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Sélectron : les 5 livres pour faire fuir vos voisins de plage

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Publié le

5 août 2021

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Depuis les congés payés, le tourisme s’est salement démocratisé, et il est impossible de jouir d’un paysage pittoresque ou d’une plage ensoleillée sans devoir souffrir la vulgarité des foules. N’en restent pas moins quelques techniques pour éloigner l’estivant en goguette, comme celle d’arborer un livre au titre fait pour décourager la proximité sociale. L’Incorrect vous en livre cinq à glisser dans votre panier de plage pour avoir la paix, entre la crème solaire et le cyanure.
plage livre

5 – Pogrom d’Éric Bénier-Bürckel (Flammarion)

La carrière prometteuse du jeune et talentueux Bénier-Bürckel fut sans doute dynamitée par ce roman qu’il publia à juste 33 ans, d’une violence rare, admirable ne serait-ce que pour la prouesse de style et de provocation. L’auteur sera relaxé en 2006 après une accusation de provocation à la haine, ce qui était un peu le thème de son livre : un jeune écrivain se laisse entretenir par une riche héritière qu’il méprise afin de profiter de cette situation pour mûrir son œuvre. Le narrateur le vouvoie et décrit son quotidien humiliant, maniaque, rempli de haine et d’inspiration, rythmé par le black metal de Dark Throne. Virtuose et propre à dégoûter les plus ravis des aoûtiens.

4 – Vue sur l’ossuaire d’Antoine Volodine (Gallimard)
Lire en bord de mer ce Vue sur l’ossuaire (éléments de claustrologie surréaliste) devrait vous dégager l’horizon. Dans l’univers post-exotique développé avec génie par Volodine, Maria Samarkande fait mine de ne pas reconnaître l’agent qui la torture pour l’interroger après sa fuite du camp, et pourtant, ce Jean Vlassenko fut son amant et complice. Lui-même, toujours épris, la malmène le plus délicatement possible. Se déploient en miroir les contes noirs qu’ils ont écrits ensemble. Certains s’achèvent ainsi : « Finalement, un matin, un mélèze scié de travers se déséquilibre dans une direction imprévue, et Pfitzmann sent qu’il est sur la trajectoire. Il comprend que, s’il ne bondit pas sur le côté, il sera réduit en bouillie. Et il ne s’écarte pas. »

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3 – De l’Assassinat considéré comme l’un des beaux-arts, Thomas de Quincey (L’Imaginaire/Gallimard)

En 1854, un demi-siècle après l’invention du roman noir anglais, Quincey invente « l’essai noir » et une société d’amateurs occupés à considérer le meurtre sous un angle esthétique, depuis Caïn jusqu’à Burke et Hare, qui vendaient comme sujets anatomiques les vagabonds qu’ils avaient étouffés. Un chef-d’œuvre d’humour noir à la fois stylé, morbide et méthodique. Plus récemment, Bernard Quiriny, dans ses Contes carnivores, imaginera des héritiers de Quincey courant les marées noires pour en comparer les qualités formelles indépendamment de tout souci écologique. Une belle idée de tourisme hors des sentiers battus.

2 – Les Horreurs de la démocratie de Nicolas Gomez Davila (Anatolia)

Le penseur bolivien qui écrivit essentiellement des « scolies », soit des notes au regard de ses lectures, mais des notes qui résonnent comme autant d’aphorismes aussi définitifs que fertiles, n’a cessé d’attaquer le monde moderne en ciblant ses fondements métaphysiques. Altier et détonant, cet auteur défenseur de la haute tradition européenne et chrétienne est aussi déprimant que roboratif. Un tel titre devrait en tout cas rebuter l’instinct grégaire du vacancier en approche.

1 – Suicide d’Édouard Levé (POL)

Écrivain brillant à l’écriture élégante et clinique, Édouard Levé, qui était aussi un photographe insolite, possède la bibliographie la plus cinglante de la littérature contemporaine avec quatre livres s’étalant de 2002 à 2008 : Œuvres, Journal, Autoportrait et enfin, Suicide, relatant le suicide d’un ami d’enfance, dont le manuscrit est déposé chez son éditeur dix jours avant que Levé ne se couche en se donnant lui-même la mort à l’âge de 42 ans.

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