Primitifs partout !

@DR

L’une des principales obsessions de la modernité en art est la quête de l’émotion première, comme si, par un paradoxe récurrent, le comble de la sophistication était le retour à l’origine. Mais derrière le verbiage aussi pompeux que convenu des cartels, où se trouve-t-elle réellement, la sensation brute ? Enquête à travers la jungle des expositions parisiennes. Ayant fait le tour de la dernière exposition du musée Zadkine, « L’Instinct de la matière », je suis tombé en arrêt devant plusieurs œuvres intrigantes – dont un jeune médiateur artistique hipster, aussi mince, immobile et élancé que la Pomone qu’il surveillait d’un regard fixe. J’étais à chaque fois surpris par le contraste entre des réussites évidentes, comme ce Prophète (1914), véritable statue romane taillée dans un fût de chêne, alliant un visage tout à la fois expressif et absorbé dans la prière intérieure et une silhouette à peine dégrossie – ou encore le monumental Prométhée (1955) en orme, qui se déploie comme on aurait sculpté un feu –, et la Pomone (1958), justement, colonne d’ébène tenant une pomme cubiste et dont l’une des mains est incisée avec une précision besogneuse le long du corps, transformant un élan en platitude. Le discours expliquait à quel point tout ceci était primitiviste et sensoriel, sauvage, en un mot: « Substances en devenir, puissances formelles, les matières sont des forces, des flux. L’art de Zadkine naît de l’écoute de cette matière première. Dans ses souvenirs, l’artiste confesse son enracinement dans la « forêt psychique » de sa Russie natale, son approche sensorielle du bois, de la terre, de la pierre
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Journaliste

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