[vc_row css= ».vc_custom_1592829862613{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »][vc_column][vc_column_text]
Ce qui ressemble à un paradoxe est en fait une constante : comme la plupart des grands champions de sport de combat, Robert Paturel était un enfant timide. « Moi, je suis le numéro cinq », dit celui qui naît en 1952, avant-dernier d’une famille de six enfants. Cinq garçons, une fille. Tous les garçons de la famille, père compris, font de la boxe. Tous, sauf un, qui résiste encore et toujours. Cet irréductible, c’est bien sûr le petit Robert, qui dit à cette époque s’entourer surtout de filles et préférer la lecture au sport.
Ce tempérament réservé, le petit garçon le paie au prix fort, dans le Rueil populaire des années 50-60. « Je me faisais taper dessus, j’essayais juste de me protéger » : il met ses bras devant son visage pour mimer sa défense de l’époque. Un jour, à l’adolescence, le passage à tabac de trop réveille le guerrier qui sommeillait chez Paturel. Cette fois-ci, c’est juste en bas de son immeuble que Robert se fait malmener. Une fenêtre s’ouvre : « Défends-toi, Robert! » C’est son grand frère. « Comme j’avais plus peur de mon grand frère que du mec qui me tapait, je me suis défendu ». Un sourire espiègle éclaire le visage du calme sexagénaire. Il se lève alors et reproduit la suite de la bagarre avec un plaisir certain : « Je commence par esquiver ses coups, puis je lui mets gauche-gauche-droite comme ça… »
Un club de boxe française ouvre à Nanterre, à quatre kilomètres. Très vite, celui qui commence à se faire connaître comme « Patu » enchaîne les victoires. Il a seize ans. À dix-huit, le professeur quitte son poste. Paturel, déjà l’élève le plus expérimenté, le remplace et découvre le métier d’entraîneur qu’il ne quittera plus.
Lire aussi : Robert Paturel : « Quand un gars ne voudra pas se laisser faire, les policiers vont le laisser courir »
Il vit alors à un rythme particulièrement éprouvant. Il exerce le métier de pâtissier douze heures par jour, doit donner ses cours et combattre, jusqu’à trois fois par week-end. Des policiers qui s’entraînent dans son club lui soufflent une idée : pourquoi ne pas les rejoindre dans la « boîte », où il aurait beaucoup plus de temps libre à consacrer à la boxe ? Paturel, qui ne se voyait pas particulièrement en homme d’ordre, rechigne d’abord. Il se laisse finalement convaincre, imaginant s’occuper de la formation des policiers en savate. La réalité qui l’attend est bien différente, et le jeune homme de vingt-quatre ans est muté en arrondissement pour faire de la police générale. Au bout d’un an, Paturel rue dans les brancards. Il finit par obtenir ce qu’il veut et sera désormais professeur de savate.
Sa carrière de boxeur décolle. Entre 1976 et 1984, Patu gagne six championnats de France. Il est vice-champion d’Europe en 1983, année où il perd en finale contre une légende néerlandaise de la boxe pieds-poings, Fred Royers. En 1984, la consécration vient enfin. Paurel arrache le titre de champion d’Europe de boxe française à Marco Noccentini. Mais dix-sept ans de compétition commencent à l’éprouver physiquement, et il raccroche les gants en 1985. Une page se tourne sur un palmarès impressionnant de 103 combats pour 88 victoires, 11 défaites et 4 matchs nuls.
1985, c’est surtout l’année de la création du RAID, le groupe d’intervention d’élite de la police nationale, pendant du GIGN.
1985, c’est surtout l’année de la création du RAID, le groupe d’intervention d’élite de la police nationale, pendant du GIGN. Dès le début de l’aventure, le groupe veut attirer Paturel à lui, qui finit par monter dans le bateau en 1988. Il ne le quittera plus et insiste pour être dans la colonne d’assaut, où il s’habitue à côtoyer la mort de près. Paturel explique qu’il poursuivait simplement la « recherche » qui était la sienne dans la boxe, qui consiste à savoir à quel point un homme peut rester maître de sa peur : « On a entendu des balles siffler, ce n’était pas des balles de tennis, je ne pense pas ».
Lire aussi : Jérémy Bouhy : Monsieur l’agent
Finalement, le rôle dans lequel il se révèle sera celui de négociateur, qu’il occupe à partir du milieu des années 90. C’est là aussi qu’il glane ses souvenirs les plus marquants, comme cet après-midi où, sous une chaleur écrasante, il passe une demi-heure à discuter avec un criminel qui le braque après avoir tué un otage. En 2007, à cinquante-cinq ans, Patu laisse derrière lui l’uniforme. Ça voulait dire quoi le RID ? « Risquer sa vie pour faire quelque chose de grand, mais avec des copains ». Et dans ses yeux bleu électrique défilent les seaux d’eau sur la tête, la musique dans les couloirs, les franches parties de rigolade… Attention, le RID n’est pas une colonie de vacances : « Dès que l’alarme sonnait, tout ça se mettait dans un ordre parfait ».
Depuis que l’alarme s’est tue, Paturel s’est surtout consacré à la self-défense.
Depuis que l’alarme s’est tue, Paturel s’est surtout consacré à la self-défense. En la matière, il a développé son propre style, la « boxe de rue », qui reprend les techniques les plus simples et les plus « destructrices » de la boxe française. Il écrit aussi, des ouvrages qui reviennent sur son parcours de policier, mais aussi des romans. Le dernier a été écrit pendant le confinement et raconte la reprise en main énergique de la France par le chef d’état-major du Président en 2035. Il sortira à la rentrée. Tout un programme.
Ange Appino
[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]





