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Que reste-t-il de la démocratie ? Tout, hélas

Fiction juridique ou mensonge politique, la démocratie est impossible dans les faits : elle sécrète nécessairement une oligarchie qui gouverne avant tout pour elle-même.

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Se demander – puisque tel est l’un des objets de ce dossier – ce qu’il reste de la démocratie, présuppose que celle-ci ait été définie et mise en pratique. Pour ce qui est de la définition, il suffit de renvoyer à l’étymologie, selon laquelle elle n’est autre chose que le pouvoir du peuple ; ou encore, à l’article 2 de la constitution de 1958, qui précise que son principe est : « Gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple ». Le problème, ici, est celui de la mise en œuvre. Et plus exactement, le fait que jamais, dans la réalité, la pratique démocratique n’a correspondu à cette définition. Gouvernement du peuple ? À la bonne heure : c’est l’essence même de l’autorité politique quelle qu’elle soit. C’est après que les choses se gâtent : gouvernement par le peuple, et pour le peuple ?

Par le peuple ? Dans l’immense majorité des cas, ce dernier ne s’est jamais gouverné lui-même. Car gouverner, c’est à la fois faire la loi, et l’exécuter. Or, pour ce qui est de l’exécutif – de ce que l’on appellerait en droit constitutionnel le gouvernement proprement dit – il est toujours et nécessairement délégué à un petit groupe de personnes, même dans les cités démocratiques de l’Antiquité ou les micro-États contemporains. Bref, ce qui apparaît en fait comme l’essentiel échappe par définition au peuple, tout simplement parce que celui-ci est structurellement incapable de l’assumer.

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Mais qu’en est-il du pouvoir de faire la loi ? Eh bien là aussi, le plus souvent, il est pratiquement exclu que le peuple fasse lui-même les règles qui lui sont applicables, dès lors qu’il ne peut physiquement se réunir dans un seul lieu, ni surtout le faire fréquemment. Même s’il le pouvait, il lui serait impossible de discuter, d’argumenter rationnellement, en un mot de délibérer sur les projets de loi : ce sont des experts, au mieux délégués par lui, qui devraient s’en charger. Enfin, même s’il parvenait miraculeusement à surmonter ces impossibilités successives, le peuple ne pourrait échapper à ceux que l’on nomme aujourd’hui, sur les réseaux sociaux, les « influenceurs » – ceux qui savent imposer aux autres leurs goûts, leurs tendances, leurs choix, et qu’en politique, on appelle les leaders ou les guides. Des personnalités charismatiques, dotées de certaines qualités physiques ou intellectuelles, qui vont commencer par attirer autour d’elles des fidèles plus ou moins nombreux et qui, par ce biais, parviendront, de proche en proche, à persuader des cercles de plus en plus larges, jusqu’à atteindre éventuellement la majorité. Et ce faisant, à lui imposer leurs vues et leurs décisions. [...]

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