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Romans arthuriens : mythes celtes & génie français

L’historien Martin Aurell, grand spécialiste de la période où ils ont été inventés, a dirigé avec le célèbre médiéviste Michel Pastoureau un magnifique recueil de romans arthuriens qui vient de paraître dans la collection Quarto (Gallimard). Quand le retour des mythes celtiques inspira la première littérature de langue française, celle-ci offrit à nos rêves une matière éternelle. Alors cet été, à la vulgarité des plages, préférez un aller-simple pour Brocéliande !

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© Sonia Fitoussi

Qu’est-ce qui a présidé au choix de textes de cette nouvelle édition ?

Nous avons fait ces choix en commun avec Michel Pastoureau et j’étais très honoré de travailler avec ce grand médiéviste. Personnellement, je me suis occupé surtout de la première partie, jusqu’en 1220, 1230 et j’ai choisi des textes en fonction de leur beauté, de la qualité du récit, d’où ce choix de Kulhwch et Olwen. J’aime aussi beaucoup Geoffroi de Monmouth. Ce clerc d’Oxford, qui deviendra évêque au pays de Galles, est un vrai génie du latin, sa prose est très agréable et c’est un conteur extraordinaire, que ce soit pour narrer la conception d’Arthur ou l’histoire du roi Lear, qu’il invente, et que, plus tard, reprendra Shakespeare. Il donne à la geste arthurienne une dimension politique puisque cet homme, qui est probablement d’origine bretonne armoricaine, une fois arrivé avec son père et les conquérants normands au pays de Galles, entre en syntonie avec les Bretons de l’île, les Celtes autochtones.

« Le mythe d’Arthur émerge dès les années 600, quand un poète compare à Arthur un guerrier mort au cours d’une bataille »

Martin Aurell

Leur langue ne lui pose aucun problème : un de ses contemporains, Giraud de Barri, dit qu’en haute mer, lorsqu’ils se rencontrent, les pêcheurs gallois et les pêcheurs armoricains se comprennent parfaitement. Geoffroi admire les Bretons et constate que les Normands ne cessent de les dénigrer. Il veut leur rétorquer que les Bretons sont un peuple épris de liberté qui ne supporte pas d’être conquis par d’autres, qu’ils sont, comme les grands peuples d’Occident, issus des Troyens, et que Brutus, le fondateur supposé de la (Grande-) Bretagne, aurait préféré, avec son peuple, plutôt qu’une vie douillette sous la domination des Achéens, partir à l’aventure jusqu’à découvrir cette île à l’ouest de l’Europe.

Kulhwch et Olwen, le premier texte du recueil, traduit du gallois, nous renvoie à l’univers celtique originel.

Il s’agit du premier récit un peu cohérent et développé qui évoque le mythe d’Arthur, un mythe qui émerge dès les années 600, quand un poète compare à Arthur un guerrier mort au cours d’une bataille. À partir de là, on trouve plusieurs poèmes bardiques qui l’évoquent, qui sont des « mythes », c’est-à-dire des poèmes offerts aux dieux pour s’attirer des grâces.

On a des échos du mythe avant Kulhwch et Olwen mais ce texte, qui est constitué de plusieurs strates, contient des éléments qui prouvent que nous avons affaire à une histoire très ancienne : par exemple, quand il est fait allusion aux friches qui reprennent du terrain, ce qui se rapporte aux grandes crises démographiques du VIe siècle, ou encore par les mentions précises de rituels celtiques archaïques : le chef qui n’arrivait plus à faire des dons empruntait, distribuait, puis se faisait décapiter. [...]

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