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Simon Liberati : journal d’un oiseau de nuit

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Publié le

15 décembre 2021

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Simon Liberati publie son journal du début des années 2010, trois mois de sorties parisiennes, de coucheries en état second, de lectures fanées. Très vain, très chic, inclassable comme toujours.
liberati

Le nouveau livre de Simon Liberati est une performance, au sens artistique : « Un journal éphémère, une sorte de performance comparable à ces artistes qui se font enfermer dans une boîte ». Il y a huit ans, il a tenu un journal pendant trois mois. « Trois mois de galère, les cent jours d’un plumitif aux abois ». Il a tenu à s’arrêter au bout de deux-cents pages, et à n’y plus retoucher. L’objet devait paraître à l’origine chez Flammarion ; il sort chez Séguier, on ne comprend pas bien pourquoi, c’est sans importance. À quoi ressemblent ces « loques », comme il les appelle ? Exactement à ce qu’on peut attendre d’un journal signé de lui : un mélange de soirées parisiennes, de name-dropping, de coucheries, de mode, de drogues, de papier glacé, de glam désabusé, d’un côté ; de citations la- tines, de romans fanés, d’attachantes bizarreries, d’érudition littéraire, de l’autre. Oiseau de nuit, la nuit, rat de bibliothèque et collectionneur, le jour, comme si deux êtres cohabitaient en lui, ou qu’il vivait dans deux mondes – dualité que reflètent, géo- graphiquement, ses ports d’attache, la maison à la campagne, silencieuse, moisie, livresque, et le studio de Paris, tremplin pour avant-fêtes, crique d’échouage pour lendemains de cuite.

Lire aussi : La littérature contre la lettre

Aussi vain que scintillant d’éclats

La partie « nuit », avec ses gens, ses boîtes, ses saynètes, son catalogue de mondains répétitifs, est inintéressante au possible ; peut-être servira-t-elle de document aux historiens futurs de la vie parisienne de 2010. Liberati surjoue son personnage de décadent dépressif, qui s’en fout au point de n’avoir rien à cacher ; il évoque son suicide manqué, son train de vie, sa course aux avances et aux piges de luxe, sa pauvreté d’homme riche qui dilapide et boit tout, endossant le costume usé jadis par Maurice Sachs, qui avait le chic pour mettre en avant ses mauvais côtés, se plaindre et fanfaronner en même temps. Ces pages pleines de vide, de vapeurs d’alcool et de lumières artificielles, qu’on fait défiler distraitement, sont rachetées par la partie « lectures », vrai cabinet de curiosités (Anatole France, Voltaire, Sénèque, la Revue bleue, tout y passe), et surtout par les morceaux de prose parfaite que polit l’auteur, d’instinct. « Les notes qui suivent, écrit-il en préface, sont toutes du premier jet. Aucun montage, aucune littérature sinon celle qui m’occupe l’esprit en permanence ». Cela se voit, si l’on peut dire, mais dans le bon sens : Liberati, c’est un fait, sait tourner une phrase, trouver la construction la mieux rythmée, l’image inattendue, la chute de paragraphe qui sonne. Si l’objectif était de façonner un volume-OVNI, une curiosité d’écrivain, vaine, irritante, et en même temps attachante, scintillante, pleine d’éclats, il est atteint. Liberty est un livre-bijou, incommode à porter, tapageur, qui fait hausser les épaules, mais dont on peine à détacher ses yeux.


Liberty de Simon Liberati
Séguier, 208 p., 18€

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