[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1547738309184{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]« Tout est pardonné ». Chacun se souvient de la couverture de Charlie Hebdo, quelques jours après que l’essentiel de la rédaction a été liquidé par les djihadistes Cherif et Saïd Kouachi le 7 janvier 2015. L’Archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, n’avait pas dit autre chose après l’assassinat du père Jacques Hamel, le 26 juillet 2016 dans son église de Saint-Étienne du Rouvray.
La pluie est battante et le marché de la place de l’église a bien du mal à attirer ses clients. Derrière la camionnette blanche du charcutier, ornée d’un énorme cochon rose, se dresse l’église Saint-Étienne-du-Rouvray. Ce dimanche matin, elle est ouverte mais vide. Il n’y a plus de prêtre pour célébrer dans les deux églises de la ville depuis le départ du curé, le père Auguste Moanda-Phuati.

Et pourtant, Bunyamin Gok, commerçant turc qui a racheté le Cocci market de la place il y a six mois, nous affirme que de nombreux pèlerins veulent visiter les lieux. La tombe du père Hamel à Notre-Dame de Bon-secours est fleurie en permanence.À quelques pas des bords de Seine, le centre-ville de Saint-Étienne est assez « préservé », comme on dit pudiquement. Petites rues commerçantes, enfilade de maisons modestes, l’atmosphère tranche avec les cités construites sur les hauteurs d’où, malgré le plan Borloo pour la rénovation urbaine, plusieurs grandes barres surplombent le vieux bourg.
La communauté musulmane profitait déjà des lieux depuis des années, notait Jean-Marie Guénois dans une enquête pour Le Figaro.
Dans le quartier populaire des Madrillets, situé sur la rive gauche de l’agglomération rouennaise, un tramway permet désormais aux résidents de se rendre jusqu’au centre-ville de Rouen. Tout a été fait pour intégrer ce secteur métissé. En 1996, le très « conciliaire » Mgr Duval vendait une partie du terrain de l’église Sainte-Thérèse de Saint-Étienne du Rouvray, pour un franc symbolique à l’office public d’aménagement et de construction de la Seine-Maritime (OPAC).
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Mais, construite dans les années 50, après la nationalisation des biens du clergé, le diocèse est toujours propriétaire de cette deuxième église de la ville, placée entre l’école élémentaire Joliot-Curie et le Pôle Emploi. Deux ans plus tard, l’OPAC revendait la parcelle pour la même somme à l’association cultuelle musulmane et la mosquée était inaugurée en mars 2000.
Ce tour de passe-passe ne faisait qu’entériner une situation de fait. La communauté musulmane profitait déjà des lieux depuis des années, notait Jean-Marie Guénois dans une enquête pour Le Figaro. Le diocèse a ensuite cédé un passage pour permettre aux fidèles de se rendre à la toute nouvelle mosquée Yahia du quartier, dont un certain Adel Kermiche, résident de la commune et futur assassin du curé.

Collège Robespierre et boulevard Lénine
L’attitude de compassion et d’œcuménisme des catholiques normands a donc suscité l’admiration de François Hollande et de son ministre des cultes, Bernard Cazeneuve. Un monument sinistre, listant les droits de l’homme a été érigé au pied de l’Église, en mémoire du prêtre…
Il est aujourd’hui le seul témoin de la tristesse des autorités. Aucune rue ou place n’a été rebaptisée, ni le collège Robespierre, ni le boulevard Lénine. L’attentat avait singulièrement touché le président de la République, natif de Rouen et déjà atteint par les autres attentats de son quinquennat, à Nice ou au Bataclan.
"L’assaut de l’islam contre l’Europe ne se fait pas à coups de balistes ou de machines de siège. Ce ne sont donc pas les murs que nous devrions préserver mais nos intérieurs, le siège de notre conscience et de notre raison."
C'est la lutte finale. ??https://t.co/nHtpqyTa3B— L'Incorrect (@MagLincorrect) January 3, 2019
Jean-François Colosimo constatait qu’il s’agissait du premier prêtre assassiné pendant sa messe depuis les guerres de Vendée. Et c’était un ancien prêtre-ouvrier, fils de cheminot, qui avait aidé les musulmans de la commune toute sa vie. Cet assassinat aurait pu créer un électrochoc chez les Français de culture chrétienne. Moins de trois ans après les événements, tout semble être rentré dans l’ordre.
La peine des paroissiens est enfouie, discrète. Deux portraits, c’est tout ce qu’il reste dans chacune des églises. À la sortie de la messe à Sainte Thérèse, chacun se souvient avec nostalgie du Père Hamel, « un bon curé, attentif aux moindres détails et exigeant avec ses paroissiens », témoigne Patrick Lecompte qui fut son proche collaborateur en tant que diacre permanent de la paroisse depuis 2005. Son successeur, le vicaire congolais, Hubert Mvibudulu, étant absent, il est remplacé ce dimanche par son congénère d’Oissel, la paroisse d’à côté, l’Abbé Gauthier Nlandu Mapana.

