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Publication des pamphlets de Céline : NOUS AVONS LU LES ÉCRITS POLEMIQUES

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Publié le

6 janvier 2018

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Celine

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Au-delà de l’ignominie des pamphlets et d’une lecture souvent pénible, ce voyage au bout de la nuit mentale de Céline, avec son indispensable assistance scientifique, s’avère néanmoins passionnant.

 

Gallimard réédite en 2018 les pamphlets antisémites de Céline. L’information révélée par L’Incorrect début décembre a déclenché une tornade médiatique : L’Express, Le Point, Valeurs Actuelles, Le Figaro, France info, jusqu’à la DILCRAH (Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT, si si.) s’inquiétant auprès d’Antoine Gallimard. Tous ont commenté l’annonce de la publication des pamphlets mais personne n’a lu l’édition parue au Canada en 2012, dont on sait pourtant qu’elle sera reprise par l’éditeur historique de Céline.

Publiée par les Éditions Huit, à Québec, cette édition critique de près de mille pages a été réalisée par Régis Tettamanzi, professeur à l’université de Nantes et spécialiste de l’écriture pamphlétaire au XXe siècle. Elle rassemble sous le titre discret Écrits polémiques sept textes parus entre 1933 et 1957, comprenant donc les trois pamphlets publiés à l’époque par Denoël  : Bagatelles pour un massacre, L’École des cadavres et Les Beaux draps. Au-delà de l’ignominie des pamphlets et d’une lecture souvent pénible, ce voyage au bout de la nuit mentale de Céline, avec son indispensable assistance scientifique, s’avère néanmoins passionnant.

Le premier texte, Mea Culpa (1936),  comporte une dizaine de pages écrites au retour de son voyage en URSS. Céline condamne le machinisme et le matérialisme («Tous les Fords se ressemblent, soviétiques ou non  !») et l’arnaque égalitariste du communisme.

 

Antisémitisme de perroquet

 

Suit Bagatelles pour un massacre (1937) : le «massacre», c’est celui des soldats dans la guerre inutile qui se profile. Les « bagatelles », ce sont les trois charmants arguments de ballet qui ponctuent le texte (La naissance d’une fée, Voyou Paul. Brave Virginie et Van Bagaden). Malgré l’entremise de son ami juif Gutman, Céline ne parvient pas à les faire accepter pour l’Exposition universelle des Arts de 1937 (ce qui lui permettrait aussi de courtiser des danseuses…). Gutman se moque de l’antisémitisme de Céline, lequel, essuyant un refus, commence sa diatribe : les Juifs sont responsables du communisme, du monde moderne matérialiste, de la Franc-maçonnerie et de la future guerre. Du coup, Céline veut lancer tous les Juifs contre Hitler pour s’en débarrasser… Il annonce fièrement à son ami Popol (Gen Paul) son nouvel antisémitisme radical, sa croisade contre « le monde entier » et ces Juifs qui sont racistes. Il déplore aussi l’alcoolisme français, voudrait sauver le petit peuple toujours victime des Juifs et s’attaque longuement aux « robots » et à la standardisation.

L’École des cadavres (1938) débute par un dialogue scabreux avec une sirène au bord d’un canal, puis Céline reproduit la lettre d’insulte reçue d’un Juif après la publication de Bagatelles, qui lui a valu un procès. Céline s’en prend aux intellectuels qui croient encore à la paix tandis que les démocraties poussent à la guerre, encore à cause des Juifs…

Il craint plus que jamais la «reder des ders», qui entraînera la disparition des Français de souche après une nouvelle saignée. La France a un « peuple creux », qui a perdu sa « mystique »  : «Les masses despiritualisées, dépoétisées […] sont maudites.» Pour Céline, les États fascistes veulent réaliser le vrai socialisme et sont opposés à la guerre, contrairement aux matérialistes juifs et francs-maçons. Pour lui, le communisme doit être « folie » ou «poésie» ou alors il crèvera comme le reste. L’homme a besoin, comme les animaux, de « l’Élevage et de la Trique » pour s’améliorer. Puis Céline retourne à sa haine des Anglais alliés des Juifs. L’imminence de la guerre l’oblige à devenir raciste, dit-il, et à s’allier avec les Allemands qui n’ont rien demandé… Pour lui, Maurras et Doriot se trompent d’ennemi, comme Pétain. Bientôt, les Français, humiliés et remplacés par les Juifs, devront porter une « rouelle » écrit-il en 1938.

 

Hitler boy-scout

 

Les Beaux draps (1941) commencent par le saisissant récit de la débâcle de l’Armée française : la France est dans de « beaux drap s», qui plus est humiliée par les Anglais. Céline est surpris que les Français n’aiment pas les soldats allemands polis comme des « boyscout s» et s’étonne de voir autant de Juifs partout… Il médite sur l’Apocalypse d’une France qui n’a plus d’autre horizon que le « pognon ». Suivent des passages de pastiches médiévaux, notamment contre Montaigne ( Juif lui aussi…). Céline expose enfin sa Révolution, son plan pour relever la France : le « communisme Labiche » des petits propriétaires, avec salaires nationaux égalitaires, fonctionnaires, les 35 heures dans les usines, le renouvellement de l’école pour préserver l’âme, la « féérie », les «légendes» et la «race», la valorisation de l’art contre la mécanique.

En appendices, l’édition canadienne propose d’autres écrits «polémiques» : Hommage à Zola (1933) est une courte allocution, devant les amis de l’écrivain, sur l’impossibilité d’un nouveau naturalisme. À l’agité du bocal  (1948) est la célèbre et courte réponse à Sartre (un «monstre»  en éclosion) après la publication de son «Portrait d’un antisémite» dans la presse. Pour finir, Vive l’amnistie, monsieur (1957)  réagit aux polémiques suscitées par la publication d’Un château l’autre. Céline réclame à de Gaulle l’amnistie générale pour ceux qui furent accusés de collaboration.

 

Une mise en contexte salutaire

 

Dans la longue introduction au volume, Régis Tettamanzi explique la nécessité de republier avec un accompagnement scientifique des textes qui circulent sur Internet ou sous le manteau, mais il souligne aussi l’aspect littéraire qui fera grincer les dents. Pour lui, il est nécessaire de penser ensemble les écrits romanesques et les écrits polémiques de Céline.

On trouve dans ce volume 200 pages de notes éclairantes, un utile synopsis des pamphlets, une iconographie (illustrations choisies par Céline dans la presse antisémite), une chronologie, un excellent glossaire des termes argotiques, une bibliographie complète et trois index. Voilà de quoi appréhender au mieux l’antisémitisme de Céline dans son contexte.

En paraissant en France, peut-être que se lèvera enfin la malédiction qui hante notre histoire littéraire. Chacun pourra juger, pardonner ou bien condamner l’écrivain français le plus célèbre du XXe siècle, aux côtés de Marcel Proust.

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