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Rapport de la CIASE et affaire Aupetit : l’air de la calomnie

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Publié le

2 décembre 2021

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Le rapport Sauvé et l’affaire Aupetit qui secouent actuellement l’Église catholique en France sont symptomatiques d’une époque qui, au nom de la libération de la parole, pratique le procès médiatique, quand il ne s’agit pas de pure calomnie.
aupetit

Il faut entendre, en boucle, l’air de la calomnie du Barbier de Séville. Non seulement l’air, mais les paroles qui sont loin d’être insignifiantes. C’est d’abord une rumeur légère, un buzz, qui va, en s’amplifiant, jusqu’au vacarme infernal. « Et de haine aussitôt un chorus général de la prescription est donné le signal. »

Nous ne sommes pas dans les années 30 mais en 2021 où « la parole libérée » jette des noms en pâture au tribunal médiatique, où les « victimes » de « souffrance » dénoncent et accusent sans preuves. Deux affaires en lien avec l’Église catholique donnent à réfléchir : le rapport Sauvé et l’affaire Aupetit.

Rapport Sauvé : un chiffrage biaisé et un jugement idéologique

Qui n’a pas éprouvé de malaise à la lecture des chiffres exorbitants et fluctuants des victimes de l’Église établis par la CIASE à partir de sondages en ligne et de plaintes téléphoniques anonymes ? Sans contextualisation des faits, sans plainte déposée, puisque les affaires étaient prescrites, sans examen contradictoire, on était prié d’écouter et d’accepter, abasourdi, un procès à charge contre l’Église dont on dénonçait les vices « systémiques ». La conclusion devrait s’imposer à tous : l’Église est la marmite du diable. Les autorités ecclésiastiques, acceptant ce rapport sans coup férir, se sont agenouillées à Lourdes, dans une démarche de repentance désormais coutumière de notre époque. Une commission spéciale a été créée pour une – impossible – mission de « réparation ». Sauf que le mal était fait, et les dégâts dans les esprits sont considérables : finie toute confiance dans l’Église. Qui confiera, désormais, ses enfants, au prêtre de la paroisse pour le catéchisme ?

Un rapport de quinze pages adressé à Rome par des membres éminents de l’Académie catholique de Paris fait une démolition en règle du rapport de la CIASE qu’on peut résumer ainsi : à prémisses fausses, conclusions fausses

Le pape François devait recevoir le 9 décembre les rapporteurs du rapport Sauvé. Et voici que l’audience au Vatican est remise sine die. Raisons invoquées : le voyage pontifical en Grèce et à Chypre. Sauf que ce report n’est pas dû à un emploi du temps.

Un  texte, révélé par La Croix auquel Le Monde a eu accès, publié le 29 novembre, dévoile qu’un rapport de quinze pages adressé à Rome par des membres éminents de l’Académie catholique de Paris – dont Robert Armogathe, directeur de Communio,et le philosophe Pierre Manent – fait une démolition en règle du rapport de la CIASE qu’on peut résumer ainsi : à prémisses fausses, conclusions fausses. Ce contre rapport est un véritable coup de tonnerre pour la CIASE. Et l’on comprend que Rome prenne son temps pour en prendre connaissance.

Résumons les points dénoncés par ce rapport de l’Académie catholique. Tout d’abord, l’absence de rigueur scientifique des chiffres de la CIASE : le chiffre retenu de 330 000 victimes, dont 216 000 pour les seuls religieux et prêtres, apparaît plus que contestable au regard d’une autre enquête menée par l’équipe de l’École pratique des hautes études, qui aboutit à une estimation maximum de 27 808 victimes. « On peut s’interroger sur les raisons qui ont conduit la commission à retenir un chiffrage plutôt qu’un autre. (…) La rigueur scientifique n’a pas présidé à ses travaux ». Et d’ajouter le caractère idéologique de l’analyse : « L’évaluation disproportionnée de ce fléau nourrit en effet le discours sur son caractère systémique et fait le lit des propositions pour mettre à bas l’Église-institution. La fonction, en tout cas, d’un tel chiffre est de clore la discussion. (…) L’esprit qui préside à l’analyse des causes et à la formulation des recommandations semble a priori idéologique. » Ensuite, ils reprochent une évaluation des rapporteurs « maligne et idéologique, une exégèse faible, ecclésiologie insuffisante, une théologie morale périmée » : la théorie de Benoît XVI (voir son livre Se remettre à vivre pour Dieu) non reprise, en son entier, dans le rapport de la CIASE. Ils avancent enfin des arguments juridiques : la responsabilité de l’Église ne peut être retenue car l’Église n’est pas une personne juridique, et que chacun est responsable de ses actes ; aussi, la présomption d’innocence et la prescription des faits ne sont pas prises en compte.

Lire aussi : Rapport de la CIASE : qu’est-ce que l’Église ?

Monsieur Sauvé, qui s’attendait à une contestation plus rapide venant de l’Église, ne s’attendait pas en revanche à une telle dénonciation de la part d’une partie éminente de ses membres. Contristé, il promet à l’Église un effet de boomerang. Monseigneur de Moulins-Beaufort, avec d’autres membres, ont depuis démissionné de l’Académie. La seule chose qui importante est celle-ci : ce contre rapport suffira-t-il à éteindre dans les esprits l’incendie des scandales pédophiles ? Comment ne pas avoir vu que la mise à mort de l’Église catholique fait partie de ce mouvement de déconstruction totale qui affecte l’Europe et, en premier, la France ?

Affaire Aupetit et la justice médiatique

À présent, « l’affaire Aupetit ». Une enquête du Point mise en ligne le 22 novembre discrédite l’archevêque de Paris dont on sait que la voix, s’il était fait cardinal, pèserait dans un futur conclave. Il ne revient pas de juger ici de la gestion maladroite de certaines affaires. Mais quelles qu’en soient les motivations, rien de tel qu’une « affaire de femme » – consentante ! – balancée sur la place publique pour le mettre à l’écart. Le magazinefait référence à un mail dont deux journalistes ont eu connaissance – à la faveur de l’anonymat – grâce à des proches de l’archevêque, mail que ces journalistes n’ont visiblement pas lu. Et nous non plus. Qu’importe ! Le scoop est lancé. Le buzz fait ses ravages. L’archevêque, désireux de préserver la paix de l’église, a présenté, au Pape, la remise de sa charge. Le pape a choisi de l’accepter. Un nouveau coup de boutoir vient d’être donné dans l’institution bimillénaire à abattre.

Voilà bien là les vices « systémiques » à dénoncer. Aucune accusation sans preuve ne devrait être balancée sur la place publique. Le délai de prescription, sauf dans des cas prévus par la loi, devrait être respecté. Ne plus accepter l’anonymat d’une parole devrait être une règle.

Blaise Pascal avait raison de parler du vilain fond de l’homme : Figmentum malum.

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