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Les rebondissements de l’affaire des « Cinq de Poitiers »

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La joute médiatique opposant le groupe Leetchi à Génération Identitaire était assez difficile à démêler, raison pour laquelle nous avons décidé d’enquêter. Nous avons ainsi contacté Benjamin Bianchet, présenté comme étant le « General Manager » (sic) de Leetchi, et Damien Rieu, porte-voix de Génération Identitaire dans cette affaire.

 

Retour sur les faits. Le 20 octobre 2012, les activistes de Génération Identitaire occupaient la mosquée de Poitiers au cours d’une de ces opérations d « agit prop » que le groupe affectionne. Marquantes, les images de ces jeunes hommes déployant depuis le toit de la mosquée de Poitiers en chantier une banderole sur laquelle était inscrite la date 732, anniversaire de la célèbre bataille de Poitiers qui opposa la coalition franco-aquitaine menée par Charles Martel aux forces du Califat omeyyade dirigées par Abd al-Rahmân, ont fait le tour de l’Europe. Une action que ne renient pas ses principaux organisateurs, jugés et condamnés par le Tribunal de Poitiers au début de ce mois de décembre 2017

 

 

Il a été reproché aux « cinq de Poitiers » d’avoir provoqué « à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard des musulmans », pour différents slogans scandés le jour de l’occupation de la mosquée, tels que : « L’identité, on s’est battu pour la reprendre, on se battra pour la défendre » et « Gaulois, réveille-toi, pas de mosquée chez toi ». Par ailleurs, des banderoles affichant les slogans « Souviens-toi de Charles Martel » et « Construction de mosquée-immigration-référendum » ont été produites au procès en tant qu’éléments de preuve. Face à ces accusations, les « cinq de Poitiers » sont restés silencieux, ne s’exprimant que par l’intermédiaire de Damien Rieu, présent au côté d’Arnaud Martin qui représentait la personne morale de Génération Identitaire, qui a lu une déclaration en ouverture du procès. Se considérant comme des « lanceurs d’alertes » ayant eu « raison trop tôt », les deux hommes ont ensuite expliqué que l’occupation de la mosquée avait pour but de réclamer plus de démocratie directe en France, notamment en obtenant la tenue d’un « référendum sur la question de l’immigration ».

 

Les peines ont été sévères, compte tenu du fait que les participants étaient primo-délinquants

 

Les peines ont été sévères, compte tenu du fait que les participants étaient primo-délinquants, jusqu’alors inconnus des services de police. Génération identitaire a été déclarée « coupable de dégradations volontaires commises en réunion » et a écopé d’une amende 10.000 euros, à laquelle il faut additionner les 24 465 euros de réparation du préjudice matériel à l’Association Musulmans de France, les 3 000 euros de réparation du préjudice moral et les 600 euros de frais de justice que devront payer chacun des condamnés. En outre, quatre membres de Génération identitaires ont été mis à l’épreuve pendant deux ans (sursis) avec obligation d’indemniser les victimes et privés de leurs droits civiques et de famille pendant cinq ans. Des condamnations vraisemblablement alourdies pour des motifs symboliques, tenant à la nature même des personnalités concernée. Pis, à leur cause ?

À comparer, d’ailleurs, à l’absence de sanctions contre les Femen, inquiétées pour leur action coup de poing dans l’enceinte de la cathédrale Notre-Dame de Paris, où les jeunes femmes à demi nues ont hurlé des slogans contre le Pape, avant de sonner les cloches alors exposées à l’occasion de leur restauration. À en croire les déclarations d’Inna et Sacha Chevtchenko, chefs du groupe, les Femen auraient aussi emporté un petit bout de l’or en feuille appliqué sur l’une des cloches, afin de payer « la réparation des dents cassées ». Des faits de vandalisme assez graves pour lesquels les militantes ont pourtant obtenu une relaxe du tribunal correctionnel de Paris confirmée en appel, alors que les vigiles qui les ont expulsés de la cathédrale ont été condamnés ! Le monde à l’envers. Les Femen, notons-le, ne sont quasiment jamais condamnées. Elles ont été de nouveau relaxées pour la même affaire en mai dernier, cette-fois ci les slogans n’ont pas été jugés « outrageants, injurieux ou méprisants » par le tribunal correctionnel de Paris. Y-aurait-il une justice à deux vitesses dans notre pays ? La question mérite d’être posée.

 

Une cagnotte, qui répondait pourtant aux critères d’admissibilité, fermée par Leetchi

 

Venons-en désormais à la polémique Leetchi. Suite aux condamnations prononcées par le tribunal correctionnel de Poitiers, Damien Rieu a lancé un « appel à la solidarité » en ouvrant notamment une cagnotte sur Leetchi.com, mentionnant les montants demandés par la justice et demandant aux internautes de verser des dons destinés à « payer les frais d’avocats des cinq de Poitiers, Maxime, Damien, Benoit, Julien, Alban ».

