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École : sainte Bienveillance, priez pour nous

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Publié le

9 septembre 2022

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Introduit par la loi dite de « refondation de l’école » en 2013, le concept de bienveillance est devenu la religion officielle au sein de l’Éducation nationale dont Pap Ndiaye est le nouveau pontife, pour un résultat catastrophique : une pénurie d’enseignants.
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En 2012, la publication des résultats de l’enquête PISA (Program for International Student Assessment) désigne une fois de plus la France comme le cancre de l’OCDE, pointant à la 25e place sur 65 pays, avec un système éducatif renforçant les inégalités au lieu de les combattre. Inquiété par ce sombre constat, François Hollande, nouvellement élu président de la République, confie à Vincent Peillon, nouveau ministre de l’Éducation nationale, la responsabilité de redresser l’école française. Bien évidemment, le premier effort accompli pour soigner le malade consiste à inventer de nouveaux éléments de langage. Pour faire du passé table rase et refonder l’école, on invoque une nouvelle divinité : la bienveillance, qui doit « favoriser les apprentissages, le bien-être et l’épanouissement des élèves et de bonnes conditions de travail pour tous » (loi pour la refondation de l’école). En ce sens, cette loi de 2013 est un tournant historique autant que sémantique: pour la première fois, les textes définissent le « bien-être » comme une priorité de la politique publique en matière d’éducation.

La République est impuissante à soigner les maux de la société, qu’importe, c’est aux professeurs de promouvoir l’école de la diversité et de réparer le « vivre-ensemble »

Seul problème : en 60 ans, les effectifs de l’enseignement supérieur sont passés de 310 000 étudiants en 1960 à 2 600 000 en 2020 et 77 % d’une génération accède au baccalauréat en 2020 contre 10 % au début des années 1960. Dans un contexte économique dégradé et face aux insurmontables enjeux de l’intégration et de l’immigration de masse, ce système éducatif qui garantit un accès massif à l’enseignement secondaire et supérieur ne fait plus que refléter de manière criante les inégalités qu’il est censé résorber. Et sur qui repose l’objectif « de bien-être » ? Les enseignants. La République est impuissante à soigner les maux de la société, qu’importe, c’est aux professeurs de promouvoir l’école de la diversité et de réparer le « vivre-ensemble » dont les coutures craquent de toutes parts.

On exige donc d’eux qu’ils s’adonnent aux joies de la pédagogie différenciée pour faire face aux écarts de niveau dans des classes de plus en plus surchargées et qu’ils mettent en œuvre une « évaluation positive », au cours de l’année et lors des sessions d’examens, pour préserver quoiqu’il en coûte le principe des taux de réussite au baccalauréat et au brevet avoisinant les 90 %. La récente réforme Blanquer, en mettant l’accent sur le contrôle continu au détriment des épreuves nationales, a encore accentué la pression exercée sur les enseignants, non seulement par leur hiérarchie mais aussi par les parents d’élèves, toujours plus soucieux que leur progéniture puisse bénéficier d’une bienveillance sans limite, dans un système qui produit avec aménité et douceur toujours plus de chômeurs.

Lire aussi : Bilan de Jean-Michel Blanquer : 10/20

Le résultat est sans appel : les candidats ne se bous- culent plus aux concours pour entrer en religion. Mal payées, décriées par une opinion publique qui se délecte de « prof bashing » et face à des élèves pas vraiment enclins à la bienveillance vis-à-vis de leurs professeurs, de moins en moins de bonnes âmes se sentent disposées à risquer une dé- pression nerveuse, voire leur vie. À la rentrée 2022, 5 000 enseignants manqueront donc à l’appel dans les salles de classe. Faute d’avoir réussi à résorber les inégalités scolaires, le dogme de la bienveillance a contribué en revanche à décourager un peu plus les vocations, suffisamment pour que Pap Ndiaye s’émeuve de la situation et déclare vouloir revaloriser le métier d’enseignant au point de générer, selon ses propres termes, un « choc d’attractivité » pour ramener de nouvelles recrues. Il n’est pas certain que ces nouveaux éléments de langage suscitent en retour beaucoup de bienveillance chez tous ceux qui se disent que, par les temps qui courent, il est plus prudent de devenir comptable que prof de maths.

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