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Saïd Oujibou, un pasteur qui a la rage

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Publié le

23 septembre 2021

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En mars, l’Institut européen pour le droit et la justice (ECJL) dévoilait les persécutions subies par les musulmans convertis au christianisme en France. Saïd Oujibou, musulman converti au protestantisme et devenu pasteur, en a fait le combat de sa vie. Il nous raconte ce qui arrive à ceux qui quittent l’islam pour le Christ, et réclame le réveil des institutions politiques et religieuses.
oujibou

Quelle est la situation des musulmans qui se convertissent au christianisme en France ?

« Coraniquement », un musulman n’a pas le droit d’abjurer sa foi, et encore moins de se convertir à une autre religion. Cela relève de la loi islamique sur l’apostasie, la « rida ». Chaque musulman se voit inculquer cette notion théologique, qui est appliquée selon le degré d’islamité des familles, mais de manière générale la conversion d’un fils ou d’une fille au christianisme est un scandale. Le converti subit alors une persécution qui peut être mentale, psychologique voire physique, même en France. La plupart du temps, ces persécutions concernent les femmes, qui représentent 70 % des conversions : ce sont elles qui subissent le plus de violences physiques. On peut aller jusqu’à les ramener en Afrique du Nord, confisquer leurs papiers et les marier de force. Rien de neuf, puisque la loi islamique se considère au-dessus des lois de la République. Et la loi « contre le séparatisme » n’y changera rien : les musulmans mettent en place une stratégie d’adaptation, de grignotage et un double discours.

J’aide par exemple la fille d’un imam qui s’est convertie et qui est tétanisée à l’idée de l’annoncer à son père. Elle a malgré tout fait part de sa conversion à sa mère, aux yeux de qui elle n’est désormais plus qu’une traînée, une moins que rien. Elle a reçu le message suivant : « Tes vêtements sont dans un sac en plastique et ils sont humides ». Traduction : « On se débarrasse de toi et on s’en lave les mains ».

Lire aussi : Quitter l’islam, risquer la mort

Jusqu’où peuvent aller ces violences physiques, notamment envers les filles ?

Elles sont défigurées, en ressortent avec des fractures, des bleus apparents. Avec toute la culture nord-africaine et la pression communautaire, elles subissent un déchaînement de violence. Sans parler des mariages forcés au pays qui aboutissent évidemment à des viols. Ce sont les filles qui subissent le plus, parce qu’elles sont moins bien traitées de manière générale dans l’islam – ce qui explique d’ailleurs qu’elles se convertissent plus. Un homme musulman aura toujours plus de liberté qu’une femme, même si ça ne le protège pas complètement des persécutions. J’ai en tête le cas d’un jeune homme que l’on a drogué, et qui s’est réveillé au Maroc avec des marabouts et des sorciers essayant de le « sortir » du christianisme.

Comment aidez-vous les femmes concrètement ?

Elles doivent déménager, on doit littéralement les déloger et les mettre à l’abri dans un autre département. Et nous sommes seuls. Nous œuvrons grâce à notre réseau, mais nous ne recevons aucun secours de l’État. Les filles sont souvent majeures, mais de toute façon lorsqu’elles sont mineures, elles sont prises en charge par les services sociaux et placées dans des foyers. Là elles craquent, car elles se retrouvent dans un environnement étranger, et dans lequel elles ne sont pas en sécurité. Leur famille leur manque, malgré les coups, les menaces, et les pressions. Elles préfèrent encore y retourner plutôt que de rester démunies avec des jeunes délinquants sans morale, sans éducation, dans un environnement lugubre et dangereux. Ces foyers sont complètement délabrés, et exposent des enfants vulnérables à la délinquance. Que fait l’État pour améliorer la situation ? Rien.

Quel soutien recevez-vous de la part de l’Église ?

Nous ne recevons aucun soutien non plus des institutions religieuses, qu’elles soient catholiques ou protestantes. La plupart du temps, lorsque nous toquons à la porte des églises en leur demandant de protéger quelqu’un, elles font la sourde oreille. Aucune structure ecclésiale n’existe pour accueillir ces jeunes gens, et surtout ces jeunes filles : nous les plaçons dans nos propres familles, parmi notre réseau. Avec le temps, nous avons tout de même constitué un réseau de paroisses et de communautés prêtes à nous aider, ce qui rend les choses nettement plus faciles et nous permet de mettre des personnes à l’abris. Beaucoup hésitent à accueillir un ancien musulman converti, par peur des représailles.

