. Côté professionnel, il est sur les bons rails. Côté sentimental aussi. Il a trouvé la bonne, celle qui l’aime assez pour le laisser vadrouiller avec ses amis sans le harceler de questions. La sérénité. Avec elle, il se sent prêt pour les enfants. « J’aimerais beaucoup, glisse-t-il dans un sourire innocent. Comme ça ma mère arrêtera de croire que je suis homosexuel. » La vanne côtoie toujours l’émotion chez Peno. Décidément, ce garçon est sympathique.





