Quitter Barkhane

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Tribune. Depuis 7 ans, la France est en guerre au Sahel et elle est train de la perdre. Afin d’éviter l’humiliation d’un départ « sous le feu » dans plusieurs années, il convient d’avoir le courage de mettre fin aujourd’hui à une guerre sans espoir de victoire.

 

 

 

Certes, les objectifs premiers de cette guerre décidée le 13 janvier 2013, lorsque les djihadistes sous la bannière d’Al Qaïda avaient pris Tombouctou et menaçaient Bamako pouvaient apparaître louables. Empêcher la chute du régime malien, rendre impossible la naissance d’un « Etat terroriste » au cœur de l’Afrique et surtout, sécuriser les zones d’extraction de matières premières, dont la mine d’uranium d’Arlit au Niger. Comme lors de toutes les guerres que la France a pu mener hors de ses frontières, les objectifs initiaux – la prise des points stratégiques et la destruction du gros des forces ennemies et de leurs matériels – furent parfaitement réalisés en quelques semaines.

Désormais, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad et Mauritanie sont un champ d’action pour les belligérants, aussi vaste que l’Europe continentale.

Puis, le rituel immuable des guerres asymétriques s’est installé. Nos forces armées se sont muées en forces de police. L’ennemi s’est réorganisé en cellules clandestines combinant terrorisme et actions de guérilla et s’est étendu aux pays voisins où les forces françaises n’étaient pas présentes. En réaction, l’opération Serval destinée à la libération du Mali est devenue l’opération Barkhane dont le champ d’action s’étend à tout le Sahel. Désormais, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad et Mauritanie sont un champ d’action pour les belligérants, aussi vaste que l’Europe continentale. Pour contrôler cette zone, la France a fait monter en puissance son dispositif jusqu’à y déployer 4500 soldats actuellement. Dans le même temps, son opération Sabre, distincte de Barkhane et exclusivement composée de Forces Spéciales, mène la traque des chefs djihadistes et de leurs capacités opérationnelles.

Les mines artisanales (IED) deviennent plus performantes, les attaques kamikazes de plus en plus fréquentes. Des tirs de mortier et de roquettes visent les bases des armées françaises et locales. La guerilla « low-tech » des djihadistes se perfectionne.

Là encore les djihadistes s’adaptent. Se dissimulant parmi la population, constitués en micro-cellules, ils ne sortent au grand jour qu’au moment propice. Les mines artisanales (IED) deviennent plus performantes, les attaques kamikazes de plus en plus fréquentes. Des tirs de mortier et de roquettes visent les bases des armées françaises et locales. La guerilla « low-tech » des djihadistes se perfectionne.

Au regard de cette montée en puissance, la ministre de la Défense Florence Parly a indiqué au début de l’année 2019 que l’Opération Barkhane avait abouti depuis ses débuts à la neutralisation de… 600 terroristes. Tout ça pour ça ?

Là où il n’y avait au départ qu’Al-Qaïda (dont la franchise locale s’est muée en Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans), l’Etat Islamique répand ses métastases hors de son berceau mésopotamien et s’est désormais solidement implanté dans la zone. Grâce à une meilleure formation délivrée par des cadres djihadistes en provenance du Moyen-Orient, ses assauts sont de plus en plus audacieux et importants. Selon un schéma type désormais bien défini, ses cellules se regroupent ponctuellement en utilisant motos et pick-up et mènent des raids meurtriers sur les bases de nos alliés locaux. En décembre 2019 l’Etat Islamique revendique l’attaque de la base d’Inates au Niger qui fait au 71 morts dans les rangs nigériens. Jeudi 9 janvier 2020, un nouvel assaut djihadiste sur une base de l’armée nigérienne entraîne la mort de 89 soldats nigériens soit l’assaut le plus meurtrier depuis le début de la guerre. Les aléas de la guerre provoquent aussi des pertes dans les rangs français (avec notamment les 13 morts français dans la collision de deux hélicoptères en opération le 25 novembre 2019).

 

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« L’Etat Islamique dans le Grand Sahara » est devenu dans la sémantique djihadiste « Province d’Afrique de l’Ouest » qui comprend également l’insurrection djihadiste menée depuis 2008 au…Nigeria. Toute l’Afrique de l’Ouest musulmane est donc désormais concernée par le salafisme djihadiste. Au regard de cette montée en puissance, la ministre de la Défense Florence Parly a indiqué au début de l’année 2019 que l’Opération Barkhane avait abouti depuis ses débuts à la neutralisation de… 600 terroristes. Tout ça pour ça ?