L’Église nous endort depuis trente ans avec son dialogue interreligieux. Il y a un beau discours d’amitié, de fraternité, mais dès que sont abordées l’égalité homme-femme, la liberté de conscience, la dhimmitude, la rida, l’apostasie, le ton change

Vous qui menez ce combat depuis des décennies, diriez-vous que la situation a empiré ?

Oui, les persécutions ont empiré. À mes yeux, l’islam se durcit de plus en plus, à mesure qu’il est pointé du doigt, que l’on catégorise, que l’on communautarise. Les islamistes déploient sur le terrain une véritable stratégie d’adaptation, et endoctrinent beaucoup plus de gens qu’il y a une quinzaine d’années. Les persécutions augmentent tant en intensité qu’en nombre, du fait d’un double mouvement : la progression de l’islamisme, et le fait que le nombre de conversions ne cesse de croître.

Constatez-vous une disparité géographique dans les persécutions subies ?

Le lieu d’habitation ne change rien au degré de persécution intra-familiale. C’est la doctrine islamique qui engendre ces persécutions : elles sont donc intrinsèquement liées à la pratique religieuse de la famille. L’islam provoque une réaction en chaîne du lever au coucher, de la naissance à la mort. Le fait d’être isolées ne va pas refroidir les familles. Mais évidemment le phénomène est amplifié dans les zones qui concentrent une forte population d’origine nord- africaine.

Que réclamez-vous de l’État pour que la situation s’améliore ?

D’abord qu’il y ait un principe de réciprocité entre l’État français et les instances musulmanes françaises. L’État doit exiger du CFCM et de l’UOIF la signature d’un texte certifiant qu’un musulman a le droit de changer de religion. Les musulmans se réjouissent que des non-musulmans adhèrent à l’islam – j’utilise volontairement le terme « adhérer » car pour moi on ne se convertit pas à l’islam, on y adhère – mais ils n’acceptent pas que des musulmans en sortent. Il y a un double discours et une immense hypocrisie de la part de l’UOIF et du CFCM à ce sujet. Vous verrez le vrai visage de l’islam lorsque nous les apostats, avec le ministère de l’Intérieur, exigerons des instances musulmanes qu’elles reconnaissent officiellement le droit de changer de religion. Les gens ne connaissent pas l’islam. Les musulmans peuvent vous séduire, vous manipuler, mais nous, les apostats, connaissons la réalité des textes coraniques derrière le discours de paix et d’amour. Et je condamne de toutes mes forces la cécité de l’État devant leur hypocrisie.

Lire aussi : Gregor Puppinck : « Aujourd’hui en France, des personnes qui quittent l’islam pour le christianisme sont persécutées »

Et de la part de l’Église ?

L’Église nous endort depuis trente ans avec son dialogue interreligieux. Nous sommes l’épine dans le talon de ceux qui se contentent de bien dialoguer en sirotant du thé à la menthe. Il y a un beau discours d’amitié, de fraternité, mais dès que sont abordées l’égalité homme-femme, la liberté de conscience, la dhimmitude, la rida, l’apostasie, le ton change. Je ne nie pas l’utilité du dialogue inter-religieux, la parole est toujours préférable à la violence. Mais j’aimerais en voir les résultats. Après trente ans de compromis avec les grandes instances musulmanes, la situation ne s’est pas améliorée, bien au contraire. Pourquoi dérouler le tapis rouge quand on voit ce que subissent les chrétiens dans les pays à majorité musulmane ? Je n’ai rien à dire au Pape, je ne suis pas catholique, mais j’aimerais qu’un jour les paroles laissent place aux actes, notamment en exigeant la reconnaissance de la liberté religieuse. De la part des communautés chrétiennes, j’aimerais davantage de fraternité, de compréhension, d’empathie, un meilleur accueil et moins de frilosité de leur part tout simplement. Qu’elles comprennent qu’elles n’auront pas le choix, car nous serons de plus en plus nombreux à embrasser le Christ et à toquer à la porte des églises pour échapper aux persécutions.

Êtes-vous menacé à titre personnel ?

Non, c’est moi qui les menace en réclamant un principe de réciprocité. Je les menace avec la Croix et l’amour du Christ. Lorsque je participe aux grands rassemblements de l’UOIF par exemple, j’y suis accepté en tant que Pasteur, mais uniquement parce que je me suis battu. Ils savent que je n’ai pas peur de les affronter. À leurs yeux je suis un grand kafir – « traître » en arabe – et j’en suis fier.

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