Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire 100 Cailloux dans la chaussure de M. Macron, essai très critique sur les différentes politiques menées par le gouvernement ?
Personne. En fait, je n’ai pas décidé d’écrire un livre sur un thème particulier. Au cours des trois dernières années, tous les dix jours environ, j’ai réagi à un évènement ou une déclaration, en écrivant un « caillou », deux ou trois pages de contexte, de commentaire, de vérification. Pour le plaisir d’écrire et pour me clarifier les idées. Et j’envoyais ces cailloux à une trentaine d’amis. C’est seulement l’été dernier que m’est venu à l’esprit l’idée de regrouper tous ces mini essais en un volume. Je ne croyais qu’a moitié à l’intérêt et à la lisibilité de ce regroupement. Mon éditeur l’a trouvé bon. Nous avons hésité entre une présentation par thèmes et une présentation chronologique, et finalement choisi la présentation chronologique.
Vous être très sévère concernant la gestion de la pandémie de coronavirus par le gouvernement français. Qu’auraient-ils pu mieux faire ?
Ce n’est pas moi qui suis sévère, ce sont les chiffres disponibles. Le fait est que la France est l’un des pays où le nombre de décès par habitant est le plus élevé (pire que le Brésil, un peu moins mauvais que les États-Unis), et surtout l’un des pays où le coût économique des mesures prises (baisse de PIB plus endettement) a été le plus élevé.
Ce qui m’a le plus irrité dans cette crise sanitaire, c’est le refus constant et systématique de reconnaître ces réalités, le mensonge permanent
Mais ce qui m’a le plus irrité dans cette crise sanitaire, c’est le refus constant et systématique de reconnaître ces réalités, le mensonge permanent. Il n’y avait pas de masques (ça n’était pas seulement ni même principalement la faute du gouvernement actuel, et on pouvait le comprendre et l’accepter) ; mais on nous a expliqué que les masques étaient inutiles et même dangereux. Même scénario pour les tests. Puis pour les lits de réanimation. Et ça continue avec les vaccins.
Votre livre, parmi d’autres sujets, soulève que la France est un des pays européens les plus désindustrialisés. Quelles en sont les raisons ? Peut-on encore faire quelque chose ?
Le fait n’est pas douteux. Ses causes sont nombreuses. Je n’ai pas assez réfléchi pour pouvoir les énumérer avec autorité. Avec prudence donc, j’en vois au moins quatre :
a) l’anti-capitalisme français : rejet des fonds de pension, poids de la fiscalité sur le capital, ISF, etc. L’industrie est une activité capitalistique. On ne peut pas détester le capital et développer l’industrie.
b) la préférence pour le tertiaire : les bureaux, c’est plus chic que les usines, réputées sales et provinciales, pour les travailleurs comme pour les dirigeants. Le bureaucrate a pris le pas sur l’ingénieur, le discours sur l’action.
c) l’écologisme : on est passé de l’industrie secteur-qui-attire-peu à l’industrie secteur-qui-repousse-beaucoup. Non seulement il ne faut pas y aller, mais il faut le combattre absolument. A bas l’industrie chimique, alimentaire, pharmaceutique, nucléaire, automobile, aéronautique, etc.
d) la mondialisation effrénée : l’abaissement rapide et systématique de toutes les barrières douanières a ouvert la porte aux importations de produits industriels en provenance de pays à bas coûts de main d’œuvre et à environnement favorable à l’industrie (tous les dirigeants chinois sont ou étaient des ingénieurs). Certains ont même théorisé la chose : à nous la création, la finance, le marketing (dans les bureaux) ; à eux la fabrication (dans des usines). Excellent pour la Chine, déplorable pour la France.
L’obsession pour le climat cache-t-elle l’abandon des politiques environnementales ? Que penser des éoliennes ?
Oui. L’intitulé des ministères en charge le montre d’une façon caricaturale : le « ministère de l’Environnement » a disparu, remplacé par un « ministère de la Transition écologique et solidaire ». Le cas des éoliennes l’illustre abondamment.
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Elles bousillent les paysages, tuent les chauve-souris par dizaine de milliers, causent de graves nuisances sonores, bétonnent les sols (1500 tonnes de ciment par éolienne), mais sont soutenues par les écologistes au nom de la lutte pour le climat. Et ce alors qu’en fait, elles ne réduisent en rien les rejets de CO2, puisqu’elles remplacent des centrales nucléaires qui ne rejettent pas de CO2.
Est-il juste que des régions entières soient dépourvues de train à grande vitesse, comme c’est le cas du quart sud-ouest de la France. Comment améliorer notre politique de transport ?
La politique des transports n’est pas principalement une affaire de « justice territoriale ». C’est aussi une affaire de finances publiques. Le rail est actuellement subventionné à hauteur de 14 milliards d’euros par an. Payés par tous les Français, y compris les plus pauvres, pour un service qui bénéficie principalement aux plus riches. Lorsque et si cet effet certainement régressif est le prix à payer pour favoriser le développement économique ou préserver l’environnement, cela peut s’accepter. C’est typiquement un choix politique. Mais je crois que ça n’est pas le cas d’un TGV Bordeaux-Hendaye. C’est peut-être celui d’un TGV Bordeaux-Toulouse (je ne le sais pas).
Emmanuel Macron est-il le seul responsable de cette situation ? Il a tout de même hérité de l’œuvre de ses prédécesseurs.
Bien entendu. C’est la société française toute entière, et en particulier ses soi-disant élites, qui est « responsable ». Deux remarques toutefois. Primo, Emmanuel Macron a toujours dit et fait dire qu’il s’occupait de tout, et qu’il allait tout changer. Secundo, il a fait un peu plus qu’ « hériter ». Avant d’être élu président, il a tout de même été ministre des Finances, et secrétaire général adjoint de l’Élysée, et banquier d’affaire, ce qui écorne un peu sa virginité. D’un autre côté, sur ce dernier point, je reconnais bien volontiers que l’on ne peut pas demander à nos dirigeants d’être en même temps expérimentés et novices.

L’Artilleur, 432 p., 20 €





