Vêtus de costumes stylisés aux couleurs vives, ses personnages-silhouettes habitent une scène dépouillée à l’extrême. Et si l’action semble affranchie des contraintes du temps, c’est par le moyen qu’il maîtrise à merveille : le jeu métaphysique des lumières. On se demande comment ce plasticien de l’intemporel a pu attendre le grand âge avant de s’attaquer à Turandot. Rien de plus accordé à sa vision du théâtre que l’ultime opéra (inachevé) de Puccini, fable exotique mêlant les élans passionnés du mélodrame et l’ironie acide de la commedia dell’arte.
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Grâce soit rendue à l’Opéra de Paris pour emporter ce spectacle créé à Madrid en 2018. Il s’annonce comme un grand moment de la saison. On sera à des années lumières de toute tentative d’actualisation, comme de toute lecture idéologique : une pure évasion des petitesses amères du présent. L’occasion aussi de voir enfin le nouveau directeur musical, Gustavo Dudamel, lever sa baguette charismatique. Ainsi que d’applaudir une distribution de haut vol, où se distingue le soprano dramatique hors-norme d’Elena Pankratova, éminente spécialiste du rôle-titre. Une fin inédite l’attend. Puccini lui-même ne savait que faire d’un dénouement heureux. Bob Wilson n’a pas l’air d’y croire davantage. Le livret veut que la princesse de glace, seule et blessée, fonde pour un baiser. Ne ferait-elle que rêver de l’impossible ?
Turandot, opéra en 3 actes de Giacomo Puccini, mise en scène de Robert Wilson, direction musicale de Gustavo Dudamel, à l’Opéra Bastille jusqu’au 30 décembre





