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Robert Paturel : « Quand un gars ne voudra pas se laisser faire, les policiers vont le laisser courir »

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© Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

 

Robert Paturel est un ancien membre du RAID, où il a passé 20 ans. Il est spécialiste des méthodes d’intervention et a eu un rôle moteur dans la naissance du mouvement des policiers en colère à l’automne 2016. Il réagit pour L’Incorrect aux récentes déclarations de Christophe Castaner.

 

 

En quoi l’interdiction des interpellations par étranglement va-t-elle rendre plus difficile le travail quotidien des policiers ?

 

L’étranglement est un moyen de contrainte qui permet de neutraliser assez pacifiquement les individus qui résistent à l’interpellation. Sans cela, on en arrive à des confrontations à coups de poings et de pieds qui sont dangereuses à la fois pour les policiers et pour les individus récalcitrants. On arrive à des mâchoires cassées, des arcades ouvertes…

Le problème avec l’étranglement, c’est qu’il faut l’arrêter rapidement. Il y a un risque pour que certains policiers le prolongent au-delà du nécessaire. Cependant, ces situations sont rarissimes.

Pour moi, l’étranglement maîtrisé est la manière la plus douce qui existe pour appréhender un individu.

Dès qu’elles se produisent, elles font la Une des journaux. En France, c’est peut-être arrivé deux fois en vingt ans. Mais dans ces cas-là, si le policier avait boxé les délinquants ou tiré, le résultat aurait sûrement été tout aussi dramatique. Pour moi, l’étranglement maîtrisé est la manière la plus douce qui existe pour appréhender un individu.

 

Lire aussi : Castaner à genoux devant la famille Traoré

 

Les propos tenus hier matin par Christophe Castaner sont-ils de nature à relancer la grogne des policiers qui s’était levée de 2016 à 2019 ?

 

Absolument. Le ministre de l’Intérieur taxe la police française de racisme sans preuves. Il prend des risques, il s’expose à des réactions très hostiles de la part des policiers. Il y a bien sûr des racistes dans la police, comme dans la population générale. Pas plus, pas moins. Globalement, le Français n’est pas raciste, la France s’est toujours construite à travers un mélange de population.

Maintenant, il y a des gens qui se comportent plus ou moins bien. On a jamais eu de problème avec les Italiens, les Espagnols et les Portugais. Avec l’immigration récente, c’est plus compliqué. Il faut peut-être que ces populations se posent des questions elles-mêmes.

 

Les policiers, qui ne se sentent pas soutenus par leur hiérarchie, risquent-ils de lever le pied et de ne pas prendre de risques dans leurs missions, quitte à ne pas appréhender certains individus dangereux ?

 

C’est évident. Ça ne les engage pas à prendre des risques. Maintenant, quand un gars ne voudra pas se laisser faire, ils vont le laisser courir. Si tenter un étranglement les met directement en faute, si en plus ils sont filmés par tous les voyous du quartier qui diffusent ça sur internet, comment voulez-vous que les policiers travaillent dans de bonnes conditions ?

Castaner tape vraiment à côté. Pourtant, on m’a dit qu’il était entouré de gens compétents, mais je me demande si c’est vrai maintenant. Je pense que ceux qui le conseillent sont des énarques qui ne connaissent pas la rue et qui n’ont jamais pris un coup de poing dans la gueule de leur vie, c’est là tout le problème.

 

Le ministre de l’Intérieur ne met-il pas en avant la lutte contre le racisme par dans la police par peur, pour éviter une explosion des banlieues ?

 

Il a peur, bien sûr. J’ai une anecdote à ce sujet: dans ma carrière, j’ai passé deux ans à la Réunion. Lors de ma première patrouille avec la BAC locale, j’ai voulu entrer dans la cité du coin. On m’a dit que c’était impossible. J’y suis quand-même allé, et j’ai trouvé au moins six ou sept scooters volés dans les caves.

Tous les préfets et les directeurs départementaux de la police mettent la poussière sous le tapis depuis des années.

Une fois rentré, alors que je tapais mon rapport, le directeur départemental de la police est entré dans mon bureau, affolé. Il m’a reproché ce que j’ai fait, car c’était prendre le risque qu’un incident se produise, ce que Paris veut à tout pris éviter. Ç’aurait été mauvais pour son avancement… Tous les préfets et les directeurs départementaux de la police mettent la poussière sous le tapis depuis des années. Tout le monde a peur que ça pète, donc on baisse sa culotte et on attend. Mais à un moment, il faudra bien que ça vienne de toute façon. Le plus tôt sera peut-être le mieux…

 

 

Propos recueillis par Ange Appino

 

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