Sous les dorures du Cercle national des Armées à Paris, se tient la soirée de Radio Courtoisie. Ce 6 juin 2023, on rameute le riches auditeurs afin qu’ils sortent les espèces, sonnantes et trébuchantes. Ticket de tombola, promesses de dons, on récolte à tout va. Parmi les convives à boucles d’oreille et carré Hermès, un élégant avocat à la chevelure d’argent dirige son troupeau vers une silhouette isolée : « Mesdames, voici le grand Maestro ».
Le susnommé est Pierre-Alexandre Bouclay, le directeur de Radio Courtoisie. Costume trois-pièces, pochette blanche en sergé de soie, il s’enquiert de son public : « comment va Madame la comtesse ? Des nouvelles de la paroisse ? ». Avec son gilet gris souris, il ne lui manque que la montre à gousset pour entrer chez Balzac. On croirait l’itinéraire d’un bourgeois coulant des jours heureux à Tours. Que nenni camarades !
Pierre-Alexandre Bouclay décide de reprendre les études. Par les cours du soir, il entre à l’université où il suit un cursus jusqu’au doctorat d’histoire.
Pierre-Alexandre Bouclay est né le 10 août 1975 à Boulogne-sur-Mer. Ses parents vivent dans les bois dans une communauté hippie. « Quelques mois après leur arrivée, ils se sont fait virer parce que ma mère avait brûlé un kilo de haschich dans la cour » s’esclaffe Pierre Alexandre. « Elle ne voulait pas de drogue dans la communauté. » Bouclay a deux ans lorsque son père quitte la famille. Papa hippie exercera toutes sortes de métiers : un peu peintre, un peu musicien, un peu tout !
L’enfant est confié à ses grands-parents maternels qui deviennent les modèles à suivre. Ancien combattant de l’Indochine et de l’Algérie, le grand-père est responsable de la sécurité pour une chaîne hôtelière. Chez les grands-parents, la vie est douce dans une grande maison bourgeoise de quatre étages. À 9 ans, changement de programme. Pierre-Alexandre retourne vivre avec sa mère et son beau-père marin pêcheur. « Ils vivaient dans un HLM. La première fois que je suis entré dans leur T2, j’ai gardé mon manteau pour retourner chez mes grands-parents. »
La frustration grandit et jette l’enfant dans les sports de combat, et la lecture. Si le lycéen Bouclay développe un vrai talent pour l’écriture, côté études, c’est la Bérézina : « J’ai été renvoyé deux fois du lycée dont une fois pour avoir frappé un prof. Je ne supportais pas le cadre rigide de l’école, j’avais besoin de liberté. » À 15 ans, son vœu est exaucé : le voilà dehors sur le pavé. Jeté de l’école puis jeté de chez lui après avoir frappé son beau-père, il charbonne dans de nombreux métiers. « J’ai été tour à tour laveur de carreaux puis barman. Le plus difficile fut vendeur de journaux à la criée. Il fallait que je vende 40 journaux au minimum pour avoir de quoi manger. Les jours de grand cagnard, j’avais la crème solaire qui me dégoulinait sur la gueule, c’était l’enfer. » La vente à la criée se poursuivant sous la pluie à l’automne, Pierre-Alexandre Bouclay décide de reprendre les études. Par les cours du soir, il entre à l’université où il suit un cursus jusqu’au doctorat d’histoire. « En 2003, durant la dernière année de mon doctorat, j’ai été dénoncé par le groupe REFLEX comme ayant été membre du Front national. Le jour même, l’université m’a renvoyé. »
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Il faut alors gagner sa croûte?! Pierre-Alexandre devient professeur d’histoire dans un lycée privé. « Pas plus que je n’ai insisté dans la vente à la criée, je n’ai poursuivi dans la voie de l’enseignement. Je ne me voyais pas ânonner le même programme pendant trente ans. » Rétif aux contraintes salariales, il devient pigiste grand reporter. Dans les années 2000, il voyage dans toute l’Europe de l’Est. Logé chez l’habitant, il vit enfin de l’écriture. « Dans chaque pays, j’organisais des reportages pour des magazines différents. J’écrivais autant pour Valeurs Actuelles que pour Cuisine et Vins de France. »
En 2010, Pierre-Alexandre Bouclay est contacté par une agence de communication d’Orléans. « Le directeur m’a demandé mes tarifs. J’étais rétribué dans la presse 80 euros le feuillet. J’ai bluffé, j’ai demandé 234 euros. À ma grande surprise il a accepté. Depuis ce jour, j’ai une passion pour la communication. » En 2014, il aide Benjamin Blanchard à créer SOS Chrétiens d’Orient, et devient le directeur de la communication et du marketing de l’association.
Depuis Boulogne-sur-Mer, l’eau a coulé sous les ponts. Le jeune camelot d’autrefois est devenu une figure respectée de la droite. Durant la soirée de Radio Courtoisie, il pose avec fierté aux côtés de sa magnifique épouse ukrainienne. Avec fierté mais sans jamais renier le souffle de la liberté, et la crème solaire qui dégouline sur la gueule.