 

 

Une cagnotte fermée par Leetchi le 8 décembre dans la mâtinée, après que 6.300 euros sur les 12.500 demandés aient été récoltés. À 17h48, le même jour, le compte twitter de Sleeping Giants adressait ses félicitations à Leetchi.com : « Quand @Leetchiweb s’engage de vérifier (sic), ils le font ! On adore des gens qui font ce qu’ils disent (ou tweetent), c’est TOP ! Laissons leur donc le temps de regarder tout cela avec rigueur et sérieux  cc @WCW_JustSocial #StartSpreadingLove ! »

 

 

Manifestement, la cagnotte répondait aux critères d’admissibilité sur le site Leetchi.com, car Damien Rieu et Génération Identitaire ne demandaient pas des dons en vue de payer les amendes mais pour financer les frais de justice, et les frais afférents (déplacements, appel…). Qu’est-ce qui a donc bien pu pousser Leetchi.com a clôturer la cagnotte en question ? Peur du scandale suite aux pressions des « social justice warriors » de Sleeping Giants (qui se sont déjà distingués en faisant fuir certains annonceurs de Boulevard Voltaire, ou de Breitbart aux Etats-Unis, et dont les donateurs restent pour l’heure dans l’ombre) ? Motivation politique ? Pour le savoir j’ai interrogé le « General Manager » de Leetchi, Benjamin Bianchet. Un entretien retranscrit littéralement ici :

 

Avez-vous fermé la cagnotte ouverte par Génération Identitaire pour des considérations d’ordre politique ? Eventuellement par peur du scandale suite à la médiatisation orchestrée par l’ONG Sleeping Giants ?

Benjamin Bianchet – J’apporte un démenti ferme aux accusations portées contre notre plateforme. Notre métier est de mettre à disposition un service pour divers projets, parfois publics. On ne porte pas de jugement de valeurs. Nous accueillons 10 millions d’utilisateurs, certains demandent des dons pour la restauration d’églises, d’autres pour des mosquées. Nous ne faisons pas de politique. Nous n’attendons pas un signalement, de qui que ce soit, pour procéder à un contrôle interne des cagnottes. D’ailleurs, nous n’avions pas fermé la cagnotte destinée au financement des frais de justice d’Anne-Sophie Leclère, en dépit d’importantes pressions.

 

Pourtant, la chronologie interpelle, de même que la célérité avec laquelle vous avez fermé la cagnotte. En effet, vous avez d’abord communiqué sur la destination présumée des fonds, puis sur l’origine de ces derniers pour justifier la fermeture. Déclarant notamment à Valeurs Actuelles : « Au départ, nous avons mis cette cagnotte sous surveillance pour vérifier la destination de l’argent : on pouvait craindre qu’ils l’utilisent pour financer le montant de leur amende (40 000 euros), ce qui est illégal. Ce n’était pas le cas, mais cette surveillance nous a permis de détecter des problèmes dans la provenance des fonds. Nous ne pouvions pas contrôler la traçabilité des fonds, et c’est pourquoi nous l’avons fermée. » Pardon, mais je trouve cela étrange. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Je maintiens cette déclaration.

 

Qu’avez-vous trouvé ? Des financements étrangers suspects ?

 Il était difficile d’identifier clairement certaines contributions.

 

Bon. Qu’avez-vous à déclarer concernant la clôture de la cagnotte destinée à la mosquée de Marseille ? Vous ne l’avez fermée que le 12 décembre, comme s’il s’agissait d’un contrefeu, alors qu’elle avait été ouverte en juillet dernier.

 Il n’y avait jusqu’alors par de raisons objectives de fermer cette cagnotte. Nous avons pris connaissance d’un arrêté préfectoral pour « prévention du terrorisme et radicalisme » à la date du 12 décembre, raison pour laquelle nous avons décidé de clôturer le compte ce jour-là.

 

Si Génération Identitaire ouvrait une nouvelle cagnotte sur Leetchi.com, la fermeriez-vous ?

Non, pas sur des critères politiques du moins. Je répète que nous ne faisons pas de politique. »

 

***

Le General Manager de Leetchi militant ?

 

Nous n’en apprendrons pas plus. Restent plusieurs questions en suspens, et des éléments troublants. Ainsi, des internautes ont débusqué un tweet étonnant de monsieur Bianchet, daté du 5 mars 2017, dans lequel ce dernier ne faisait pas mystère de son anti-fillonisme : « De la grêle entre 15 et 16h sur Paris. Timing parfait. #orage #fillon #trocadéro ».

 

 

Si Leetchi.com ne fait pas de politique, cela n’empêche visiblement pas son « General Manager » d’être assez hostile à François Fillon. À vous de juger ! Qu’on trouve légitime, ou pas, l’occupation de la mosquée de Poitiers, la véritable problématique est ailleurs : certains sont-ils traités différemment des autres, plus sévèrement parce qu’ils sont engagés dans des causes qui déplaisent aux belles âmes ? À l’aune des faits rapportés, on sera tenté d’y répondre par l’affirmative.

 

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