Skip to content

Pour que Beltrame soit ressuscité !

Partage

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email

Le sacrifice d’Arnaud Beltrame nous oblige tous, a affirmé le président de la République lors de l’hommage national rendu mercredi aux Invalides. Quel sens ce sacrifice peut-il revêtir pour nous ? Et quel est le sens de sa mort pour notre pays ?

 

« Mais s’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ, lui non plus, n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, notre message est sans objet, et votre foi est sans objet » (St Paul, Corinthiens, 15, 12-20). C’est en ce dernier vendredi du Carême, qu’est intervenue une nouvelle mais toujours regrettable piqûre de rappel, pour qui avait oublié selon les mots de notre Jupiter, que « nous vivons et vivrons durablement avec le terrorisme« . Ces propos qui résonnent aujourd’hui, non comme une incitation à une difficile accoutumance, mais comme une auto-absolution par prévention, confinant au lavement de mains de Ponce Pilate, pourraient aussi bien s’entendre en un « Je suis innocent du sang de ce juste. Cela vous regarde » (Matthieu, 27, 24).

 

Lire aussi : Thibault de Montbrial : on a perdu le sens de ce qui nous unit

 

Malheureuse coïncidence donc, où manifestation du Christ – si l’on était encore dans un pays où l’on savait entendre sa parole – mais l’admirable geste du gendarme Arnaud Beltrame, ayant proposé de se substituer à l’une des otages, s’est fait quelques jours avant le commencement de la semaine sainte, au terme de laquelle les catholiques célèbreront la résurrection du fils de l’homme. Si la référence n’était pas implicitement interdite, c’est donc avec évidence, que commentateurs, journalistes, politiques et plus largement les Français, auraient dû y voir l’expression d’un mimétisme christique. Mais par une capillarité des langages, qui est un vecteur parmi d’autres de l’abaissement de leur niveau, chacun a loué le héros et l’héroïsme, confondant ainsi David et Jésus, le livre de Samuel et la Passion. Seul Alain Finkielkraut sur l’antenne de RCJ, avec l’exactitude qui lui est propre, lui qui se refuse à accueillir le deuil de la nuance, a évoqué en se référant à Lévinas, le « mourir pour l’autre » et partant, la sainteté.

 

Lire aussi : Arnaud Beltrame et Redouane Lakmid : la France et l’anti-France

 

Plus simplement, Arnaud Beltrame dont on a appris de son prêtre, qu’il s’était fait baptiser sur le tard et qu’il se préparait au mariage religieux, a agi, mettant ses pas dans ceux du Christ, en catholique. Il a fait don de lui, mû, il est permis de le penser, au moins autant par sa foi que par son patriotisme. Il a ainsi rappelé qu’il existe, par-delà la croyance et le message religieux, une culture-là qui nous montre la voie à suivre, qui est en partie ce qui nous reste à défendre et en partie ce qui nous dit comment y procéder.

Il a fait don de lui, mû, il est permis de le penser, au moins autant par sa foi que par son patriotisme.

Cette voie, qui n’est pas troisième, qui s’apparente à une mésotès, est un juste milieu, entre la haine impuissante et un refus proclamé du ressentiment, lui-même immobile et donc tout aussi stérile. S’opposant physiquement à la barbarie, il a indiqué ce qu’il était nécessaire de lui opposer. Cioran écrivait, il y a près de 80 ans que les « Français ne [pouvaient] plus mourir pour quoi que ce soit » (De la France, éditions de l’Herne, 2009). Ce gendarme de 45 ans, a montré que des Français étaient encore prêts à mourir, paradoxe saisissant, pour défendre une certaine idée de la vie humaine. Cette dernière n’étant plus alors ni une fin en soi, ni la valeur suprême, mais un cadeau qui nous est fait et dont on peut faire l’offrande à notre tour. Le Président de la République et la nation à travers lui et à ses côtés, lui ont rendu, comme il est de coutume, l’hommage qu’il mérite amplement. Mais cette cérémonie ne sera que symbolique si l’on ne sait faire de lui un symbole.

À quelques jours de Pâques, qui est aussi celui du baptême des catéchumènes, il est à espérer qu’il ait pu engendrer quelques émules, pour ne pas dire des « conversions ». Il nous appartient en effet, de voir en lui un modèle, un bouc-émissaire inversé, non une victime expiatoire, mais un martyr, à la fois témoin et prescripteur. 

Pour que son sacrifice ne reste pas vain.

Pour que la mort ne l’emporte pas sur la fin de sa vie.

Pour que son message ne soit pas sans objet.

Pour que Beltrame soit ressuscité.  

Partage

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
En Kiosque
Rejoignez-nous

Newsletter

Pin It on Pinterest

Share This