On notera que si une fois encore les pronostics des faiseurs d’opinion ont mis à côté, ce n’est pas dans le sens auquel nous avait habitués l’histoire des quinze dernière années. Et logiquement : une fois que quelques événements sont allés dans le même sens, l’esprit humain a une tendance naturelle à en déduire une série. Ainsi, ce qui se nomme « droite » mais qui est en réalité un populisme déguisé ayant remporté plusieurs victoires depuis une décennie à travers le monde (Trump, Salvini, Bolsonaro), il avait paru évident, pour parler ici des États-Unis, que l’élection de Joe Biden n’avait été qu’un vain accident que la puissance trumpique renverserait à nouveau bientôt. Las, les élections de mi-mandat ont achevé un camp que seuls l’intimidation, le mensonge, l’outrance et la surenchère guidaient et motivaient.
Qu’était-ce que le trumpisme sinon une incitation à s’enrichir et à jouir égoïstement, en faisant la nique, plein de ressentiment, aux supposées élites des grandes villes ?
Pourtant, la chute rapide en Europe du gouvernement où Matteo Salvini était ministre de l’Intérieur – aujourd’hui heureusement remplacé par l’intelligente Meloni – l’échec de Jair Bolsonaro au Brésil il y a quelques jours, auraient dû mettre la puce à l’oreille de nos commentateurs ou stratèges : l’alliance des démagogues et du peuple ne fonctionne jamais deux fois de suite, au moins en Occident. Et qu’est-ce que Trump, sinon un démagogue, en plus d’être un milliardaire mal élevé ? Il ne faut jamais sous-estimer le peuple, comme le fit longtemps la gauche, ni le sous-estimer non plus comme le fait dorénavant la « droite ». C’est en réalité la même erreur qui est commise des deux côtés : tenir pour rien les « deplorables », c’est les mépriser à la mode Clinton ; croire qu’ils seront assez bêtes pour se satisfaire de saillies imbéciles et de pétrole par cher, c’est encore les mépriser à la mode Trump, cette fois-ci. Non, les peuples ne sont ni si intelligents qu’ils se soucieraient naturellement du sort général de l’univers et des autres ; et, non, les peuples ne sont pas si bêtes qu’ils seraient heureux d’être dépouillés entièrement de leur âme.
Qu’était-ce que le trumpisme sinon une incitation à s’enrichir et à jouir égoïstement, en faisant la nique, plein de ressentiment, aux supposées élites des grandes villes ? Qu’était-ce sinon un libéralisme intérieur, protégé du reste du monde par des frontières imperméables ? Mais a-t-on entendu parler d’une mystique, d’un art, d’une littérature, d’une philosophie, d’une foi trumpiens ? Le pire de l’Amérique matérialiste était là. Le pire d’une Amérique assez sûre d’elle-même pour ne pas voir ce qui se tramait dans le reste du monde. Rappelons que Donald Trump qualifiait encore de « génie » Vladimir Poutine et son « opération de maintien de la paix » le 24 février, jour de l’invasion de l’Ukraine. Ce qui ne l’empêchait pas en octobre suivant d’accuser l’administration Biden d’avoir forcé Poutine à cette invasion, ce qui reviendrait d’ailleurs à qualifier son adversaire Biden de génie.
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Aussi, ces jours-ci, un parfum de victoire, militaire mais aussi civilisationnel, flotte dans l’air : l’armée d’invasion de Poutine a été repoussée de Kherson, selon toute probabilité ; et le trumpisme est défait. Peut-être nous autres, de droite, allons enfin, délivrés des deux Golems, pouvoir recommencer de respirer et de penser. Pouvoir enfin nous soucier du sort de notre peuple, qui a besoin de rêves autant que d’argent, de vie intérieure que de sécurité extérieure, de mystique que de politique.





