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Société post-Covid : imaginer la prison de demain

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Publié le

27 mai 2021

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Notre vie privée n’a jamais été aussi menacée que depuis l’arrivée du Covid. Un parfait subterfuge pour les GAFAM et autres entreprises de la Silicon Valley qui ont envie de s’immiscer au plus près de leurs innombrables utilisateurs ?
prison

La société post-COVID entend bien réaliser tous les fantasmes du libéral-libertarisme de la Silicon Valley, de cette agilité en vogue dans les tech-entreprises, ce nouveau modèle qui fait orès dans les conclaves managériaux : l’agilité, c’est-à-dire la transversalité, c’est-à-dire la déhiérarchisation (de surface). La crise sanitaire nous demande cette agilité, elle nous l’impose même. Face à une pandémie mondiale, il faut répondre par la souplesse : souplesse du droit du travail, souplesse des libertés individuelles. Désormais la planète ne sera plus un village global mais un open-space global, où le « distanciel » et la dérégulation de l’emploi permettront, sous couvert de respect des normes sanitaires, une meilleure pénétration du travail dans la sphère privée.

C’est le rêve de tous les chefs d’entreprise que de s’immiscer dans chaque foyer et de se rendre ubiquitaire. Vous l’avez probablement déjà expérimenté vous-même avec ces nombreuses messageries privées qui sont désormais utilisées autant par votre famille, vos amis, que par vos collègues ou votre patron : toutes ces applications invasives qui mêlent allègrement les contacts professionnels et les contacts personnels donnent à chaque secrétaire, à chaque commercial, l’illusion d’être un chaînon indispensable simplement parce que les barrières de son intimité sont tombées, le rendant corvéable à merci, jusqu’au cœur de son domicile et au-delà de ses heures de travail. 

Open space global 

Transformer peu à peu la planète en une vaste start up à ciel ouvert, où la moitié des travailleurs circulera dans des espaces de coworking pendant que l’autre lui servira ses poke bowls à 22 euros, pour quelques centimes la course ; un monde où la bulle domestique, la bulle domotique et la sphère professionnelle ne font qu’une, dans une fusion parfaite qui délivre l’homme de son libre-arbitre, du hors-champ constitutif de sa liberté, pour en faire un salarié augmenté.

C’est l’avènement d’un secteur méta-tertiaire, d’une sorte d’infosphère où tout sera mis à égalité par le truchement de technologies ultra-immersives et imbriquées les unes dans les autres.

C’est l’avènement d’un secteur méta-tertiaire, d’une sorte d’infosphère où tout sera mis à égalité par le truchement de technologies ultra-immersives et imbriquées les unes dans les autres: la blockchain qui s’adosse à la data science, la data science qui s’adosse au calcul probabiliste, ce dernier constituant le pré-carré des futurs ordinateurs quantiques et des algorithmes prévisionnels, pour former un maillage techniquement parfait qui supplantera peu à peu la réalité naturelle.

Pas d’avenir sans GAFAM

À terme, on estime à près de 70 % les restaurants qui vont devoir mettre la clé sous la porte en France, livrant au plus offrant un parc immobilier dans lequel seules les grandes franchises pourront spéculer et investir. Déjà le leasing automobile nous apprend à nous déshabituer de la possession, de même que le streaming et toutes ces plateformes qui se contentent de nous louer un moyen de transport, un divertissement, pour le reprendre aussitôt et s’assurer ainsi de notre totale dépendance. La mise en suspens de l’économie réelle au profit de l’économie spéculative du back office  accélère le déclin industriel et entérine le pouvoir déjà stupéfiant des plateformes. La crise du virus est aussi un moyen pour les tech-entreprises de s’introduire dans le secteur de la santé, d’accélérer leurs ambitions transhumanistes et d’attaquer le dernier bastion de notre privacité : notre corps.

Escroquerie universelle

La crise sanitaire a créé une suspension de l’économie réelle, du front office, pendant que derrière les machines et les algorithmes font tourner le back office à toute vitesse afin d’imaginer la prison de demain. On remplace le social par le managérial, le politique par le sanitaire : dernière pierre à poser à l’édifice du post-capital, c’est la destruction de l’individu lui-même par le revenu universel. Parmi les nombreuses mutations du contrat social qui sont demandées et préparées par le système, le revenu universel est l’un des chevaux de Troie les plus raffinés : on l’imagine aisément comme procédant d’une pensée sociale, presque humaniste. Le revenu universel fait d’ailleurs partie des thèmes récurrents de la science-fiction des années 60 et 70: toute la question étant de savoir s’il relève de l’utopie ou de la dystopie.

Lire aussi : Le coup d’État des GAFAM

Dans le monde de demain réclamé à cor et à cri par nos élites banquières, travailler ou produire de la richesse ne sera pas si important que de s’inscrire dans un vaste circuit bancaire et tertiaire, où chaque individu constituera la monade d’un système décentralisé (une « blockchain ») déployé à l’échelle mondiale. Plus besoin de travail effectif, puisque ce seront les individus, comme les capitaux, qui « travailleront » par leur simple intégration à un cadre financier, spéculatif. L’homme travaillera au même titre que l’argent, non plus en produisant des richesses mais en étant simplement intégré à une vaste chaîne spéculative. On peut ainsi facilement imaginer que le revenu universel sera uniquement distribué en crypto-monnaies. À ce titre, il sera totalement dépendant des GAFAM qui tiendront les cordons de la bourse : tout porte à croire qu’il faudra tout de même s’assurer d’en être digne en montrant patte blanche auprès de certains organismes qui vous surveilleront afin d’évaluer votre « résilience » et votre solubilité dans la moraline citoyenne du village global – et qu’à la moindre incartade sur les réseaux sociaux, vous en serez dépossédés.

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