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Reims : Marine Le Pen devant ses fidèles

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Publié le

7 février 2022

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Marine Le Pen avait donné rendez-vous samedi 5 février à Reims à ses soutiens et détracteurs. Sa grande convention présidentielle était l’occasion de dévoiler son programme et d’enfin lancer sa campagne. C’était aussi le moyen de régler ses comptes avec ses adversaires politiques et de raviver l’ardeur de ses plus fidèles adeptes. Entre mise en scène mégalomane et ferveur charnelle, le ton était donné.

Reims est un lieu de prédilection pour la candidate du Rassemblement national. Déjà en 2017, Marine Le Pen avait tenté entre les deux tours d’y gagner la légitimité d’un millénaire d’histoire providentielle pour être digne héritière des rois sacrés ici. En 2022, elle tente cette fois de commencer sa campagne là où la France est née, auprès du baptistère de Clovis. Il n’en fallait pas plus pour les chauffeurs de salle qui revendiquèrent d’écrire à Reims « la nouvelle histoire de notre pays ». Mais le choix de la capitale champenoise disait autre chose de la candidate et de sa base partisane.

C’est en terre précocement sécularisée, à fort tropisme égalitaire, républicaine de la première heure, que Marine Le Pen cherchait son sacre. Elle était chez elle dans ce bout de Grand Est meurtri économiquement depuis un demi-siècle. Elle allait aisément s’y dévoiler en tant que candidate populaire. Il faut dire que dans le quartier de la verrerie, à l’ombre des cheminées d’usine, au parc des expositions, ce grand meeting prenait plus des allures de foire de Champagne que de grand messe royale.

Ce grand meeting prenait plus des allures de foire de Champagne que de grand messe royale.

Dans une première et vaste salle, les fédérations de toute la France défendaient leur terroir à coup de mousses et de vin. Une allure de brasserie en plein air où des militants venus de loin se confondent sur de longues tables et échangent sur leur passion commune pour « Marine ».

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Pour patienter jusqu’à la buvette, des « boîtes à photo » servent d’attractions pour les sympathisants. Des passionnés de tous âges, des moustaches blanches et des cheveux laqués et un parterre familial qui vient soutenir une tante de plus. Pour beaucoup, Marine Le Pen fait partie de la famille, ils la soutiennent depuis toujours et lui sont fidèles. On ne saurait leur nier cette vertu, surtout quand on sait les déceptions que la candidate a pu leur causer. Alors qu’elle déambule entre les stands cognac et pâtés-croûtes, les fidèles tentent de l’approcher et les « Marine on t’aime » sont déclinés dans tous les accents régionaux. Papounette et Josie sont venues du Loir-et-Cher et se sont levées à 4h pour soutenir Marine Le Pen. Elles insistent sur la fidélité et s’en prennent à Eric Zemmour comme un « fumier qui reprend les idées de Marine ». Delpech l’avait chanté, « ces gens-là ne font pas de manières ».

À la tribune, Marine Le Pen se dévoile plus que son programme

La candidate répond parfaitement aux attentes de ses partisans et en tisse sa propre stratégie. Déjà élaborée lors des dernières présidentielles, celle-ci consiste à se mettre elle-même en scène. Elle joue de sa personnalité et donne de sa personne. Son slogan « M la France » s’ajoute au gigantesque M qui décore la scène dans de multiples nuances de bleu marine. À Reims, ses soutiens l’apprécient pour son vécu et son expérience, lui reconnaissent son attachement et son « rapport charnel » aux Français. Marine Le Pen leur offrit ce soir un jeu de scène intimiste digne des meilleurs numéros d’outre-Atlantique. À la fin de son discours, elle s’avance et, un puits de lumière sur elle, elle témoigne de sa vie personnelle de fille, de femme et de mère.

Marine Le Pen joue la sensibilité devant ses partisans et la maturité sur les plateaux.

Elle s’illumine sur sa tribune et irradie la foule des épreuves et malheurs qui ont fait d’elle la femme forte et présidentiable d’aujourd’hui. Une foule qui ne peut que s’identifier à ce discours, dans une France aux familles décomposées, dans cette France des difficultés. Marine Le Pen joue la sensibilité devant ses partisans et la maturité sur les plateaux. À Reims, Marine Le Pen s’humanise toujours un peu plus pour jouer la carte de la rencontre d’une femme avec le peuple. Après un discours articulé sur la défense des femmes et des handicapés, alors qu’elle raconte l’attentat de la villa Poirier, elle témoigne soudainement de sa foi, en écho à ses propres récents propos sur le communautarisme catholique. « Il y a ceux qui croient au Ciel, et ceux qui n’y croient pas. Moi j’y crois » assure-t-elle, comme ayant pris la leçon auprès de l’archevêque de Reims qui déclarait : « Les valeurs chrétiennes sont moins à défendre qu’à choisir ».

En plus de se démarquer d’Eric Zemmour, Marine Le Pen montre qu’elle connaît son électorat. Ici, la foule applaudit et se lève quand on promet de mettre fin à l’abattage rituel. Une ferveur digne de la France laïcisée du grand bassin parisien. Un électorat égalitaire, de déçus de la gauche ou de la politique, qui méprise l’extrémisme autant que l’islam. Un électorat dont le capital politique et social n’est pas celui de la droite du granite de l’ouest. Si les journalistes s’empressent de demander aux présents pourquoi Marine plutôt que Zemmour, beaucoup répondent au sujet de ce dernier qu’ils ne le connaissaient même pas. À certains de découvrir que tout le monde ne lit pas le Figaro.

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Alors que les deux candidats se battaient à distance depuis Reims et Lille, Eric Zemmour était pourtant bien la cible de quelques piques de la part des personnalités présentes ici. Jordan Bardella, Thierry Mariani, Jean-Philippe Tanguy et quelques autres pointures se sont succédées à la tribune pour railler l’union des droites. « Notre projet n’est pas de sauver la droite mais de sauver la France » martèle le numéro 1 du Rassemblement national avant de piquer Eric Zemmour sur sa citation fétiche : « Nous ne voulons pas seulement parler aux morts mais aussi aux vivants ».

Pourtant, de même qu’il restait quelques familles aux youles et aux vestes huilées dans la salle, Marine Le Pen a tenté de séduire à droite.

Aux vivants de « la fracture sociale, territoriale et culturelle » dont parle Marine Le Pen dans son discours orienté vers les classes populaires, alors qu’elle conjugue son grand thème du pouvoir d’achat à l’exaltation de la nation. Pourtant, de même qu’il restait quelques familles aux youles et aux vestes huilées dans la salle, Marine Le Pen a tenté de séduire à droite. Elle s’en est prise au wokisme et aux « talibans de la verdure » avant de répondre à la femen aux seins nus qui a tenté de monter sur scène : « Profitez-en, avec les islamistes nous ne verrons probablement plus jamais de femmes nues ». Surtout, après avoir longtemps promis de défendre les enfants et les familles, après avoir promis de mettre fin à l’anglais et à l’écriture inclusive, Marine Le Pen a finalement exhorté la France à « se souvenir des promesses de son baptême ». Un message opportun, à Reims, mais qui étonne et détonne des déclarations habituelles de la candidate. Avec ses nombreux appels à « Ne pas avoir peur », d’aucuns pourront se demander si avoir un public messianique ne lui monte pas à la tête. Pas encore de sacre mais une dévotion populaire pour Marine Le Pen, dans un début de campagne déjà iconophile.

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