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Le 2 juin, après une motion de censure votée contre Mariano Rajoy, le président du gouvernement conservateur depuis 2011, le socialiste Pedro Sánchez devenait chef de l’exécutif. C’était la première fois depuis 1978 qu’une telle manœuvre parlementaire était couronnée de succès.
Depuis les grandes manifestations féministes du 8 mars dernier, le chef du gouvernement savait que la composition de son cabinet serait scrutée de près: il a donc désigné deux femmes pour un homme (record mondial), dont beaucoup sont placées à des postes-clés – Carmen Calvo à la vice-présidence, Margarita Robles à la Défense, María Jesús Montero aux Finances, Nadia Calviño à l’Économie, etc. Comme s’il voulait prendre le contre-pied du Conseil italien, Pedro Sánchez n’a cessé de réaffirmer un européisme absolu. Josep Borrell, ancien président du Parlement européen, est ainsi devenu « Ministre des Affaires étrangères, de l’Union européenne et de la Coopération »; Nadia Calviño était, elle, auparavant directrice générale des budgets de la Commission européenne. De quoi rassurer Bruxelles.
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Une minorité aux pieds d’argile
Mais le gouvernement Sánchez est d’une grande fragilité. Il est soutenu par une coalition hétéroclite de 180 députés (dont l’extrême gauche de Podemos) qui désiraient par dessus tout évincer Mariano Rajoy. Le groupe socialiste ne compte que 84 élus à la chambre basse du Parlement et il a fallu négocier avec les nationalistes basques (PNV, Bildu) et catalans (ERC, PDeCAT). En dépit d’une volonté affichée de tourner la page des années Rajoy, Pedro Sánchez a conservé le budget de l’État élaboré par son prédécesseur et renoncé à abroger une réforme du marché du travail pourtant très décriée. Les « coups de communication », plus ou moins habiles, comme l’accueil des 630 migrants de l’Aquarius dans le port de Valence le 17 juin, ou le retrait du corps de Franco hors de son mausolée, ne devraient pas suffire à consolider sa majorité.
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Faire du vieux avec du neuf
Si Pedro Sánchez a fait chuter Mariano Rajoy en s’appuyant sur le scandale de la corruption au Parti populaire, le Parti socialiste ouvrier espagnol est lui-même empêtré dans de nombreuses affaires politico-financières. Les fédérations socialistes andalouses ou de la Communauté de Valence ne sont pas les seules à être impliquées. Les remous viennent aussi de l’intérieur du gouvernement. Màxim Huerta, ministre de la Culture et du Sport, a démissionné au bout de six jours après la révélation d’une fraude fiscale. Le titulaire du portefeuille de l’Agriculture, Luis Planas, est dans le collimateur des conservateurs en raison de sa mise en examen pour une vieille affaire politique. Bref, la régénération morale de la vie politique espagnole a encore de beaux jours devant elle. La transparence à deux vitesses n’est pas le seul sujet où Pedro Sánchez apparaît déjà fragilisé. Il est en effet contraint d’honorer les promesses faites aux nationalistes basques et catalans. Le gouvernement a déjà levé le contrôle des comptes publics de la Généralité de Catalogne. Il se murmure à Madrid que le statut d’autonomie catalan de 2006, dont quatorze articles avaient été retoqués en 2010 par la Cour constitutionnelle, pourrait être appliqué dans sa totalité pour amadouer les indépendantistes. D’autres mesures favorables étaient déjà proposées par Mariano Rajoy. Nul doute que l’exécutif socialiste sera aussi accommodant (sinon plus) avec les sécessionnistes que ceux qui l’ont précédé. Entre la rigueur économique, l’appétit de transparence et les forces centrifuges des partis indépendantistes, l’Espagne de Pedro Sánchez semble déjà prête à plonger dans une nouvelle crise institutionnelle.
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