La star de la chanson malienne Salif Keita a ainsi accusé la France le 15 novembre 2019, « d’armer les djihadistes au Mali ». Davantage que les bilans militaires, ce type d’accusation montre que la France est en train de perdre cette guerre.

Engrenage inhérent à ce type de conflit, les populations locales dont le cœur et l’esprit sont les enjeux de cette guerre, sont de plus en plus hostiles à la présence française, l’accusant de « néo-colonialisme » sur fond de complotisme exacerbé. La star de la chanson malienne Salif Keita a ainsi accusé la France le 15 novembre 2019, « d’armer les djihadistes au Mali ». Davantage que les bilans militaires, ce type d’accusation montre que la France est en train de perdre cette guerre. Sa présence a pour seul résultat de gonfler les rangs ennemis : les chefs recrutent en tirant parti des conflits ethniques et du faible niveau de vie des populations, mais le sentiment anticolonial est également un puissant moteur.

 

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Les trois arguments des partisans d’une poursuite de la guerre peuvent tous être battus en brèche aujourd’hui.

Plutôt que d’envoyer nos soldats mener au loin une guerre des sables, il serait bien plus efficace pour combattre le terrorisme de les affecter à la surveillance de nos frontières.

Le premier est que le départ des troupes françaises mènerait inévitablement à la chute des gouvernements locaux et à la mise en place d’Etats régis par la Charia qui deviendront des bases de lancement et de préparation de futures actions terroristes en France. Cet argument est sans valeur. Plutôt que d’envoyer nos soldats mener au loin une guerre des sables, il serait bien plus efficace pour combattre le terrorisme de les affecter à la surveillance de nos frontières. On rappellera que ce sont des commandos venus de Syrie qui ont perpétré les attentats du 13 novembre 2015, en profitant de la porosité des frontières européennes et du laxisme de nos dirigeants en matière migratoire.

Plutôt que de conserver cette attitude néocolonialiste, il serait bien préférable de réviser en profondeur notre stratégie énergétique en négociant ces ressources auprès du Kazakhstan et de la Russie pour ne pas avoir à dépendre de ressources situées dans des zones hostiles.

La nécessité de protéger des sites économiquement utiles à nos intérêts, en particulier la mine d’uranium au Niger, ne constitue pas non plus un argument valable. Plutôt que de conserver cette attitude néocolonialiste, il serait bien préférable de réviser en profondeur notre stratégie énergétique en négociant ces ressources auprès du Kazakhstan et de la Russie pour ne pas avoir à dépendre de ressources situées dans des zones hostiles. En parallèle, un investissement massif dans la Recherche et le Développement doit être également le pilier majeur d’une stratégie énergétique de long terme.

Au lieu d’employer tous les moyens sécuritaires dont dispose la France pour stopper l’immigration clandestine à ses frontières, le plus haut gradé de l’armée française nous explique qu’en réalité il envoie ses soldats à la guerre pour empêcher la victoire du Rassemblement National et assurer la réélection de celui qui l’a nommé.

Le Chef d’Etat-Major des Armées françaises, le Général François Lecointre, dans un discours prononcé sur la base de Niamey devant ses officiers, le 11 décembre 2019, a mis en avant un dernier argument : « Si nous laissons le chaos s’installer, les États sahéliens vont s’effondrer sur eux-mêmes, laisser la place à l’État Islamique, ce qui provoquera une pression migratoire sur l’Europe, avec tous les risques populistes que cela entraînera ». Il convient de louer « l’homme de Macron » pour sa franchise. Selon lui le rôle de l’Etat français est d’aller faire la police dans des contrées lointaines alors même que la sécurité des français et de leurs biens sur le territoire français n’est pas assurée (1457 voitures brûlées en France le 31 décembre 2019, record battu, chiffre caché par l’Etat). Au lieu d’employer tous les moyens sécuritaires dont dispose la France pour stopper l’immigration clandestine à ses frontières, le plus haut gradé de l’armée française nous explique qu’en réalité il envoie ses soldats à la guerre pour empêcher la victoire du Rassemblement National et assurer la réélection de celui qui l’a nommé.

 

Soldats français, sachez désormais que vous risquez la mort afin d’empêcher l’accession au pouvoir du parti pour lequel souvent vous votez.

 

 

Romain Sens

 

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rsens@lincorrect.org

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