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Soixante ans du Putsch d’Alger : Éloge d’un vaincu

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Publié le

21 avril 2021

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Ce 21 avril, nous célébrons le triste soixantième anniversaire du putsch des généraux, dernier cri du cœur d’une poignée de hauts gradés attachés à ce bout de terre française qu’était l’Algérie. Notre journaliste Richard de Seze revient sur l’histoire de son père, le colonel Bertrand de Seze, qui, au nom de son amour pour la France, s’est engagé aux côtés des putschistes.
Putsch

Le 21 avril 1961, mon père, le colonel Bertrand de Seze, était en France. De vieilles blessures, datant du débarquement de Provence, exigeaient qu’il s’y fasse soigner. Trente ans auparavant, à 21 ans, il sortait de Saint-Cyr. La France avait, depuis, un peu changé, et lui aussi ; élevé dans des principes simples et solides (Dieu, la France, le roi), il avait appris l’arabe et le berbère, était devenu officier des Affaires Indigènes, avait déserté en 1942, avait été fait prisonnier par les franquistes – enfermé avec seize autres prisonniers dans pas même huit mètres carrés, il attrapa la variole et perfectionna son espagnol –, avait débarqué en Italie puis en Provence, commandé le bataillon français de l’ONU en Corée… Je passe quelques épisodes qui ne feraient que confirmer que mon père était un officier français ayant l’habitude du combat, et des blessures.

Dix-neuf ans après avoir déserté l’armée française pour aller combattre les nazis, il s’engageait dans la clandestinité pour combattre ceux qui, à leur tour, trahissaient la France

Le 22 décembre 1959, il prenait le commandement du 2e REI, régiment étranger d’infanterie de la Légion étrangère, dans le secteur d’Aïn Sefra. Il y fit du bon travail. L’une de ses citations précise : « Tout particulièrement convaincu de l’importance de l’action psychologique sur les populations musulmanes qu’il aime et dont il parle la langue et connaît leurs problèmes, s’est attaché à séparer celles-ci de la rébellion. » Survint le putsch. Comme d’autres, il avait été tenu à l’écart : les « factieux » n’avaient pas voulu embarquer avec eux tous les régiments ; ils pensaient surtout à la France et sans doute pas assez au pouvoir. Le 30 avril 1961, mon père était revenu dans son régiment. Le 1er mai, il démissionnait. Dix-neuf ans après avoir déserté l’armée française pour aller combattre les nazis, il s’engageait dans la clandestinité pour combattre ceux qui, à leur tour, trahissaient la France.

Dénoncé, il fut arrêté. On lui prêtait d’être le chef de la Zone autonome de Paris de l’OAS. Il s’en défendit, ne serait-ce que pour le plaisir de moquer De Gaulle et d’égarer les enquêteurs. À son procès, il déclara : « Il est bien évident que le mérite du Général vainqueur se mesure à la valeur du vaincu. Pour le soin de sa gloire, il a tout avantage à magnifier l’importance de celui dont il a eu raison. » L’argument ne convainquit pas le président et il fut condamné à dix ans de prison. De Tulle, il envoyait à ses neveux des lettres où il leur promettait qu’ils le rejoindraient s’ils étaient bien sages, car il n’est jamais trop tôt pour enseigner aux enfants que la République a de curieuses valeurs.

Lire aussi : Jean Sévillia : « Il faut craindre l’instrumentalisation et la mise en accusation du passé de la France »

Lors de son procès, il lut une déclaration, comme beaucoup d’autres accusés. La relisant aujourd’hui, j’y retrouve son amour de la France, son refus du romantisme et son goût pour la vérité. L’OAS avait été, une nouvelle fois, une manière de témoigner : « témoigner pour la France, pour la Chrétienté ». Il ajoutait, ce qui chagrinera peut-être les amateurs de grands gestes, que résister à l’abandon de l’Algérie, avec son cortège d’horreurs prévisibles, immédiates et à plus long terme, ne résultait en aucune manière d’un quelconque serment solennel. Il s’était simplement senti obligé par plusieurs générations de morts français sur le sol algérien et par la vocation qu’a la France de protéger les faibles. Ça paraît en effet suffisant. Ça aurait dû suffire.

Des gens que la justice et l’histoire ont jugés plus honorables avaient décidé, eux, que l’Algérie, les Algériens, les pieds-noirs, les chrétiens, les musulmans ne pesaient rien, ni morts ni vivants. Soixante ans après, on sait de quel poids cette décision pèse sur les Algériens et sur la France. Et il est bon de rappeler que ce sont des officiers français – qui parlaient les langues des Algériens, qui les avaient protégés contre les terroristes algériens – qui avaient compris que cet abandon n’apporterait rien de bon, ni à la France, ni à l’Algérie.

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