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Simon Berger, rhapsodie bohémienne

À 23 ans, Simon Berger publie Jacob, deuxième roman qui a de quoi susciter l’espoir, après le succès de Laisse aller ton serviteur (Prix Maintenon du premier roman). Non, la crétinerie, l’ilotisme et la jeunitude n’ont pas contaminé l’entièreté de notre jeunesse. Nous en voulons pour preuve ce récit vif et adamantin de la vie fugace d’un « Romanichel » dans l’entre-deux-guerres.

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© Benjamin de Diesbach pour L'Incorrect

Après un premier roman sur Jean-Sébastien Bach, un roman sur les Gitans. Deux sujets rebattus qui ne facilitent pas la tâche d’un jeune écrivain…

 L’Ecclésiaste le martelait déjà : il n’y a rien qui ne soit éculé, tout a déjà été dit. Je ne me vois pas chercher un sujet pour sa seule singularité ou parce que je montrerais, en le traitant, ma prétendue originalité. Paradoxalement, une fois qu’on a compris que l’originalité dans le sujet est une illusion, la liberté et la jubilation de l’invention peuvent, je le crois, jaillir. L’errance de Bach ou celle des nomades m’intéresse, mais je ne cherche ni l’originalité, ni la démonstration ; je cherche seulement à faire se rencontrer un sujet qui m’attire et mon amour du travail de la langue. Bien sûr, quand on ne croit pas à l’originalité du sujet, on sait d’autant plus la dette que l’on a contractée, à vie, à l’égard de ceux qui nous ont précédés, et qui ont labouré le champ que nous prétendons aujourd’hui moissonner. La comparaison avec les compositeurs est très juste : il y avait un temps où chaque musicien se devait de faire sa messe sur L’homme armé. Mais c’est dans cette continuité, dans ce passage de relais, que le frottement des styles et des personnalités artistiques devenait possible – et même les révolutions formelles. En somme c’est toujours la même histoire, répétée, remodelée, dans une grande fugue des générations, avec aussi les incompréhensions, les reprises, les divergences inhérentes à ce dialogue ininterrompu.

Pourquoi faire de la figure de Jacob un petit Gitan? 

Il se trouve que le Jacob de mon livre est inspiré d’un Jacob qui a existé. Ce Jacob était, non pas exactement un Gitan, mais un Yéniche ; cela dit, le mode de vie reste le même, et c’est précisément cette vie-là, dans cet environnement-là, qui m’a retenu et m’a poussé à écrire cette histoire. L’assignation à ce peuple très fer de ses origines (pourtant jamais vraiment élucidées), dont la façon de vivre et de penser est très proche de celle des manants (alors même qu’en règle générale, les voyageurs ne permanent jamais bien longtemps, où que ce soit), ne peut pas ne pas marquer le jeune Jacob jusque dans sa chair. Il y a là-dedans quelque chose de la tragédie, ce fatum qui est le même dans les palais grecs et entre les roulottes, le drame en miniature de la condition de l’homme, jeté dans le monde avant tout, pour employer un bien grand mot, comme un homo viator. [...]

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