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Royaume-Uni : guerres internes

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Publié le

2 septembre 2022

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Le départ prématuré de Boris Johnson donne lieu à une transition complexe sur fond de dossiers délicats, notamment le cas de l’Irlande du Nord, qui continue à empoisonner les relations entre le Royaume-Uni et ses partenaires européens.
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C’est une transition compliquée qui va se produire dans un Royaume-Uni en pleine mutation. Le successeur de Boris Johnson – Rishi Sunak ou Liz Truss ? Son nom ne sera connu qu’à partir du 5 septembre – est appelé à s’inscrire dans la suite d’un mandat particulièrement mouvementé : mise en œuvre du Brexit, crise du Covid, guerre en Ukraine… La sortie de l’Union européenne voulue par la majorité? des votants du référendum de 2016 a été confirmée lors des élections européennes de 2019, qui ont placé le Parti du Brexit mené par Nigel Farage largement en tête, puis lors des élections générales de décembre 2019 qui ont donné au Parti conservateur mené par Boris Johnson sa plus forte majorité depuis 1987.

Lire aussi : Démission de Boris Johnson : qui sont les candidats à sa succession ?   

L’ensemble de la classe politique britannique s’est résigné à accepter le retrait de l’Union européenne, même les plus farouches défenseurs du Remain. À titre d’exemple, Keir Starmer, chef du Parti travailliste, après avoir prôné un second référendum, estime aujourd’hui qu’il faut « faire fonctionner le Brexit » ! LizTruss, secrétaire d’État aux Affaires étrangères et actuelle candidate à la succession de Boris Johnson, a voté contre le Brexit en 2016, et reconnaît aujourd’hui que les « problèmes économiques massifs » qu’elle craignait n’ont pas eu lieu et même que le Brexit a offert « de nouvelles occasions de commercer avec le reste du monde ». En effet, des accords de libre-échange ont été conclus avec une quarantaine de pays tels que l’Albanie, l’Australie et le Vietnam; le Royaume-Uni semble aujourd’hui en meilleure posture que l’Union européenne pour conclure un accord de libre-échange avec l’Inde avec laquelle il a déjà signé en avril 2022 un accord commercial dans les secteurs du textile et de l’informatique.

Le Brexit laisse toutefois au prochain occupant du 10, Downing street un dossier brûlant : le blocage des institutions en Irlande du nord

Le cas de l’Irlande du Nord

Le Brexit laisse toutefois au prochain occupant du 10, Downing Street un dossier brûlant : le blocage des institutions en Irlande du Nord. Avec la sortie de l’Union européenne, la frontière entre la province du Royaume-Uni et la République d’Irlande devient une frontière extérieure de l’UE. L’enjeu est donc de trouver une solution adaptée pour éviter une « frontière dure » c’est-à-dire un nombre limité de points de passage autorisés (et contrôlés physiquement), composés d’agents des douanes et de policiers, soutenus en période de tension par les forces militaires. Pour éviter le rétablissement d’une frontière physique entre l’Irlande du Nord et l’Irlande, la frontière douanière doit donc être située en mer d’Irlande, entre l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne. Mais le projet réveille de vieilles craintes : Paul Givan, Premier ministre unioniste, a entamé en février 2022 le blocage des institutions pour réagir face à un protocole qui, selon lui, sépare la province du Royaume-Uni et la rapproche trop de la République d’Irlande.

Les élections locales du 5 mai rendent la situation encore plus complexe. Pour la première fois, le parti nationaliste Sinn Fein est arrivé en tête, devançant ainsi le parti unioniste DUP. Depuis l’accord du Vendredi saint, tel que complété par l’accord de Saint Andrews, le poste de Premier ministre est confié à un membre du DUP et celui de Vice-Premier ministre à un membre du Sinn Fein. Aujourd’hui, la majorité doit permettre à Michelle O’Neill, Vice-Premier ministre, d’accéder au poste de Premier ministre. Mais les unionistes continuent à bloquer les institutions. Jeffrey Donaldson, chef du parti unioniste, dénonce la frontière douanière mise en place en mer d’Irlande, refuse de travailler avec le Sinn Fein et appelle Londres à agir pour « rétablir la place de l’Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni ».

Lire aussi : Royaume-Uni : avantage pour Liz Truss, chute de Rishi Sunak ?

Dans les jours qui ont suivi les élections en Irlande, Boris Johnson avait déclaré que le protocole n’était « pas viable dans sa forme actuelle ». Un projet de révision avait alors été présenté par Liz Truss au Parlement britannique et dénoncé tout de suite par la Commission européenne. À l’heure ou ces lignes sont écrites, aucun compromis n’a été trouvé entre Londres, l’UE, le Sinn Fein et le DUP. Le prochain Premier ministre devra régler une situation d’autant plus complexe qu’elle consiste en un affrontement entre forces politiciennes sans être le véritable reflet des préoccupations politiques de la population. En effet, ce n’est guère le nationalisme irlandais qui a conduit le Sinn Fein en tête des élections locales, mais davantage une attention portée aux problèmes économiques et sociaux ainsi qu’aux sujets de société. Un électorat jeune, qui n’a guère connu les périodes de troubles, souffrant de problèmes de logement et de revenus et jugeant le DUP trop conservateur sur les sujets de société, s’est tourné vers le Sinn Fein.

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