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Reconstruire par la base

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Publié le

4 septembre 2018

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Delsol

Il se trouve beaucoup de monde pour fustiger la médiocrité de Macron et ses troupes, mais personne pour proposer quoi que ce soit d’autre. La droite devrait peut-être utiliser le temps qu’elle consacre à éplucher les tickets de caisse de l’Élysée pour repenser sa doctrine.

 

Macron et sa majorité législative ont été élus par défaut; depuis, ils déçoivent. Et pourtant, leur positionnement central les rend difficilement détrônables. Car les bords extrêmes du spectre politique sont dans l’incapacité de s’unir pour mener, ensemble, une politique : si leurs critiques peuvent parfois converger, elles ne s’appuient pas sur les mêmes raisons. Il n’est donc qu’une possibilité pour le peuple de droite de prendre le pouvoir: outre trouver son unité (comme y invite l’appel d’Angers), reconquérir son espace politique en repoussant Macron à gauche. Dans la mesure où le collectivisme est discrédité, la chose est possible. Et pourtant, la droite est comme paralysée dans sa réplique, sans doute par manque de réflexion doctrinale.

 

Macron? Le social-libéralisme au pouvoir

Promotion du multiculturalisme et de l’indifférentisme religieux (expression du relativisme et pouvant mener au communautarisme), mise en avant de l’émancipation individuelle tout en maintenant une forme d’État providence au service de la première, art de favoriser la rentabilité des capitaux volatils quitte à pressurer les classes sociales sédentaires, etc. Avec habileté, Macron distille une doctrine moderniste social-libérale susceptible de séduire plusieurs segments électoraux, mais semant le trouble dans les esprits de ceux qui cherchent à lui répondre : est-il socialiste ou libéral? La question est, en fait, mal posée, parce qu’elle suppose une différence de nature entre ces deux idéologies alors qu’elle n’est que de degré. Macron est, « en même temps », l’un et l’autre et, en fonction des sujets et des circonstances, l’un plutôt que l’autre.

 

Lire aussi : L’ambiguïté congénitale du conservatisme

 

En effet, libéralisme et socialisme communient aux mêmes fondements philosophiques modernistes, à la même hypothèse contractualiste : il n’existerait d’ordre social que construit. Ce serait en raison de l’insécurité régnant à l’état de nature que les hommes accepteraient d’abandonner une plus (version socialiste) ou moins (version libérale) grande part de leurs droits individuels pour constituer l’ordre social et la puissance publique. C’est donc pour sa propre conservation que chaque homme accepterait les contraintes sociales (réduction de certaines libertés). Elles peuvent prendre la forme tant du contrôle de l’information que de la fiscalité pour financer les services publics. Toutes ont le même objectif: assurer le bon ordre public pour permettre la coexistence pacifique des individus exerçant les droits qu’ils n’ont pas abandonnés lors du contrat social.

 

La vraie question n’est-elle pas celle du modernisme ?

Même si cela apparaît paradoxal, Macron peut donc parfaitement maintenir un taux spoliateur de prélèvements obligatoires tout en préconisant une société libérale. Car les moyens laissés à certains acteurs privés pour intervenir sur le marché sont une chose ; l’étendue de celui-ci, c’est-à-dire ce qui est négociable par ceux qui en ont les moyens, en est une autre, plus importante. L’ouverture des frontières ou la dérégulation des mœurs participent de la libéralisation de la société : accroissement de l’emprise du marché, effacement de valeurs objectives remplacées par la rencontre de volontés.

 

Si la droite veut combattre Macron avec efficacité, elle doit se libérer du modernisme.

 

Si la droite veut combattre Macron avec efficacité, elle doit se libérer du modernisme. Sans quoi, nombre de personnes sincèrement de droite se laisseront séduire, rien n’ayant été fait pour lever la confusion entre les libertés (de droite) et le libéralisme (originairement de gauche et ayant glissé à droite en raison du développement du collectivisme). Il serait par ailleurs malhonnête de faire une juste analyse des effets délétères de la modernité puis, par modérantisme, d’en laisser la droite prisonnière. Celle-ci ne retrouvera le chemin de la puissance qu’en favorisant un retour franc et massif à la pensée classique.

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