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La sortie de l’album « Crowley & Me » par Twink et Jon Powey, deux survivants des Pretty Things, groupe rock 60’s britannique, sous le nom « Star Sponge vision » nous donne l’occasion d’analyser l’influence, dans le show biz de celui qui était surnommé « l’homme le plus malsain au monde »… Ou l’histoire d’un culte qui, bien que « démoniaque », a plus à voir avec l’homme moderne libéral-libertaire qu’avec le sacrifice de jeunes vierges.
Le souci, lorsqu’on évoque le nom d’Aleister Crowley, c’est qu’on touche, en même temps, à tout ce qui se rapproche d’un culte satanique dans le rock. On est vite confronté à deux impasses irraisonnables : d’un côté certains chrétiens à tendance conspirationniste, qui voient des cérémonies sataniques partout… et de l’autre les « métalleux » adeptes du Hellfest qui jouent avec les symboles démoniaques sous prétexte que ceux-ci sont antisociaux. Dans un tel capharnaüm flirtant avec la confusion mentale, il convient de séparer les faits des discours et phantasmes d’un certain « folklore » rock.
« La genèse de la “bête” »
Edward Alexander Crowley est né le 12 octobre 1875 à Royal Leamington Spa dans le Warwickshire.
En pleine ère puritaine victorienne, il est élevé au sein d’une riche famille protestante fondamentaliste darbyste, dont il aura, toute sa vie durant, cherché à se démarquer par toutes les provocations envisageables. Perdant son père lorsqu’il avait 11 ans, le tout jeune Aleister, que sa mère surnommait déjà « la bête », commença alors sa révolte contre un Dieu injuste. L’époque est à la contestation du christianisme et Crowley, après un passage à la Golden Dawn (société secrète vouée à l’étude des sciences occultes) fonde sa première communauté à Cefalù en Sicile : histoire de passer à la pratique. Invocation de démons en Écosse, à Boleskine, près du Loch Ness, puis au Caire, dans la grande pyramide, et jusqu’à en rendre folle sa compagne ; tentative d’escalade du sommet du Kangchenjunga dans l’Himalaya, au terme de laquelle il laisse ses coéquipiers mourir dans une avalanche. Tout au long de ses « aventures », Crowley n’hésitera jamais à abandonner ses disciples et ses proches. Les survivants demeureront au seuil de sa folie.
« Fais ce que tu veux ! »
C’est dans l’abbaye de Thélème (nom inventé par Rabelais), en réalité une ferme, que Crowley va réaliser ses « expérimentations sociales » de 1920 à 1923 avant d’en être expulsé. Crowley y pratique l’adoration du démon. Concrètement, ces cérémonies prennent souvent la forme de partouses « pan-sexuelles » au cours desquelles sont ingérées toutes sortes de stupéfiants. Pour augmenter l’effet hallucinogène de ces « cérémonies », qui se déroulent dans la cave de la bâtisse, Crowley y peint des fresques obscènes. En pratiquant ce qu’il appelle « la magie sexuelle », il met en pratique jusqu’à l’extrême son « Livre de la Loi », qui s’opposait à la Bible et au Coran, en appelant l’homme à suivre sa propre voie sans tenir compte d’aucun principe moral. En raison de son cortège de morts, Crowley devient alors aussi célèbre que détesté par ses contemporains, et c’est d’ailleurs ruiné et abandonné de tous qu’il meurt en 1947 dans la paisible citée balnéaire d’Hastings où les retraités du royaume viennent passer leurs dernières années.
De la sympathie pour le diable
En 1967, en plein été de l’amour, alors que Londres est devenue la capitale psychédélique de la pop et que Paris commence à bouillir avant l’explosion de 68, toute une frange de la jeunesse redécouvre le « Fais ce que tu veux! » de Crowley, qui se marie à la perfection avec les nouvelles injonctions: « Jouir sans entraves! » ou « Il est interdit d’interdire ». Les stars de la pop music sont les nouveaux modèles à suivre. Il n’est donc pas innocent que Peter Blake, l’artiste pop art britannique, mette le visage de Crowley parmi les personnalités qui formeront la photo de groupe de l’album « Sergent Pepper » des Beatles. Les Rolling Stones, quant à eux, découvrent Crowley par l’entremise du réalisateur underground Kenneth Anger (lui-même membre de l’Ordre des Templiers Orientaux – dont Crowley fut un moment à la tête) qui prétend leur avoir soufflé le thème de « Sympathy for the Devil ». Ce qui est certain c’est qu’Anger et Marianne Faithful voyagèrent en Égypte afin de tourner « Lucifer Rising » avec un miroir de vanité rempli d’héroïne.
Lire aussi : « Crowley et moi »
On compte parmi les rock stars plus directement influencées par Crowley Jimmy Page, guitariste de Led Zeppelin qui, accessoirement, composa la musique de « Lucifer Rising » (après que Bobby Beausoleil, un proche de Charles Manson, est jeté en prison à perpétuité pour meurtre). Ce dernier poussa sa fascination pour la « Bête » jusqu’à acheter sa maison de Boleskine. David Bowie lui-même alla jusqu’à se vêtir en disciple de Crowley. Une fois assagi, il reconnut en interview que sa fascination correspondait à une période trouble de sa vie où il abusait de la cocaïne.
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CROWLEY & ME 




