Curieuse idée pour L’Incorrect que d’avoir voulu consacrer un dossier aux femmes. Car, oui, je vous le demande, ce mot a-t-il encore un sens ? Cette introduction pourrait prêter à sourire, mais le débat agite les États-Unis depuis le printemps. Un documentaire, intitulé What is a woman ?, d’ailleurs montré au grand jour l’ampleur des accommodements sémantiques face la pression du militantisme LGBT.
Le processus de ce glissement lexical est désormais classique. On a commencé d’abord par expliquer qu’il existait quelques rarissimes personnes dont la biologie échappait à la trop binaire distinction homme/femme, puis on a présenté la féminité comme un attribut partiellement social et donc pas complètement représenté par la biologie, avant finalement d’affirmer tout de go que la notion de sexe biologique y était secondaire. La page Wikipedia « Femme » enregistre cet inexorable glissement de définition lorsqu’elle affirme : « Une femme est un être humain de sexe ou de genre féminin ».
La femme est en train de devenir un tabou et un non-dit. Et de renoncements en accommodements toujours plus inclusifs, elle ne se définit déjà plus que par un vague sentiment de féminité
Biologie, génétique, anatomie, les experts en identité de genre sont formels, toutes ces sciences sont caduques ! C’est assez logiquement, donc, que la publicité a pris acte de la décorrélation entre identité féminine et caractéristiques anatomiques. Elle ne vend plus de serviettes hygiéniques à des femmes mais à des personnes qui menstruent (Superdrug, Royaume-Uni) ; elle ne propose plus des sous-vêtements aux femmes enceintes mais aux personnes qui portent un enfant (Calvin Klein), elle recommande enfin des dépistages du cancer du col de l’utérus aux personnes qui ont un utérus (campagne du CHU de Liège, Belgique).
La femme est en train de devenir un tabou et un non-dit. Et de renoncements en accommodements toujours plus inclusifs, elle ne se définit déjà plus que par un vague sentiment de féminité. Ainsi, selon l’esprit du temps, mérite le nom de femme tout individu qui se ressent femme.
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Astucieuse théorie que voilà. Arnaque, surtout. Car quand bien même les tenants de la fluidité du genre font de leur mieu pour ne parler qu’idéal de liberté et de découverte de soi, le chaos de la fluidité finit aussi par s’incarner. Les marchands de rêves mènent invariablement à la sordide réalité des bloqueurs de puberté, des traitements à vie, des opérations chirurgicales. À les entendre, mettre son corps en accord avec son ressenti est un processus simple, inoffensif et réversible. Sauf que c’est très loin d’être le cas. Altérations du comportement, infections génitales, séquelles, ratés et regrets sont légion (voir l’effarant La Fabrique de l’enfant transgenre, de Caroline Eliacheff et Cécile Masson).
En définitive, c’est bien la féminité qui est bradée sur l’autel de l’inclusivité. Pour les LGBT+, la voilà réduite à la biologie des opérations chirurgicales, quand elle ne relève pas du simple accoutrement. Pour les progressistes, la voilà présentée comme un simple rôle social aliénant. Qui, sinon la droite chrétienne, chante encore la beauté de sa douceur, de sa tendresse ou de sa grâce ? Qui la présente encore, non comme un fardeau mais comme un projet, comme la gloire radieuse de la maternité ?





