Skip to content

Rod Dreher : survivre à la catastrophe

Par

Publié le

12 novembre 2017

Partage

Rob

[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1510505589447{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]

Figure atypique dans le paysage intellectuel américain, méthodiste converti au catholicisme puis à l’orthodoxie, conservateur antilibéral, journaliste et essayiste, blogueur inlassable et en même temps technocritique, Rod Dreher a publié en mars dernier un ouvrage qui a fait grand bruit outre-Atlantique : Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus, Le pari bénédictin. 

 

Quel est ce « déluge » qui frappe l’Occident et dont vous parlez dans votre essai, Le pari bénédictin ?

C’est celui de la « modernité liquide », pour reprendre les mots du sociologue Zygmunt Bauman  : le sentiment accablant que rien n’est solide, que tout est fluide, à l’exception du Moi et de ses désirs. Cette modernité liquide annihile toute mémoire culturelle et historique et elle conduit ses victimes à penser qu’il n’y a pas remède. Tout simplement parce qu’il n’y aurait rien à soigner, parce la situation serait normale.

 

Quel est le vecteur le plus dangereux de ce cataclysme : Hollywood ou la Silicon Valley ?

Je ne crois pas qu’il faille les séparer. Ces deux mondes – celui du divertissement et celui de la technologie – fusionnent de plus en plus. Ils ont en commun de croire ou de faire croire que la virtualité est plus réelle que la réalité parce qu’elle serait plus distrayante et que le plaisir serait le guide idéal pour nous conduire à la vérité. Aux États-Unis, les évangéliques ont voulu faire des films chrétiens – qui se sont révélés pour la plupart plutôt médiocres. Pourquoi les chrétiens ne recherchent-ils pas simplement à faire de bons films, qui nous diraient la vérité sur le monde ? Concernant les nouvelles technologies, je soutiens la création d’applications chrétiennes, mais il ne fait pas oublier que même si elles sont mises apparemment au service de Dieu, les technologies peuvent nous isoler et nous aliéner.

 

Quel danger constitue l’immigration de masse pour une Europe « postchrétienne », si l’on considère que beaucoup d’immigrants ne sont pas chrétiens ?

L’immigration de masse musulmane est le plus grand danger auquel doit faire face une Europe postchrétienne ; mais aussi l’immigration de masse en elle-même. Les menaces sont différentes, mais elles sont liées. Dans les deux cas, l’Europe reçoit plus de non-Européens qu’elle ne peut en assimiler. Si l’Europe était plus sûre d’elle-même, et plus ferme dans son christianisme je ne m’inquièterais pas tant. Mais elle ne l’est pas.

 

Si l’on parle de nations postchrétiennes, c’est qu’il y a bien eu des nations chrétiennes. Était-ce un âge d’or pour le christianisme ?

Il ne s’agit ni d’âge d’or du christianisme, ni de nation utopique. Les utopies chrétiennes n’existent pas. En revanche on peut parler d’une nation chrétienne lorsque les hommes et les femmes se réfèrent au récit biblique pour orienter leur existence. D’une nation qui croit que cette histoire sainte est aussi la sienne. La Bible est une histoire qui nous dit ce que nous sommes, ce que nous devons faire et vers quoi nous allons. Non, il n’y a jamais eu d’utopie chrétienne. Mais on peut clairement voir qu’il y a eu un temps, long, durant lequel l’histoire sainte à laquelle la majorité des peuples d’Occident se référait était la Bible.

Le patrimoine ancien est le parent pauvre de la communication. Il a totalement laissé le champ libre à un art contemporain qui se gargarise de ses révoltes convenues, de ses provocations calculées et de ses scandales confinés.

 Les Français devraient-ils combattre derrière un nouveau Clovis pour bâtir une nouvelle nation chrétienne ?

Voilà un piège dans lequel sont tombés les chrétiens conservateurs américains, et les évangéliques en particulier. Beaucoup de chrétiens étaient persuadés, durant les dernières décennies, que les États-Unis étaient une nation chrétienne gouvernée par des libéraux sécularisés. Ils pensaient qu’il suffisait de reprendre le pouvoir pour que l’Amérique redevienne ce qu’elle était : un peuple chrétien. C’était une illusion, évidemment, mais cette illusion a conduit paradoxalement les chrétiens à laisser décliner leurs Églises. Aujourd’hui le christianisme s’effondre. Et que font la plupart des chrétiens conservateurs ? Ils parient sur Donald Trump pour sauver l’Amérique chrétienne. Nous serions mieux avisés de nous concentrer sur la refondation d’une culture chrétienne authentique et solide, dans nos cœurs, dans nos familles et dans nos communautés.

 

Vous invitez les chrétiens à faire « le pari bénédictin » pour survivre à l’effondrement de l’Empire américain. Qu’est-ce que voulez dire par là ?

La comparaison fait évidemment référence à la chute de l’Empire romain d’Occident. Bien sûr, la nouvelle Rome, ce sont les États-Unis, mais c’est aussi l’Occident en général, donc l’Europe. Nous n’assistons pas pour autant à un effondrement matériel de l’Occident : nous subissons plutôt la disparition de la foi chrétienne qui a été le cœur de notre civilisation. Et je ne pense pas que ce soit un problème à résoudre, mais plutôt une réalité que nous devons endurer. Saint Benoît et ses premiers disciples ont émergé des ruines de Rome et ont inventé un nouveau mode de vie, et des institutions (les monastères) qui ont permis à la foi et à la culture chrétiennes de survivre à la catastrophe. Nous autres chrétiens laïcs devons en faire autant, avec la même créativité.

 

Quel type d’initiatives donneriez-vous en exemple ?

 La meilleure que j’aie vue est celle des Tipi Loschi, une communauté fondée en Italie à San Benedetto del Tronto. Disciples du bienheureux PierGiorgio Frassati, mais aussi de G.K. Chesterton et J.R.R Tolkien, ils vivent autour d’une paroisse ordinaire, tout en faisant vivre de nombreuses initiatives : des fêtes, du jardinage, des actions caritatives. Toutes réalisées en communauté, mais à destination du plus grand nombre. C’est une communauté soudée à l’intérieur et engagée à l’extérieur. Les Tipi Loschi ont une pratique traditionnelle du catholicisme et ils sont joyeux et ouverts. Les connaître me remplit d’espoir. Je les aime beaucoup. S’ils peuvent accomplir de telles choses, pourquoi pas nous ?

 

 

COMMENT ÊTRE CHRÉTIEN DANS UN MONDE QUI NE L’EST PLUS, LE PARI BÉNÉDICTIN
Rod Dreher (traduit de l’anglais par Hubert Darbon)
Artège
 272 p. – 21,90 €

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest