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Avec sa campagne « Macron m’a tuer », la ville de Béziers a apporté son soutien au mouvement des Gilets Jaunes. Car « La France qui fume des clopes et roule en diesel » est celle de Béziers. Et Robert Ménard partage totalement le combat des Gilets Jaunes.
Soutenez-vous les Gilets jaunes et si oui, pourquoi ? D’où vient ce mouvement selon vous ?
Je les soutiens, bien évidemment, tant ils incarnent les malheurs de cette France d’en bas, à l’image de Béziers, ma ville, où coexistent une vraie richesse et une pauvreté parmi les plus importantes de notre pays. Les Gilets jaunes sont la France de la mondialisation malheureuse, dépouillée au profit des métropoles et des capitales régionales. C’est peut-être pour cela qu’ils sont nombreux dans ma commune.
Comment se traduit ce déclassement ?
C’est d’abord le sentiment de ne pas exister et de ne pas être considéré par la France d’en haut, celle qui nous gouverne depuis quarante ans et ne connaît rien ou presque de la France qu’on appelle « périphérique ». Au fond, les Gilets jaunes réclament le droit d’exister, de vivre ; ils ont besoin de retrouver une certaine forme de fierté dont on les a dépouillés. Ils détestent, à juste raison, l’arrogance d’une grande partie du pouvoir politique et médiatique qui les regarde avec une vraie condescendance. C’est une question de dignité : les Gilets jaunes demandent à pouvoir vivre de leur travail, à être reconnus et respectés. C’est enfin une question d’identité : ils ont l’impression que leur pays ne ressemble plus à ce qu’il était et ils ne l’acceptent pas.
Dans les revendications des Gilets jaunes, voyez-vous affleurer le thème de l’immigration ?
Oui, bien sûr, même s’ils n’en parlent pas ouvertement ! Récemment, l’un d’entre eux me disait être scandalisé par les accords de Marrakech négociés dans le cadre de l’ONU et qui ouvrent grand les portes à l’immigration. Et si j’en crois les réseaux sociaux, il n’est pas le seul ! Ils en ont assez qu’on promette d’accueillir toujours plus d’immigrés quand eux-mêmes n’arrivent même pas à vivre dignement. D’ailleurs, vous remarquerez que les Français issus de l’immigration sont très, très peu nombreux sur les ronds-points occupés par les Gilets jaunes…
Que pensez-vous des décisions prises par Emmanuel Macron ? Sont-elles de nature à rétablir la confiance ?
C’est une reculade, je dirais même une Bérézina mais elles viennent beaucoup trop tardivement et le mal est fait. Personne ne peut aujourd’hui se satisfaire de l’annulation de la taxe sur les carburants. Le problème de fond est celui de la légitimité de nos représentants : les Gilets jaunes – et pas seulement eux – ne se sentent pas représentés par la plupart des élus de la nation.
https://twitter.com/RobertMenardFR/status/1074976697097822209
Ils ne se reconnaissent pas dans le personnel politique ni d’ailleurs dans les journalistes qu’ils considèrent comme une caste totalement coupée du quotidien des Français. Emmanuel Macron est complètement étranger à la vie de ces millions de Français. Il a toujours vécu dans un autre monde. D’où cette arrogance doublée d’une totale méconnaissance de la réalité.
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Quelles solutions pour remédier à cette crise de la légitimité démocratique ?
Je ne vois pas de solution toute faite. Auparavant, je considérais, par exemple, que la proportionnelle pouvait être une bonne mesure pour mieux représenter la diversité du spectre politique à l’Assemblée. Mais quand on sait qu’elle mène à des cooptations et des arrangements entre membres d’un même parti, je me dis qu’elle n’est sûrement pas le bon moyen pour sortir de cette consanguinité politique. Or, les Gilets jaunes ne se sentent représentés par aucun parti politique. C’est cela qui est nouveau. On assiste à une sorte de mort lente des partis. Macron en avait d’ailleurs déjà tiré à sa manière les conséquences en se faisant élire par les élites mondialisées des métropoles, au-delà des clivages traditionnels des partis.
C’est une question de dignité : les Gilets jaunes demandent à pouvoir vivre de leur travail, à être reconnus et respectés.
Les Gilets jaunes sont l’autre face de cette décomposition des partis, la France enracinée des provinces et des terroirs. Entre ces deux France, le fossé se creuse. Auparavant, j’étais également contre le cumul des mandats, considérant qu’on ne pouvait pas mener correctement de front deux mandats. Je continue de le penser tout en constatant que cette réforme engendre des députés hors sol, totalement coupés des réalités locales. Deux mondes coexistent ainsi sans jamais cohabiter. Et ce qui est devenu un face-à-face a produit les Gilets jaunes…
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