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Préserver la langue française par l’insulte : mode d’emploi présidentiel

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Publié le

14 janvier 2021

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« On les aura, ces connards ! » C’est avec ces quelques mots pleins d’entrain que le Président de la République a sonné le tocsin, ou plus honnêtement tenté de réconforter son ministre de la Santé, Olivier Véran, lequel éprouverait actuellement quelques états d’âme. Un SMS imaginé par Emmanuel Macron comme une tape sur l’épaule du boss français de la santé, mais au retentissement tout autre.
Macron

Pour quelqu’un qui se vante depuis un débat de 2017 resté tristement célèbre d’être le garant des culture et langue françaises, c’est un comble. Pourtant, tout semblait coller, avec une épouse amoureuse des lettres et sa manie à ressortir des expressions antiques. Oui, mais voilà ; dès que la maîtresse n’est pas là, l’élève danse. Le chef de l’État n’en est pas à son coup d’essai en matière de provoc.

Allez demander aux illettrés, aux Gaulois réfractaires, aux gens qui ne sont rien, et consorts. Ils vous en parleront avec joie, et massivement. Oui, car ce sont à peu près 60 millions de Français dont on parle pour le coup, qui se retrouvent unis par l’injure. Qu’à cela ne tienne : ainsi que s’en est justifié (et non pas excusé) Emmanuel Macron, ces dérapages ne sont que la manifestation désolante d’un inconscient tellement obsédé par la marche rapide dans les réformes qu’il en oublie la plus sommaire des corrections.

Lire aussi : Emmanuel Macron, un ennemi qui vous veut du bien

Le comble c’est que l’Élysée confirme la « fuite volontaire » du contenu de ce message. Trois conséquences à en tirer : le langage cru voire ordurier est désormais assumé pleinement par la Présidence, la provocation n’engendre même plus une certaine gêne de la part du locataire de l’Élysée et pire encore, elle apparaît dorénavant presque comme un loisir. On profère des « gros mots » comme on étale le Nutella sur la tartine. Emmanuel Macron n’est pas le pionnier en la matière ; qui donc a oublié Nicolas Sarkozy et son légendaire « casse-toi pauv’ con » à un triste sire qui refusait sa poignée de main ? Toujours est-il que le retraité de la politique avait flanché dans un certain contexte. Il ne s’amusait pas à égratigner gratuitement et constamment le peuple.

Alors, quid maintenant de cette bande de connards ? C’était au pluriel, il y a donc plusieurs ennemis dans l’intrigue ! Beaucoup, peut-être même ? Ne seraient-ils pas là encore des millions de Français ? Qui sont-ils, ces connards ? Sont-ce les exaspérés de la coronafolie ? Sont-ce les vaccino-sceptiques ? Sont-ce les confino-résistants ? (Pour ce qui est de la sauvegarde de la langue française, il faut avouer que pour le coup c’est réussi). Ou bien plus largement tous les partisans d’une souveraineté française ne passant pas par l’Union européenne, tous les mélancoliques d’une nation solide et rayonnante, tous les adeptes du patriotisme ?

Une quantité d’ennemis désignés depuis le premier jour du quinquennat et même avant. C’est croquignolesque de réaliser que même en temps de crise sanitaire, les amoureux de la France continuent à terrifier la gouvernance actuelle Affirmatif donc, ces connards évoqués par texto existent bel et bien.

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