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Ariel Spiegler, avec Jardinier, poursuit son travail dans la continuité du Prix Apollinaire Découverte reçu en 2017 pour C’est pourquoi les jeunes filles t’aiment publié chez Corlevour. « Tu t’es voué à une blessure / qui t’a menée ici, où tu ne sais pas / avec l’obstination des saumons / à rebours des torrents / ce que tu cherches ». L’origine ici suggérée sera plus loin confirmée : « et ton origine à chaque instant commence ». Cependant le chemin n’est pas ici d’eau mais une « marche de flambeaux ».
Si douleur il y a dans le fait de vivre, une voix murmure : « Je suis la meilleure part de toi », « Tu me résistes et tu as mal ». À cette voix intérieure, Spiegler répond « je veux aller à sa suite // Je l’ai reconnu / et je l’aime ». De qui parle-t-elle ? Un tercet jubilatoire et sans ambiguïté le révèle : « Il a vaincu le monde. / À cela réjouis-toi sans fin, / Tu ne peux rien changer ».
Ce poème est ainsi la dialectique de la parole avec la voix du dedans. Métaphysique cette voix, puisque le lieu du Jardinier est cet état d’être où la part perfectible de l’homme parle avec l’Absence manifestée.
Spiegler approfondit ce corps-à-corps référant au Cantique des cantiques mais en le dénudant davantage à travers un chair-à-chair que permet la parole, d’une chair à l’érotisme ontologique, donnant naissance à ce merveilleux poème traversant le langage. Cette chair-là, envisagée non pas à nu mais à vif, est l’espace du Verbe nous permettant d’épouser l’au-delà du monde que nous portons en nous. « J’ai voulu dormir dans les ronces pour toi, / mais tu as pris mon visage / et tu l’as caressé ».
Gwen Garnier-Duguy
JARDINIER Ariel Spiegler Gallimard 104 p. – 11,50 €

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