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Il nous mettrait presque la larme à l’œil. Heureusement, il vend aussi des kleenex. Le patron du dernier cinéma parisien spécialisé dans les films pornos part à la retraite et personne ne reprend l’affaire.
Le Beverley , dernier cinéma X de Paris, a fermé ses portes à la fin de l’année dernière. Il faut dire qu’il n’était pas taillé pour concurrencer l’uberisation, la gratuité et Internet. Car elle est loin l’époque où le mateur de boulards était vu comme un pervers. Elle est finie l’époque où les choses sales se faisaient dans des salles spécialisées et des backrooms glauques illustrant bien la légèreté des mœurs et toutes ces choses que la morale réprouve. Car, miracle de la start-up nation, le salace satyre qui squattait les sombres salons de lupanars n’a plus honte. Il s’agit de votre père, de votre fils, de votre mari… Le porno a envahi les maisons et les écrans. Le smartphone et les réseaux sociaux de vos petites têtes blondes n’ont laissé aucune chance au Beverley. On en est même à regretter le bon vieux porno de Canal + généralement crypté et donc maîtrisable. On se dit que les films érotiques de RTL 9 à 23 heures étaient des Disney à côté du web. Finalement, le vicelard des trente glorieuses n’a pas disparu mais il a changé. Plus besoin de sortir, c’est livré à domicile.
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« Le porno sur Internet, c’est de l’abattage. Une nana sur une table avec 40 mecs. C’est nul », explique un client du Beverley. Ce XXIe siècle est donc celui du renversement des valeurs. Pervers Pépère venant avec sa botte de poireaux au Beverley en faisant croire à bobonne qu’il allait faire le marché devient un esthète. Le voyeur lubrique devient le garde-fou des internautes crevant d’ennui. On en pleurerait presque en pensant à Pierre Bachelet chantant Emmanuelle : « Mélodie d’amour chante le cœur d’Emmanuelle / Qui bat cœur à corps perdu/ Mélodie d’amour chante le corps d’Emmanuelle / Qui vit corps à cœur déçu ». Ce n’est pas le corps à cœur qui anime le starteupeur, puisque la fermeture du Beverley a coïncidé avec l’ouverture d’un bordel d’un nouveau genre à Paris: les poupées. Dans le XIVe arrondissement vous pouvez passer un moment agréable avec Kim, Lily ou Sofia. « Nous faisons de la location de jouets », estime le gérant. Et ce business est fascinant, dans le registre du sordide. Les « dolls » sont de plus en plus intelligentes, de plus en plus interactives et ont toutes les tailles et toutes les typologies. Au Japon, ils en ont même en taille-enfant. Et, miracle de la technologie, elles n’ont pas d’option « non pas ce soir ». Sordide, on vous dit. Et en même temps, d’une cohérence totale avec l’époque.
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Le mythe de la femme-objet qui ferme enfin sa gueule. Et c’est légal. L’onanisme devient un mode de vie lorsque l’individualisme est érigé en vertu. Il n’y aura même plus la dimension conviviale du cinéma. Chacun chez soi devant son gang-bang. Ou avec sa poupée en silicone. Car à l’heure du #BalanceTonPorc et du féminisme, ces messieurs se sont ré- fugiés dans la came qui ne dit pas non et ne porte pas plainte. Il faut tout et tout de suite. Même Tinder n’est pas assez rapide. Alors on garde à portée de main sa poupée et sa tablette. On évacue ses spermatozoïdes dans du plastique pour ne pas devenir père. On veut jouir sans entraves et s’interdire les interdits. La victoire de l’industrie sur l’artisanat est allée de pair avec celle du silicone sur la femme. Chaque hiver les candaules danseront et les féministes auront froid. L’érotisme est mort, vive le porno.
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