L’assemblée clairsemée prie au son de la chorale africaine, animée par le pétulant Gabriel Moba. Les quelques retraités qui composent le reste de l’assemblée apprécient ce renfort musical venu d’ailleurs. Après l’effervescence médiatique qui a suivi les attentats, les paroissiens goûtent de nouveau au calme. On est presque surpris de voir des journalistes.
Bien sûr, on nous affirme que les relations de voisinage avec la communauté musulmane sont bonnes : «On se croise régulièrement mais on ne se voit jamais», précise toutefois Gérard [le prénom a été changé] qui fait de menus travaux de réparation dans l’église. Quelques mètres plus loin, Lakdar Hamadi, franco-marocain de 70 ans, qui est un des permanents de la mosquée, confirme la discrète entente : « On vit côte à côte mais nous n’avons pas d’activité en commun ».

Ancien boxeur et footballeur à Rouen, il se réjouit qu’en cas de grosse affluence (plus de 1 500 pendant le ramadan), les musulmans puissent ouvrir le portail qui les sépare du jardin de l’église. L’imam a la clef et peut donc aisément faire accéder à l’enclos paroissial. Les musulmans stéphanois peuvent ainsi s’étaler par beau temps sur la pelouse et le parking de la paroisse. Des petits haut-parleurs permettent à ceux qui sont à l’extérieur de suivre les récitations et le prêche de l’imam.
Une mosquée affiliée à l’UOIF
Avant que la prière de la mi-journée, « adh-dhouhr », ne commence, les hommes en djellaba et kamis sur la tête arrivent depuis le restaurant « Le kebab de la cité » voisin de la boulangerie « Au soleil levant ». Des musulmans très pieux, et barbus comme le prophète, s’avancent par petits groupes vers la mosquée « Yahya », l’une des cinq répertoriées dans l’agglomération rouennaise. Les femmes sont absentes quoiqu’une pièce leur soit réservée à l’étage.
« La mosquée est affiliée à l’ex-UOIF », l’Union des organisations islamiques de France, la vitrine légale des Frères musulmans de France, nous confirme le responsable de l’accueil. Il fait bien de préciser : à regarder les tenues des fidèles, on aurait plutôt pensé à une mosquée salafiste. Le gardien des lieux est fier de montrer un fidèle d’origine turque : « Vous voyez, ici, il n’y a que la communauté des croyants », alors qu’on lui demande si les Marocains ne sont pas majoritaires.
[ DOSSIER ISLAM ?? ] Cheriff Chekatt : frahr, frèch, ou frère musulman algérien ?
"Il est français, nous disent-ils, comme s’il fallait le dire pour mieux s’en assurer. Et nous entendons : ce coq né dans une écurie est un cheval."
C'est pas faux ??https://t.co/kEdMNaiDOe
— L'Incorrect (@MagLincorrect) January 14, 2019
Sur le site de la mosquée, on célèbre dix années de lutte contre l’islamophobie menée par Marwan Muhammad, du CCIF. Quand on ose finalement demander s’il connaissait Adel Kermiche, le djihadiste abattu par la BRI non loin de là, il répond que ce nom ne lui dit rien. Comme si l’assassinat du Père Hamel était déjà oublié.
Et les jeunes fanatiques qui se réunissent souvent entre eux, posent-ils un problème ? « On les met dehors », nous glisse Lakdar dans un sourire complice. Vu le profil des jeunes habitués de la mosquée, on aimerait le croire sur parole… mais il nous reste un doute.

Les cloches sonneront-elles encore ?
Nul doute en revanche que la future béatification du Père Hamel réveillera des consciences dans quelques années, à l’image des sept martyrs de Tibhirine, abattus en 1996. Vingt ans plus tard, la menace pour le clergé catholique vieillissant a traversé la Méditerranée. « Arrière, Satan ! » criait sous les coups de couteau le Père Hamel au pied de son autel.
Et dans vingt ans, les cloches de l’église Sainte-Thérèse de Saint-Étienne du Rouvray sonneront-elles encore ? Ou seront-elles remplacées par des haut-parleurs appelant à la prière ? C’est aux Français de répondre, mais Lakdar Hamadi a sans doute une idée derrière la tête. Et pas que pendant le ramadan.
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